Bruxelles

22 juin 2017 15:49; Act: 22.06.2017 21:06 Print

L'UE retrouve la confiance, May fragilisée

Les 27 chefs d'Etat européens entament jeudi un sommet sur fond de défaites électorales des europhobes et de croissance économique. De son côté, Theresa May apparaît fragilisée après le Brexit.

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Le président du Conseil européen Donald Tusk, s'est félicité du «contexte politique différent de celui d'il y a quelques mois, lorsque les forces anti-UE étaient à la hausse», dans sa lettre d'invitation aux 28 chefs d'Etat. (Photo: AFP)

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Les dirigeants de l'UE, réunis en sommet jeudi et vendredi à Bruxelles, veulent se «concentrer sur l'avenir» à 27, même s'ils ne pourront éviter de parler Brexit avec la Première ministre britannique Theresa May. De fait, l'atmosphère a bien changé depuis le choc provoqué par le vote, il y a un an, en faveur du départ du Royaume-Uni.

«Parler de l'avenir de notre Europe et porter le projet d'une Europe qui protège»: le nouveau président français Emmanuel Macron, pour son premier sommet européen, s'est fait le héraut d'une certaine confiance, certes prudente, que l'Union européenne (UE) a récemment retrouvée.

«Pour moi, façonner l'avenir à 27 membres est prioritaire par rapport à la question des négociations avec la Grande-Bretagne sur sa sortie», a affirmé la chancelière allemande Angela Merkel qui veut se «concentrer sur l'avenir».

«Il doit être clair que le sommet européen n'est pas un forum pour les négociations du Brexit», a insisté le président du Conseil européen Donald Tusk lors d'un court point de presse, avant même que Theresa May ne prenne la parole au dîner. Les 27 devaient donc prendre «des notes» lors de l'intervention de la dirigeante britannique, qui suscite toutefois un grand intérêt.

Mme May donnera pour la première fois des précisions sur l'une des priorités des tractations: le sort des citoyens de l'UE vivant au Royaume-Uni (et réciproquement des expatriés britanniques), et comment Londres prévoit «d'assurer» que leurs droits «soient protégés».

«Je suis un rêveur»

Mais la Première ministre britannique est fragilisée. Son parti conservateur vient de perdre sa majorité absolue au Parlement lors des dernières élections législatives. Mme May les avait pourtant convoquées dans l'espoir de renforcer sa position pour négocier les conditions du retrait britannique de l'UE.

Non sans malice, Donald Tusk a même évoqué l'hypothèse selon laquelle le Royaume-Uni resterait, au bout du compte, dans l'UE. «Vous pouvez dire que je suis un rêveur, mais je ne suis pas le seul», a-t-il confessé, en citant les paroles du mythique «Imagine» de John Lennon.

Relocaliser les agences

Un échange devait suivre en fin de soirée, à 27, sur la relocalisation de deux agences européennes basées à Londres (l'Autorité bancaire et l'Agence des médicaments), qui vont devoir quitter le territoire britannique. Un débat moins anodin qu'il n'y paraît.

«J'espère qu'on n'aura pas une bataille de chiffoniers», a observé le Premier ministre belge Charles Michel, pour cette première vraie discussion portant sur un dossier post-Brexit. Donald Tusk a toutefois confié n'avoir «jamais eu la conviction aussi forte que les choses prennent une meilleure direction».

Croissance économique dans tous les Etats membres, recul du chômage, accord sur la dette grecque, défaites électorales des europhobes: touts ces facteurs ont quelque peu requinqué une Europe morose, en crise existentielle.

Terrorisme et défense

Plus forte, l'Europe s'est efforcée de montrer ses muscles. Confrontée à une vague d'attaques djihadistes perpétrées par des individus qui semblent s'être radicalisés seuls sur internet, l'UE en a appellé à la «responsabilité» du secteur des plateformes numériques qui diffusent du contenu violent.

Dans leurs conclusions, les 28 appellent les acteurs de l'internet à développer des outils pour la détection et la suppression automatiques des contenus incitant à la violence. L'UE n'hésitera pas, «si nécessaire», à légiférer sur le sujet, a-t-elle prévenu.

Confrontés au Brexit et aux doutes sur l'engagement de l'allié américain, les dirigeants européens ont salué l'accélération récente des chantiers pour construire une Europe de la défense. Cette ambition était minée depuis des décennies par l'immobilisme politique.

Il s'agit notamment d'un Fonds européen de défense, du développement de capacités militaires en commun. Ou encore de faciliter le déploiement de «groupements tactiques» multinationaux en cas de crise. Enfin, l'UE a confirmé la prolongation pour six mois des sanctions imposées à la Russie pour son implication dans le conflit ukrainien, a annoncé Donald Tusk.

(nxp/ats)