Catalogne

09 novembre 2017 05:20; Act: 09.11.2017 05:20 Print

La présidente du parlement devant la justice

La présidente du parlement catalan et cinq autres élus se retrouvent jeudi devant un juge de la Cour suprême de Madrid.

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Le 27 octobre 2017, le Parlement de Catalogne annonçait que la région devenait une République. Une rupture sans précédent en Espagne. La tension commence vraiment avec la . Les paysans catalans se révoltent en 1640 contre le roi qui les écrase sous les taxes pour financer la guerre contre la France et tuent le vice-roi. Cet épisode constitue l'hymne national catalan. Mais les choses se gâtent encore plus Durant la guerre de succession d'Espagne, Barcelone choisit le camp des Habsbourg contre les Bourbon. Ceux-ci triomphent et leur roi, Felipe V, écrase la ville. Une chute commémorée via la fête nationale catalane. Au 20e siècle, après la proclamation de la IIe République, la Catalogne obtient un de Catalogne. Le 6 octobre 1934, une très éphémère république catalane est même proclamée. Mais la guerre civile espagnole éclate après la victoire en France du Front populaire en 1936. Elle se solde par la victoire du général nationaliste Franco en , qui était restée fidèle à la République. Après la chute du régime de Franco en 1975, Juan Carlos 1er fait renaître la démocratie en Espagne. En 1978, la dote la Catalogne d'une large autonomie, qui peut disposer de son propre parlement et gouvernement En mars 2006, à la suite d'intenses négociations avec Madrid, le . La région devient une nation dans l'Etat espagnol. Avec ce statut, les Catalans ont leur propre drapeau national, leur hymne et fêtes populaires. Mais le Parti populaire de l'actuel président espagnol Mariano Rajoy fait recours auprès du Tribunal constitutionnel qui Des milliers de manifestants protestent à Barcelone en juillet 2010. En septembre 2012, des milliers de Catalans sont à nouveau dans la rue pour réclamer un . Mais Marino Rajoy, au pouvoir, refuse de négocier. En 2014, le président catalan Artur Mas convoque le peuple . Accepté à 80% des votants, le vote est déclaré nul par le Tribunal constitutionnel saisi par le gouvernement de Manuel Rajoy. Le 9 juin 2017, Carlos , séparatiste de longue date, devient président de Catalogne. Contre l'avis de Madrid, il annonce la tenue du référendum d'autodétermination le 1er octobre. malgré la présence de 10'000 gardes civils et la confiscation du matériel de vote par Madrid. Le oui l'emporte à 90% et le taux de participation est de 43%. Le gouvernement de Madrid, qui a interdit le vote, réprime les opérations au prix de qui font au moins 200 blessés. Journée de grève générale et de manifestations monstres à Barcelone mais aussi ailleurs en Espagne le 3 octobre 2017. Ce même 3 octobre, l'attitude du gouvernement catalan et son manque de loyauté. Le 8 octobre 2017, au moins pour défendre le maintien de la Catalogne dans l'Espagne. On le voit, l'épreuve de force entre Madrid et Barcelone et entre unionistes et indépendantistes n'est pas prête de se terminer.

Une faute?

Au lendemain d'une grève en Catalogne pour dénoncer l'incarcération de dirigeants séparatistes, d'autres responsables indépendantistes devaient être entendus jeudi par la justice espagnole, qui pourrait les placer en détention pour avoir déclaré l'indépendance de la région.

La présidente du parlement catalan Carme Forcadell, 58 ans, et cinq autres élus se retrouveront devant un juge de la Cour suprême de Madrid, Pablo Llarena, à partir de 9h30 (08h30 GMT). Il devra décider s'ils se sont rendus coupables ou non de rébellion, sédition et malversations de fonds, en vue de déclarer l'indépendance.

Ils sont soupçonnés d'avoir suivi «une stratégie concertée en vue de déclarer l'indépendance», et ce bien avant la déclaration officielle du parlement catalan le 27 octobre, déclaration annulée mercredi par la Cour constitutionnelle, dans la plus grave crise qu'ait connue l'Espagne en 40 ans de démocratie.

Le magistrat, en poste en Catalogne pendant plus de 20 ans et fin connaisseur des affaires catalanes, pourrait décider de les placer en détention provisoire, comme une grande partie des dirigeants indépendantistes catalans qui ont organisé le 1er octobre ce référendum d'autodétermination interdit par la justice.

«Prisonniers politiques»

Le président de la région destitué par Madrid, Carles Puigdemont, poursuivi par la justice espagnole pour rébellion et sédition, a lui quitté le pays depuis une dizaine de jours pour la Belgique, où la justice examine un mandat d'arrêt européen à la demande de l'Espagne.

Quatre membres de son gouvernement destitué l'ont accompagné dans son exil belge. Les indépendantistes estiment avoir remporté la consultation du 1er octobre, interdite par Madrid, avec 90% des voix et un taux de participation de 43%. Ces chiffres, invérifiables, justifient selon eux la déclaration d'indépendance qui a suivi.

Carme Forcadell, 58 ans, indépendantiste de la première heure, et les cinq autres élus, avaient obtenu le 2 novembre une semaine supplémentaire pour préparer leur défense. C'est Carme Forcadell qui avait compté, un à un, les bulletins des élus qui avaient voté pour la sécession, 70 sur 135, un fait sans précédent en Espagne. Le délit de rébellion est passible en Espagne de 15 à 30 ans de prison, et celui de sédition d'un maximum de 15 ans.

150'000 passagers touchés

Cette judiciarisation de la crise catalane a entraîné de nombreuses manifestations des indépendantistes catalans, qui estiment que leurs chefs de file sont désormais des «prisonniers politiques», au moment où ils doivent préparer les élections régionales convoquées par le gouvernement central pour le 21 décembre.

Mercredi, des dizaines de milliers de passagers et des centaines de camions, en particulier en partance vers la France, ont été bloqués en Catalogne par des indépendantistes répondant à l'appel à la grève d'une confédération syndicale et d'associations séparatistes qui ont bloqué des routes, des gares et des sites touristiques aux cris de «Liberté! Liberté!».

Au total, 150'000 passagers, dont 10'000 de trains à grande vitesse, en particulier entre la France et l'Espagne, ont été affectés par des annulations ou retards. Mais à la différence de la grève générale du 3 octobre, la majorité des commerces et entreprises de Barcelone et sa région ont fonctionné normalement. Les deux principaux syndicats espagnols, CCOO et UGT, n'avaient cette fois pas appelé à la grève.

Controverse en Belgique

Le ministère de l'Intérieur a qualifié la participation de «minimale», sauf dans l'enseignement où elle était suivie par environ 30% des enseignants.

A Barcelone, la basilique Sagrada Familia a aussi été fermée pendant plusieurs heures. En Belgique le sort de Carles Puigdemont a aussi suscité des débats et l'embarras du gouvernement de Charles Michel, qui compte des nationalistes flamands sensibles aux arguments des indépendantistes catalans.

«Il y a une crise politique en Espagne et pas en Belgique», a répondu le Premier ministre aux députés. Il a cependant réaffirmé que le gouvernement espagnol était son seul interlocuteur. Mariano Rajoy l'en a remercié sur Twitter, assurant partager avec lui le «respect pour l'Etat de droit et donc pour l'indépendance des juges belges et espagnols».

Lors des dernières élections régionales en 2015, les partis indépendantistes avaient obtenu 47,8% des suffrages et 72 sièges sur 135 au parlement régional. Les sondages prédisent pour l'instant un résultat très serré pour le scrutin de décembre.

(nxp/afp)