France

19 juin 2017 06:51; Act: 19.06.2017 07:22 Print

Macron face au piège de la «tour d'ivoire»

Les législatives semblent confirmer encore l'état de grâce dont semble bénéficier le président français. Attention, disent certains observateurs.

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Porté par ses victoires successives à la présidentielle et aux législatives, Emmanuel Macron se retrouve en position de force pour mener à bien son train de réformes. Mais il devra se prémunir contre l'effet «tour d'ivoire», estiment les analystes.

«On a du mal à voir ce qui peut se dresser face à lui», souligne le politologue Jérôme Sainte-Marie (Pollingvox). «Depuis le soir du premier tour de l'élection présidentielle, nous sommes entrés dans un mécanisme implacable, inéluctable qui amène au triomphe de celui qui a été choisi face à Marine Le Pen».

Et à en croire les sondages, les «Français n'ont pas spécialement envie que quelque chose se dresse face à lui, ils ont envie que ça se passe bien», ajoute-t-il, «sans pour autant qu'on puisse parler d'état de grâce au sens strict».

En position de force

En l'espace d'un peu plus d'un an, Emmanuel Macron, simple conseiller de François Hollande jusqu'en 2014, est parvenu à se hisser au sommet de l'Etat, en imposant sa stratégie de dépassement du clivage droite-gauche.

A 39 ans, l'ancien ministre de l'Economie se trouve, sur le papier, en position de force pour faire passer ses réformes phares, de celle du code du travail à la loi antiterroriste en passant par la loi sur la moralisation de la vie publique, malgré les critiques ou les inquiétudes qu'elles suscitent.

«Il n'y a désormais plus d'obstacles à l'application totale du programme d'Emmanuel Macron par lui-même», souligne le politologue Thomas Guénolé, après le raz-de-marée de La République en Marche (REM) aux législatives.

«Risque social» pas acquis

S'il est probable que les forces d'opposition sous-représentées à l'Assemblée nationale s'expriment en dehors du Parlement, le «risque social est pourtant loin d'être acquis», poursuit-il.

«Le déclenchement de mouvements sociaux de masse est aléatoire. Beaucoup de gens sont prêts à cliquer sur une pétition, mais quand il s'agit d'aller manifester, ils sont moins nombreux à être prêts à faire cet effort qu'il y a 20 ans».

Même analyse chez Jérôme Sainte-Marie face à ce qu'il qualifie de «fantasme de troisième tour social». «La perspective me paraît extrêmement improbable, les syndicats eux-mêmes sont très prudents parce que FO et CGT savent qu'ils ont mené des combats contre des réformes sous les deux derniers quinquennats et qu'au final ça a été la défaite».

Quant à l'opposition politique, «la grande chance du pouvoir actuel c'est d'avoir non pas une opposition, mais quatre» avec les socialistes, la droite identitaire, le Front national et la France insoumise, estime le politologue.

Adhésion fragile

Il n'en reste pas moins qu'avec une abstention historique aux législatives, l'adhésion au projet reste fragile. «Il y a un décalage troublant entre la concentration des pouvoirs d'Emmanuel Macron et la faiblesse de sa base sociale et politique», estime Jérôme Saint-Marie, qui pointe également le risque inhérent au «vote de classe».

«Les personnes qui soutiennent le nouveau pouvoir font preuve d'une certaine homogénéité sociale, c'est un bloc bourgeois et ça, ça crée une forme de malaise», estime-t-il.

«Tous ces gens à l'extérieur, qui ont l'impression que les réformes se font plutôt contre eux, qui se sont abstenus, qui sont à l'écart de la société, ça créé une tension latente mais je n'en vois pas pour l'instant l'expression politique».

Parti unique

Quant à la présidence «jupitérienne» revendiquée par Emmanuel Macron, qui souhaite tourner la page du président «normal» Hollande, elle n'est pas sans risque. Ses détracteurs et opposants se sont inquiétés ces derniers jours d'une possible «dérive absolutiste» et d'un «parti unique» en cas de majorité absolue pour le parti présidentiel.

Dans un éditorial publié cette semaine, le New York Times s'est pour sa part alarmé de la potentielle tentation d'Emmanuel Macron d'«abuser du pouvoir exécutif». Il a notamment pris pour exemple le cas de la loi antiterroriste.

«L'idée selon laquelle la chambre représenterait l'état de l'opinion est un dangereux leurre», met en garde Jérôme Fourquet, de l'Ifop. «La France n'a pas succombé au macronisme triomphant. Il n'y a pas de majorité de Français béate prête à tout avaliser, à tout avaler.»

Piège de la tour d'ivoire

«Il a beaucoup de talents mais on va voir comment les choses vont se dérouler, par exemple dans la négociation avec les partenaires sociaux cet été», ajoute-t-il.

