Crise en Catalogne

07 octobre 2017 13:17; Act: 07.10.2017 23:42 Print

Les Espagnols dans la rue en faveur d'un «dialogue»

Des manifestations se tenaient samedi en Espagne pour réclamer l'instauration d'un dialogue entre Madrid et les dirigeants catalans.

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Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté samedi dans toute l'Espagne, les unes pour l'«unité», les autres pour le «dialogue», alors que les séparatistes au pouvoir en Catalogne envisagent de déclarer l'indépendance unilatérale de leur région dans les prochains jours.

A la fin d'une journée de manifestations d'Espagnols angoissés par la pire crise politique dans leur pays depuis le retour de la démocratie, le quotidien El Pais, le plus lu du pays, a publié un entretien du chef du gouvernement, où il assure qu'une hypothétique déclaration d'indépendance «ne débouchera pas sur quoi que ce soit».

Il y lance un appel aux nationalistes catalans les plus modérés, pour qu'ils s'éloignent des radicaux avec lesquels ils se sont alliés pour disposer d'une majorité au parlement catalan, alors que les indépendantistes semblent douter.

Dans la rue, à l'appel de l'initiative citoyenne «Parlem? Hablemos?» (On se parle?, en catalan et en espagnol) des dizaines de dizaines de milliers de personnes, vêtues de blanc, s'étaient auparavant rassemblées dans plusieurs villes pour réclamer un «dialogue» entre les Catalans et le reste du pays.

«Je suis triste de voir l'état dans lequel se trouve notre pays et la médiocrité de notre gouvernement», se lamentait Marta Muro, 67 ans, rencontrée dans la manifestation de Madrid qui, selon des journalistes de l'AFP, a réuni plusieurs milliers de personnes.

«Négation de l'autre»

A Barcelone, la même initiative a rassemblé plusieurs milliers de personnes face à la mairie. «On ne peut nier la tension sociale», disait Alicia Domenec, 39 ans. «Il y a une rupture, une fracture, des insultes, une négation de l'autre».

Des manifestations similaires ont eu lieu à Valence (sud-est), Saragosse et Valladolid (nord), au Pays Basque et à Palma de Majorque, entre autres.

A Madrid, un défilé «patriotique» a par ailleurs rassemblé 50'000 personnes, selon la préfecture. Au milieu des drapeaux espagnols, les manifestants ont scandé des slogans hostiles aux dirigeants catalans séparatistes, à l'origine de la consultation de dimanche dernier interdite par la justice espagnole.

Octavi Puig, un retraité catalan qui vit à Madrid, a dit manifester «parce que je ne veux pas qu'on mette un Mur de Berlin pour aller là où se trouvent les morts (de sa famille) et mes proches».

La crise, qui inquiète aussi l'Europe, touche également la Catalogne, où vivent 16% des Espagnols car, selon les sondages, la moitié de la population n'est pas indépendantiste. Dimanche, une autre manifestation «pour retrouver la sagesse» est prévue à Barcelone. L'écrivain Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature, de nationalités péruvienne et espagnole et qui a qualifié l'indépendantisme catalan de «maladie», y participera.

Gestes d'apaisement

De timides gestes d'apaisement sont apparus en fin de semaine.

Le préfet, principal représentant de l'Etat en Catalogne, a pour la première fois présenté des excuses au nom des forces de l'ordre vendredi pour les violences policières qui ont émaillé le référendum interdit de dimanche, faisant au moins 92 blessés et scandalisant l'opinion.

Et le président régional Carles Puigdemont a annoncé qu'il repoussait son intervention devant le Parlement catalan, prévue lundi. Les séparatistes envisageaient d'y prononcer une déclaration d'indépendance unilatérale. La nouvelle séance est prévue mardi à 18h00 (16h00 GMT), l'ordre du jour portant simplement sur la «situation politique».

Les parlementaires opposés à l'indépendance ont cependant dit se méfier des véritables intentions de M. Puigdemont, qui a diffusé vendredi les résultats définitifs, et invérifiables faute de commission électorale, du référendum interdit: 90,18% de «oui» à la sécession avec un taux de participation de 43%.

«Gagner du temps»

Le report de l'annonce pourrait servir à «gagner du temps», notait samedi le quotidien catalan La Vanguardia. Car les dirigeants catalans ont besoin de réfléchir «à ce qu'ils comptent faire» de cette déclaration d'indépendance unilatérale, poursuit le journal. Une «République catalane» serait en effet automatiquement exclue de l'Union européenne.

D'où les appels à une médiation internationale pour sortir de la crise, lancés par Carles Puigdemont et l'influent Jordi Cuixart, président de l'association indépendantiste Omnium.

«Nous savons et sommes convaincus que, sans reconnaissance internationale, ce que nous accomplissons va faire long feu», a reconnu Jordi Cuixart sur une radio catalane samedi.

