Egypte

24 novembre 2012 12:15; Act: 24.11.2012 19:53 Print

Morsi désavoué par la plus haute instance judiciaire

Une crise institutionnelle semble poindre en Egypte. Le Conseil supérieur de la magistrature a désavoué le président qui s'est octroyé de nouveaux pouvoirs contraire à l’indépendance de la justice.

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La contestation contre le décret renforçant les pouvoirs du président égyptien Mohamed Morsi a gagné samedi l'appareil judiciaire. Partisans et adversaires des Frères musulmans prévoient de poursuivre l'épreuve de force dans la rue mardi lors de rassemblements concurrents.

Au lendemain d'une journée de manifestations et de violences à travers le pays, notamment au Caire, à Alexandrie, à Port Saïd et à Suez, l'odeur du gaz lacrymogène continuait de planer sur la place Tahrir, où se sont rassemblés vendredi des milliers d'opposants à Mohamed Morsi.

Une poignée de jeunes radicaux ont continué à affronter de manière sporadique les forces de l'ordre dans les rues proches de cette place du centre du Caire, épicentre de la révolution qui a renversé Hosni Moubarak en février 2011.

Des organisations de gauche et libérales ont appelé à occuper la place jusqu'à l'annulation du décret présidentiel, qui rend les décisions du chef de l'Etat irrévocables par l'appareil judiciaire dans l'attente de l'élection d'un nouveau parlement. Quelques dizaines d'activistes étaient postés à des barricades détournant la circulation automobile de Tahrir.

«Attaque sans précédent»

Les violences ont fait plus de 300 blessés vendredi et des locaux des Frères musulmans, dont est issu Mohamed Morsi, ont été attaqués dans au moins trois villes.

Le pouvoir est désormais confronté à une fronde des juges. Réuni en urgence, le Conseil suprême judiciaire, plus haute instance du pays en la matière, a qualifié samedi le décret présidentiel d'»attaque sans précédent», a rapporté l'agence de presse officielle Mena.

A Alexandrie, les juges ont menacé de se mettre en grève illimitée jusqu'à l'abrogation du texte tandis que lors d'une réunion de l'association des juges égyptiens au Caire, certains ont lancé des appels à la «chute du régime».

Les milliers de participants à cette réunion du Caire ont réservé un accueil triomphal à Mahmoud Abdel Maguid, relevé jeudi de ses fonctions de procureur général par Mohamed Morsi. En signe de défi à l'égard du pouvoir, le président de cette association de juges, Ahmed al-Zind, a présenté Mahmoud Abdel Maguid en utilisant son précédent titre.

Appel des juges

Le Club des juges d'Egypte a appelé samedi tous les magistrats du pays à la grève pour pousser le président islamiste Mohamed Morsi à renoncer à l'élargissement de ses pouvoirs, a annoncé l'un de ses membres à l'AFP.

A l'issue d'une réunion en urgence au Caire, l'organisation a appelé à «la suspension du travail dans tous les tribunaux et les administrations du parquet» pour protester contre la décision du président de mettre ses décisions à l'abri de tout recours judiciaire, selon ce juge.

Bipolarisation

Jugeant l'initiative présidentielle «fasciste et despotique», les adversaires du pouvoir ont appelé à un grand rassemblement mardi contre ce décret révélant à leurs yeux l'ambition autocratique d'un homme emprisonné du temps de l'ancien régime. Signe de la bipolarisation de la société égyptienne, les Frères musulmans ont invité leurs partisans à manifester le même jour pour apporter leur soutien au décret présidentiel.

Vainqueurs des élections législatives et présidentielle, les Frères musulmans ont procédé en août à une purge au sein de l'armée pour écarter les généraux jugés trop proches de l'ancien pouvoir.

Le décret publié jeudi soir illustre leur méfiance à l'égard d'un appareil judiciaire qui n'a guère été renouvelé depuis le renversement d'Hosni Moubarak. Les nouvelles prérogatives accordées à Mohamed Morsi lui ont ainsi permis de limoger dès jeudi le procureur général du pays, Mahmoud Abdel Maguid.

Ce décret annule aussi tous les recours engagés contre l'assemblée chargée de la rédaction de la future Constitution et dominée par les islamistes. Le nouveau pouvoir défend son initiative en affirmant qu'elle est destinée à accélérer la transition vers un régime démocratique.

Soutien salafiste

Les organisations salafistes, telles Nour et Gamaa Islamiya, qui prônent une interprétation stricte de la loi islamique, la «charia», dans la Constitution, ont apporté leur soutien au décret présidentiel.

L'initiative de Mohamed Morsi a en revanche été critiquée par les Etats-Unis, l'Union européenne (UE) et l'ONU, alors que sa médiation pour obtenir une trêve dans la bande de Gaza venait tout juste de lui valoir les remerciements de la communauté internationale.

(ats)

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