A l'intérieur de son propre camp, le «seul garde-fou à son exercice du pouvoir c'est lui-même», note de son côté Thomas Guénolé. «C'est un risque en soi pour lui, l'effet tour d'ivoire a toujours été un danger pour les locataires de l'Elysée et la plupart sont tombés dans ce piège-là».

A cela s'ajoute «un vrai risque politique personnel: comme il a la main sur l'entièreté de la situation économique et sociale, il sera le seul jugé responsable», ajoute-t-il. «Si les résultats sont bons, tant mieux pour lui, sinon vae victis - malheur aux vaincus».

(nxp/ats)

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Les commentaires les plus populaires

  • Le Dzo le 19.06.2017 07:32 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Étonnant

    Est-ce l'effet Hollande et son lot de bêtises, et d'humiliation qui poussent nos amis français à autant de gentillesse envers le nouvel élu ? En espérant que le peuple de France ne soit pas en état de profonds regrets dans quelques mois!

  • Yoda le 19.06.2017 08:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Il faut savoir ce que l'on veut...

    Cela fait 50 ans que la France est quasi ingouvernable , gangrenée par un incessant ping pong gauche-droite et des gens de pouvoir qui consacrent toute leur énergie à se bouffer le nez, plus préoccupés par leur égo que par l'avancement effectif du pays. Aujourd'hui la France est enfin dans une situation où elle doit respecter le jeu démocratique et avancer , sans résistance . Cette configuration est une première . Donnons lui sa chance.

  • Info le 19.06.2017 08:45 Report dénoncer ce commentaire

    La Majorité

    Maintenant qu'il a le pouvoir , il va faire ce qu'il lui plait , le bien comme le mal, Français vous risquez de subir .

Les derniers commentaires

  • françois le 19.06.2017 18:02 Report dénoncer ce commentaire

    le français

    nous, nous voyons en macron la descente aux enfer de la France, on voit pas d'issue pour lui sauf si il reste à gauche chose qu'il a faite avec hollande, trop de nouvelles t^tes et des députés inconnus avec une politique nouvelle , ouf làlà.

  • john le 19.06.2017 14:05 Report dénoncer ce commentaire

    La tour d'ivoire de Macron

    Perso, je ne pige pas pourquoi il y a déjà une résistance alors même qu'il n'a rien fait encore. Pauvre France ! Le problème est que M. Macron veut réformer, or même s'il est dans sa tour d'ivoire, je vois déjà les manifestations bloquer le pays... sans véritables raisons. COURAGE MACRON et SVP ne lâchez rien en marche !

  • Le blasé le 19.06.2017 13:40 Report dénoncer ce commentaire

    De toute manière

    Si j'écris ce que je pense, je vais encore me faire traiter de conspi, d'allumé, etc. Alors, vous savez quoi? Gardez-le votre Macron, défendez-le, écoutez-le comme vous avez écouté Hollande et son "mon ennemi, c'est la finance" et recommencez vos bêtises dans 5 ans. Vous ne comprendrez jamais de toute manière.

    • Fuca le 19.06.2017 14:54 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Le blasé

      Oui change de disque, tu nous saoules et en plus on a même pas l'ivresse

    • Le blasé le 19.06.2017 16:06 Report dénoncer ce commentaire

      Merci

      Pour cet apport enrichissant. Quant à l'ivresse, c'est surtout la gueule de bois que tu vas sentir dans quelques mois. Amuse-toi bien.

  • DATA le 19.06.2017 12:20 Report dénoncer ce commentaire

    Je suis stupéfait !

    Je suis stupéfait que la propagande continue des médias ait pu faire élire et donner les pleins pouvoir à quelqu'un dont la principale qualité est la beauté de son visage. Pour moi, cela signifie que la démocratie autre que directe n'a aucune valeur car on peut la manipuler trop facilement. Il nous faut précieusement conserver notre système de référendum et d'initiatives qui permettent de répondre à des question directes. La manipulation est toujours possible, mais moins facile. Au fait quelqu'un à la moindre idée de la politique que va appliquer Macron à la France ?

    • liseron le 19.06.2017 13:36 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @DATA

      Perso, je ne le trouve pas spécialement beau. Bonne façon, oui. Beau, non.

    • Masse Tique le 19.06.2017 14:58 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @DATA

      Non la manipulation est plus avec la démocratie direct, suffit de voir le nombre de commentaires à chaque fois de personnes qui ne comprennent même pas pourquoi du comment à la plus part des votations, et votent le plus souvent contre leurs propres intérêts

  • Jules Dromadaire le 19.06.2017 10:43 Report dénoncer ce commentaire

    Enfin

    Hier, je disais justement à Simone que ce jeune homme est si brillant, avec un tel charisme ! Il me fait penser à notre petit Jules, qu'on a mis dans les meilleures écoles... et quelle ouverture ! Non seulement il a balayé la bête immonde, mais en plus, il a compris que le monde de demain était celui des gens instruits et gagnant bien leur vie. Enfin, nous pourrons vivre notre entre-soi, quel bonheur !