Diplomatie

24 juin 2016 18:52; Act: 24.06.2016 18:52 Print

Le pape dénonce le «génocide» arménien

Le souverain pontife a pris le risque vendredi de froisser la Turquie en évoquant les massacres de 1915/16 en Arménie.

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Le pape François en compagnie du président arménien Serge Sarkissian. (Photo: Keystone)

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Le pape François a dénoncé vendredi «le génocide» des Arméniens en 1915/16 sous l'Empire Ottoman, prononçant pour la deuxième fois ce mot jugé inacceptable par la Turquie. Il a en revanche évité de le citer lors de son passage à la cathédrale d'Etchmiadzin, près d'Erevan.

«Cette tragédie, ce génocide, a marqué malheureusement le début de la triste série des catastrophes immenses du siècle dernier», s'est exclamé le pape. Il s'adressait au palais présidentiel au chef de l'Etat, Serge Sarkissian, à la classe politique et au corps diplomatique.

Le mot ne figurait pas dans son texte distribué à l'avance. Il l'avait prononcé une première fois au Vatican en avril 2015, déclenchant alors la colère d'Ankara.

«Ces effroyables catastrophes du siècle dernier ont été rendues possibles par d'aberrantes motivations raciales, idéologiques ou religieuses, qui ont enténébré l'esprit des bourreaux au point qu'ils se sont fixés le dessein d'anéantir des peuples entiers», a-t-il dénoncé.

Discrimination des chrétiens

Le pape a «rendu honneur au peuple arménien, qui, même dans les moments les plus tragiques de son histoire, a toujours trouvé dans la Croix et dans la Résurrection du Christ la force de se relever et de reprendre le chemin avec dignité».

Il a souligné que ces dangers sont toujours actuels. «Les chrétiens en particulier, comme et peut-être plus qu'au temps des premiers martyrs, sont discriminés à certains endroits et persécutés pour le seul fait de professer leur foi», a-t-il une nouvelle fois dénoncé.

Le Vatican avait évité d'utiliser le mot «génocide» depuis que le pape l'avait prononcé dans la basilique Saint-Pierre en avril 2015.

Propos très attendus

La Turquie récuse le terme de génocide pour les massacres de 1915/16 sous l'Empire ottoman. Elle affirme que les victimes, dans le cadre d'une guerre civile, ont été moins nombreuses et étaient aussi bien turques qu'arméniennes.

Ankara n'a pas immédiatement réagi aux propos tenus vendredi par le souverain pontife. Elle avait l'année dernière rappelé son ambassadeur au Vatican après que le pape eut utilisé le terme de 'génocide'.

A proximité de la frontière turque, les propos du pape sont très attendus sur ce drame tout au long de ce voyage.

«Grand mal»

Juste avant cette dénonciation, le pape François a rendu hommage, dans la cathédrale d'Etchmiadzin près d'Erevan, à la déclaration commune signée en 2001 par Jean Paul II et le chef de l'Eglise arménienne, Karékine II. Ils y mentionnaient le «génocide» des Arméniens, mais en évitant de citer le mot.

«Le Christ est votre gloire, votre lumière, le soleil qui vous a illuminé et qui vous a donné une vie nouvelle, qui vous a accompagnés et soutenus, surtout dans les moments de plus grande épreuve», a-t-il dit dans une allusion aux déportations et persécutions nombreuses, notamment le «Grand mal» des massacres de 1915/16 sous l'Empire ottoman.

Commémoration du génocide

Le programme papal jusqu'à dimanche est très religieux, sans les habituelles étapes dans des prisons ou centres sociaux. Il multipliera les gestes oecuméniques envers l'Eglise apostolique arménienne, séparée de l'Eglise catholique depuis le IVe siècle, et qui rassemble aujourd'hui plus de 90% de la population, alors que les catholiques sont moins de 10%.

Deuxième moment politique, la visite au mémorial de Tsitsernakaberd, prévue samedi. Le génocide du peuple arménien sous l'Empire ottoman pendant la Première guerre mondiale y est commémoré.

(nxp/ats)