Allemagne

24 septembre 2017 20:44; Act: 25.09.2017 06:52 Print

Angela Merkel, la «chancelière inamovible»

Celle qui voit défiler les présidents et ministres étrangers rempile pour un quatrième mandat, douze ans après sa première élection.

Voir le diaporama en grand »
La 4e victoire consécutive de la chancelière Angela Merkel, dimanche 24 septembre, au pouvoir depuis 2005, a un goût amer: le nombre de voix est en chute libre, sa coalition fatigue, l'extrême-droite a percé au Bundestag. Et Merkel doit trouver pour gouverner une majorité, dans un paysage politique éclaté. . . . Angela Merkel, au pouvoir depuis 12 ans (trois mandats), a reconnu qu'elle avait espéré «un meilleur résultat» et a qualifié l'entrée au Bundestag de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) de «nouveau défi». - Dès dimanche soir, les socio-démocrates du SPD, en pleine crise existentielle, ont décidé de passer dans l'opposition. Ils étaient, ces quatre dernières années au gouvernement d'Angela Merkel. (Image - dimanche 24 septembre 2017) Le grand perdant, Martin Schulz (à d.), tête de liste du SPD, a reconnu une «journée difficile et amère pour la social-démocratie».(Image - dimanche 24 septembre 2017) . Une chose était sûre dès dimanche: la seule majorité que peut espérer Mme Merkel passe par une alliance avec les libéraux du FDP et les Verts. (Image - dimanche 24 septembre 2017) : FDP et Verts s'opposent sur bien des dossiers, comme l'immigration ou le diesel, et ont des désaccords de fond avec les conservateurs. (Image - dimanche 24 septembre 2017) Le chef des libéraux FDP, Christian Lindner (ici), a d'ailleurs déjà fixé une condition pour entrer au gouvernement: le rejet des idées de réforme de la zone euro portées par le président français Emmanuel Macron. Un budget commun est ainsi «une ligne rouge», estime Chrsitian Lindner (au 1er plan) car Berlin ne doit pas se retrouver à payer les dérapages financiers des autres. - Une possible alliance conservateurs - FDP -Verts est appelée «Jamaïque» - référence aux couleurs noir-jaune-vert des trois partis. Une telle alliance n'existe actuellement qu'au niveau régional, dans l'Etat du Schleswig-Holstein. (Image d'archive) Les négociations pourraient prendre des mois. Et ce n'est qu'après l'officialisation d'une nouvelle coalition que Mme Merkel pourra formellement être désignée chancelière une 4e fois. Autrement, de nouvelles élections pourraient être convoquées. (Image - dimanche 24 septembre 2017) - «Nous avons délaissé notre flanc droit et il nous appartient à présent de combler le vide avec des positions tranchées», a lâché le chef de la CSU, Horst Seehofer. , Mme Merkel va y être contrainte. Ses alliés bavarois de la CSU et la frange la plus conservatrice de la CDU l'ayant appelée à maintes reprises à écouter ses électeurs les plus à droite, excédés par son cap centriste. a fait dimanche une entrée en force à la chambre des députés, une première depuis 1945 pour ce parti qui tient des discours anti-immigrants, anti-islam, anti-euro et révisionnistes de l'histoire. (Image - dimanche 24 septembre 2017) «Nous allons changer ce pays (...) Nous allons faire la chasse à Madame Merkel. Nous allons récupérer notre pays», a jubilé Alexander Gauland (à g.), co-tête de liste du parti qui a récemment appelé à être «fier» des soldats allemands de 1939-1945. (ici avec Alice Weidel et Joerg Meuthen). A Berlin, des Allemands sont descendus dans la rue pour protester contre le score du parti d'extrême-droite AfD: 'plus jamais', 'Bienvenue aux réfugiés' ou 'Nazis, dehors' annoncent ces pancartes. (Image - dimanche 24 septembre 2017) A Berlin. le très bon résultat de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) est un choc profond pour un pays dont l'identité d'après-guerre repose sur la lutte contre les extrêmes et la repentance pour les crimes du IIIe Reich. (Image - dimanche 24 septembre 2017) A Berlin. (Image - dimanche 24 septembre 2017) A Francfort aussi, des Allemands ont manifesté en réaction aux 13% de voix récoltés par l'AfD

Sur ce sujet
Une faute?

