France

14 novembre 2017 11:36; Act: 14.11.2017 14:49 Print

LafargeHolcim perquisitionné à Paris

Les bureaux du cimentier franco-suisse ont été perquisitionnés dans l'affaire du financement indirect de l'EI en Syrie.

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Une perquisition était en cours mardi au siège de LafargeHolcim à Paris. Le cimentier est soupçonné d'avoir indirectement financé des groupes djihadistes en Syrie, dont l'organisation Etat islamique (EI). «Les enquêteurs français sont en train de perquisitionner nos locaux», a indiqué une porte-parole de LafargeHolcim à l'AFP, confirmant une information de la radio France Inter. «Nous coopérons pleinement avec les enquêteurs, mais nous ne pouvons faire davantage de commentaires sur cette enquête en cours», a-t-elle ajouté.

L'enquête, menée depuis juin par trois juges d'instruction, s'attache à déterminer si le géant du ciment a transmis de l'argent à certains groupes, notamment l'EI, pour continuer à faire fonctionner en 2013 et 2014, malgré le conflit en Syrie, la cimenterie de Jalabiya (nord).

Les enquêteurs cherchent aussi à savoir si des responsables du groupe en France avaient eu connaissance de tels accords et du danger qu'ils ont pu faire courir aux employés syriens sur place.

Perquisition dans une filiale à Bruxelles

La police fédérale belge a également procédé mardi à une perquisition à Bruxelles dans une filiale du cimentier. Cette perquisition, menée dans le cadre d'une équipe d'enquête franco-belge, a eu lieu parallèlement à celles menées à Paris.

Dans un communiqué, le parquet fédéral belge a indiqué qu'«un juge d'instruction spécialisé en matière de terrorisme de Bruxelles a fait procéder ce matin à l'exécution par la police judiciaire fédérale d'une perquisition à Bruxelles, simultanément à d'autres perquisitions effectuées en France».

Le parquet ne cite pas le nom du groupe LafargeHolcim. Il se contente d'évoquer «une équipe commune d'enquête franco-belge, constituée pour enquêter sur des soupçons de financement d'un groupe terroriste par une multinationale française». Mais une source proche du dossier a précisé à l'AFP qu'il s'agissait bien du cimentier.

De «troubles arrangements»

Le scandale avait été révélé en juin 2016 par une enquête du journal «Le Monde». Ce dernier avait mis en lumière de «troubles arrangements» entre Lafarge Cement Syrie (LCS), branche syrienne du groupe, et l'organisation État islamique alors que le groupe djihadiste gagnait du terrain et devenait incontournable dans la région.

Deux mois plus tard, le ministère de l'Économie avait déposé plainte, déclenchant l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet de Paris, confiée au Service national de douane judiciaire (SNDJ).

Dans son rapport, dont l'AFP a eu connaissance, le SNDJ conclut que LCS a «effectué des paiements aux groupes djihadistes» pour que la cimenterie continue à fonctionner. La direction française du groupe Lafarge, qui a fusionné en 2015 avec le saint-gallois Holcim, «a validé ces remises de fonds en produisant de fausses pièces comptables», ajoute le SNDJ dans ce document.

D'anciens responsables du cimentier ont affirmé que cette volonté de rester coûte que coûte dans le pays en guerre avait reçu l'aval des autorités françaises. L'association anticorruption Sherpa, qui a également déposé plainte au nom de onze ex-salariés syriens de la cimenterie, a demandé que l'ancien ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius soit entendu. A ce jour, les magistrats instructeurs ont auditionné plusieurs anciens employés syriens de l'usine.

(ats/afp)