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07 février 2017 21:43; Act: 07.02.2017 21:43 Print

L'oeuvre qui fait hurler les extrémistes de droite

Une installation monumentale rappelant les souffrances des Syriens d'Alep a été inaugurée ce mardi sous les huées de militants anti-islam.

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«Dégage!», ont crié des manifestants à l'adresse de Dirk Hilbert, le maire de cette cité d'ex-RDA, berceau du mouvement islamophobe Pegida. L'édile, défenseur du projet artistique, fait l'objet de menaces et a été placé sous protection policière. Des huées ont été entendues ainsi que des harangues telles que «traîtres à la patrie», un mot longtemps resté tabou en Allemagne car relevant de la rhétorique nazie, ont rapporté des médias locaux.

Dans son discours inaugural, le maire de cette ville d'un demi-million d'habitants a assuré que l'oeuvre de Manaf Halbouni était un grand enrichissement sous les bravos d'autres manifestants. L'oeuvre, imposante, doit rester jusqu'à début avril devant la Frauenkirche, une église baroque presque entièrement détruite par les bombardements alliés à la fin de la Seconde Guerre mondiale et reconstruite après la chute du Mur de Berlin.

Lundi soir déjà, des sympathisants de Pegida s'étaient massés devant l'installation en cours de montage. Selon un journal local, un homme avait hurlé «art dégénéré», une référence au IIIe Reich d'Adolf Hitler qui avait fait interdire l'art moderne.

«Un migrant déraciné»

Par ailleurs, des élus locaux de la droite anti-islam et anti-establishment Alternative pour l'Allemagne (AfD) s'en sont pris dans un communiqué à l'artiste, «un migrant déraciné» qui participe avec ses oeuvres à «une réorientation de l'Europe sous domination arabo-musulmane». L'oeuvre va devoir être surveillée jour et nuit, selon la presse locale.

L'artiste s'est inspiré d'une photo prise à Alep, la deuxième ville syrienne reprise entièrement par l'armée de Bachar al-Assad en décembre à l'issue de violents combats. Le cliché, qui a fait le tour du monde, montre trois carcasses de bus érigés à la verticale par des Alépins pour se protéger des tirs de snipers.

Un mémorial

«La photo m'a beaucoup ému», a confié l'artiste né à Damas en 1984 d'une mère allemande et d'un père syrien. L'installation n'est «pas directement une copie de cette barricade de bus à Alep mais un mémorial (...) qui rappelle la guerre et les expulsions et veut promouvoir la paix», a-t-il ajouté sur les ondes de Deutschlandradiokultur.

Manaf Halbouni et M. Hilbert ont également été la cible d'injures sur les réseaux sociaux, selon les médias locaux. "Espérons que l'un (des bus) tombe sur ce gros porc en cravate bleue", peut-on lire dans un commentaire sur Facebook.

(afp)