Adoubée pour un quatrième mandat de chancelière et déjà forte d'une longévité record en Europe, Angela Merkel a mené une carrière politique aussi remarquable qu'inattendue. Elle a mystifié ses adversaires avec son humilité apparente, toute protestante.

«Et pour l'éternité, amen ?», plaisantait fin mai le quotidien Tageszeitung lors de son investiture. A 63 ans, la «chancelière inamovible» a déjà vu défiler trois présidents américains, quatre français et trois premiers ministres britanniques et semble épargnée par l'usure du pouvoir.

Surnommée «Mutti» («maman»), moquée pour son style lénifiant, Angela Merkel a «un secret», estimait le philosophe Peter Sloterdijk en 2015: elle répond comme personne «au désir ardent de normalité» des Allemands, éprouvés par leur histoire tourmentée et circonspects face à l'état du monde.

Vu de l'étranger, elle a pris au fil des crises européennes une dimension croissante, d'abord comme «bourreau» des pays dépensiers, avant de se voir présentée en «leader du monde libre» après l'élection de Donald Trump. Sans pour autant infléchir la ligne du milliardaire sur les enjeux-clés, en particulier le climat.

Place dans l'histoire

Qui aurait parié, à l'automne 2005, après sa victoire à l'arraché face au chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, que cette scientifique sans charisme évident, peu au fait des dossiers internationaux, deviendrait incontournable ?

Qui aurait misé sur cette austère fille de pasteur élevée en Allemagne de l'Est ? Pas les dirigeants politiques ouest-allemands qui l'ont longtemps sous-estimée.

Douze ans plus tard, elle s'est imposée comme un animal politique singulier, car malgré sa longévité, sa place dans l'histoire reste aussi incertaine que les principes qui la guident. Elle a largement tiré parti de la prospérité économique favorisée par les impopulaires réformes de M. Schröder, mais ses propres efforts pour préparer l'avenir sont discutables.

Outre la sortie du nucléaire, décidée au printemps 2011 à la suite de la catastrophe de Fukushima, notamment pour satisfaire l'opinion, la crise migratoire est l'événement-phare de ses trois mandats et sans doute sa seule vraie prise de risque.

En septembre 2015, rompant avec sa prudence légendaire, Angela Dorothea Merkel, née Kasner, décide d'ouvrir son pays à 900'000 demandeurs d'asile. Sa popularité plonge, les populistes gagnent du terrain. Elle reprend la main en adoptant une série de mesures et en négociant un accord avec la Turquie pour réduire considérablement les arrivées de réfugiés en Europe.

En Allemagne, il lui faut cependant gérer dans la durée la difficile intégration de ces migrants. En Europe, particulièrement à l'Est, il lui faut composer avec ceux qui l'accusent d'avoir créé un appel d'air et refusent d'accueillir des réfugiés.

Aïkido politique

Mais hormis la crise des réfugiés, son style est marqué par un ultra-pragmatisme guidé par les rapports de force du moment, plutôt que par des convictions personnelles. «Son approche rappelle l'aïkido», cet «art martial des faibles» consistant à «utiliser l'énergie de son adversaire pour le laisser chuter tout seul», analysait récemment le quotidien Handelsblatt.

Sa gestuelle «apaisante» adresse un message: «La politique est d'une complexité infinie et demande expertise et subtilité - les siennes», estimait le journal.

Dans le privé, ses passions connues sont des plus simples: l'opéra et les randonnées avec son second époux, un scientifique de renommée internationale qui fuit la vie publique. On la voit aussi régulièrement le vendredi soir dans un supermarché de Berlin achetant fromage et bouteille de blanc.