Le responsable des Entreprises au sein du gouvernement catalan, Santi Vila, réputé proche du président régional, a, lui, réclamé un «cessez-le-feu». «Cela signifie que dans les prochaines heures et jours, nous ne prenions pas des décisions qui pourraient être irréparables», a-t-il expliqué.

Ainsi, certains indépendantistes envisageraient-ils une déclaration à l'effet reporté de plusieurs mois, écrit La Vanguardia.

Les tensions et la perspective d'une Catalogne indépendante effrayent les milieux économiques, dont certains sont justement proches du «nationalisme catalan modéré», évoqué par Mariano Rajoy, et parfois allié à la droite.

Plusieurs entreprises, dont les banques centenaires CaixaBank et Banco de Sabadell, ont décidé de transférer leurs sièges sociaux hors de Catalogne.

Depuis le début de la crise, la justice a elle réagi avec fermeté. La Cour constitutionnelle avait ainsi interdit le référendum et jeudi elle a suspendu la session du parlement catalan initialement annoncée pour lundi.

Merkel et Juncker discutent

L'inquiétude s'étend aussi au delà des frontières, et en particulier à Bruxelles. La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ont discuté de la crise en Catalogne au cours d'un entretien téléphonique, a-t-on appris samedi auprès d'un responsable européen. Cette conversation téléphonique illustre l'inquiétude croissante des Européens.

D'après un haut fonctionnaire européen, les deux dirigeants se sont entretenus vendredi. Juncker se trouvait en Inde pour un sommet bilatéral. «Ils ont discuté de la situation en Espagne parmi d'autres choses», a-t-il dit. Merkel et Juncker ont des contacts réguliers. Le gouvernement allemand n'a pas confirmé cette discussion.

Dans un entretien publié samedi par le quotidien Bild, Manfred Weber, président allemand du groupe du Parti populaire européen (PPE) au Parlement européen et membre de la CSU alliée de Merkel, dit redouter que les revendications indépendantistes de la Catalogne déclenchent une nouvelle crise de l'euro.

(nxp/ats/afp)

Les commentaires les plus populaires

  • bady le 07.10.2017 15:12 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    pour le fric

    tout ça pour l'argent, les catalans ne veulent pas payer les impôts mais aussi ils vont tout perdre

  • lou le 07.10.2017 14:25 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    expliquez moi

    Quand la Catalogne fait un vote pour l'indépendance (sans les autorisations et accessoirement puni par la constitution Espagnole ainsi que des résultats très décevant 36% de Oui sur la population catalane) tout le monde est ému car la Démocratie ne serait pas respecter quand la Crimée volée par l'Ukraine lors de la chute de l'URSS réclame d'être rattaché de nouveau à la Russie c'est antidémocratique...

  • Rita Al le 07.10.2017 18:10 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Utopie ?

    Vous avez un beau pays, de belles filles, un beau climat vous êtes sympa, vous méritez mieux que de faire une guerre civile ! Dialoguez trouvez un compromis par le dialogue c est bénéfique pour tout le monde!

Les derniers commentaires

  • Chris le 08.10.2017 11:39 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Zéro

    20 Minutes... il faut revoir vos sources... ce n'est en aucun cas une manifestation pour le dialogue... C'est une manifestation pour l'unité... pour montrer aux quelques indépendantistes que la Catalogne est tout d'abord Espagnole... Ah et ceux qui ne connaissent rien à L'histoire d'Espagne et qui viennent commenter ou me comparer le Kosovo à la Catalogne retourner ouvrir vos livres car ça n'a rien à voir...ABE

  • Don Juan le 08.10.2017 10:36 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Todos juntos à Barcelona

    Union espagnol me plaît

  • Spanishwar le 08.10.2017 06:50 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Cata...

    ils veulent leur indépendance, très bien. qu'ils la prennent. Mais que l'idée de rester dans l'UE ne les effleure même pas. Seuls ils veulent être, seuls ils resteront

    • Tato le 08.10.2017 09:12 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Spanishwar

      Belle ouverture d'esprit

    • Spanishwar le 08.10.2017 22:53 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Tato

      T'as raison ! belle ouverture d'esprit des indépendantistes...

  • Jack le 07.10.2017 23:07 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Soit fédéralise, soit adéu.

    Si jétais Catalan, il y aurait 2 solutions pour motiver mon choix. Dabord, si la Catalogne ne déclare pas lindépendance, Madrid doit changer la constitution, éjecter les fonctionnaires qui bossaient déjà pour Franco et permettre un vote où tous les Espagnols pourraient voter, mais avec double vote pour les résidents de Catalogne. Dans ce cas-là, je voterais non. Si Madrid reste infléchi, je dirais oui. Je ne verrais pas lintérêt de rester dans un pays non-démocratique.

  • SergeJ le 07.10.2017 22:08 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Quel paradoxe !!!

    Ceux qui étaient habillés aujourd'hui en blanc, sont les mêmes qui jetaient des pierres à la police la semaine dernière !!!!