Vie sans aspérité

Sa vie d'avant la politique n'a guère connu d'aspérités. Angela Merkel a vécu une enfance austère dans la campagne de RDA, à côté d'un centre pour handicapés, où son père a volontairement installé sa famille afin de contribuer à l'évangélisation de la population dans l'Etat communiste.

Elle devient docteur en chimie quantique en s'accommodant du régime communiste. Ce n'est qu'après la chute du Mur de Berlin qu'elle entre en politique, devenant porte-parole du dernier gouvernement de la RDA avant de rejoindre le parti conservateur CDU.

Le chancelier Helmut Kohl offre à la «gamine» ses premières responsabilités ministérielles. Mais en 2000, profitant d'un scandale financier au sein de son parti, elle lui ravit la CDU, ce qu'il ne lui pardonnera jamais. Consécration cinq ans plus tard: elle devient la première chancelière.

(nxp/ats)

Les commentaires les plus populaires

  • Thomas le 25.09.2017 00:54 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Dans 200 ans on dira

    C'est elle qui a fait de l'Europe un continent Islamique.

  • Jean Jan le 24.09.2017 21:54 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Marre de l'EU

    Un peu de changement n'aurait pas fait de mal... marre de maternetr l'Europe.

  • un suisse , VD le 24.09.2017 23:53 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    l' UE va pas très fort.

    je pense que c'est elle qui va remettre Macron sur les rails , parceque lui croit qu' il est tout seul , se qu' il a fait à l Italie ,c est pas dans le sens de l UE. vive la Suisse autonome.

Les derniers commentaires

  • Clm le 25.09.2017 13:10 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ainsi soit il

    Donc 16ans de pouvoir, j entend encore les commentaires lors de l election de vladimir pour un troisieme mandat apres 4ans de pause........

  • Etienne le 25.09.2017 12:15 Report dénoncer ce commentaire

    C'est triste...

    je ne dis pas qu'il faut forcément voter extrême droite mais j'entends toujours,ça et là qu'il faudrait du "changement"... mais au moment de passer à l'acte,les gens font dans leur froc tellement ils ont peur,alors ils votent comme des lâches pour la continuité... l'Allemagne se porte bien il paraîtrait? oui pour les riches! pour le commun de la population c'est une tout autre histoire... les allemands sont même dans une précarité plus grande encore que les français,car en France au moins il y a le SMIG qui n'existe pas en Allemagne! A.Merkel est la candidate des bourgeois et de la continuité.

  • Old Troll le 25.09.2017 02:40 Report dénoncer ce commentaire

    Mutti, elle a vécu le Totalitarisme

    Les 10% des possédants d'Europe aimeraient bien qu'une droite plus radicale mette les peuples au pas, (déjà que l'on vit une société à 2 vitesses, faut pas se gêner pour creuser le fossé entre aisés et nouveaux pauvres!) Considérant les dirigeants de la Hongrie, de la Pologne, de la Grèce, etc... qui mettent leurs peuples en otage pour garantir des critères économiques fallacieux, garantissant leur POUVOIR, je considère l'élection de Mme Merkel, (niveau PhD quand même), un bienheureux "moindre mal".

  • paysan le 25.09.2017 02:34 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    esclavage

    elle a juste ouvert son pays pour accueillir des migrants dans le but de les exploiter en essayant de les faire travailler...... et dont la rémunération est digne de l esclavage.... bravo dans un pays où il n y a pas de salaire minimum, les salaires sont descendus jusqu a moins de 800 euros. et on accepte cela. pauvres allemands

    • Argonath2008 le 25.09.2017 06:21 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @paysan

      Soit dit en passant en Suisse nous n'en avons pas non plus de salaire minimum.

  • Thomas le 25.09.2017 00:54 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Dans 200 ans on dira

    C'est elle qui a fait de l'Europe un continent Islamique.

    • Potin le 25.09.2017 09:33 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Thomas

      Peut-être mais avant...rouge le sang sur l'asphalte....