Proche-Orient

06 décembre 2017 20:03; Act: 07.12.2017 06:39 Print

Trump ouvre «les portes de l'enfer», dit le Hamas

Les réactions n'ont pas tardé à tomber, mercredi soir, après la décision du président américain de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël.

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Le mouvement islamiste palestinien Hamas a affirmé mercredi que la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d'Israël ouvrait «les portes de l'enfer pour les intérêts américains dans la région».

Ismaïl Radouane, un haut responsable du Hamas s'exprimant devant des journalistes dans la bande de Gaza, a appelé les pays arabes et musulmans à «couper les liens économiques et politiques» avec les ambassades américaines, et à expulser les ambassadeurs américains.

Proche Orient: un siècle de conflit entre Israël et Palestine

De son côté, le secrétaire général de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saëb Erakat, a déclaré mercredi que le président américain Donald Trump avait «détruit» la solution dite à deux Etats en annonçant la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël. M. Trump a aussi «disqualifié les Etats-Unis de tout rôle dans un quelconque processus de paix», a ajouté M. Erakat devant des journalistes.

Pour Abbas, Washington «sape» les efforts de paix

Le président palestinien Mahmoud Abbas a lui affirmé que les Etats-Unis ne pouvaient plus jouer leur rôle historique d'intermédiaire de la paix avec les Israéliens.

«Par ces décisions déplorables, les Etats-Unis sapent délibérément tous les efforts de paix et proclament qu'ils abandonnent le rôle de sponsor du processus de paix qu'ils ont joué au cours des dernières décennies», a-t-il ajouté sur la télévision palestinienne.

L'annonce provoquera une «Intifada»

L'Iran a prévenu que la décision de Donald Trump provoquerait une «nouvelle Intifada» ou soulèvement palestinien.

Le ministère des Affaires étrangères a dénoncé dans un communiqué une «provocation et une décision insensée de la part des Etats-Unis (...) qui va provoquer une nouvelle Intifada et pousser à des comportements plus radicaux, à davantage de colère et de violence».

Une décision «irresponsable» pour la Turquie

La Turquie juge «irresponsable» la décision mercredi du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale de l'Etat d'Israël.

«Nous condamnons la déclaration irresponsable de l'administration américaine (...) cette décision est contraire au droit international et aux résolutions de l'ONU», a réagi le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu sur Twitter.

«Une violation du droit international»

Le gouvernement de Jordanie, pays gardien des lieux saints musulmans à Jérusalem, a dénoncé comme «une violation du droit international» l'annonce de Donald Trump.

«La décision du président américain de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël, et le transfert de l'ambassade des Etats-Unis vers cette ville, constitue une violation des décisions du droit international et de la charte des Nations unies», a estimé le porte-parole du gouvernement jordanien, Mohammed Moumeni, dans un communiqué.

«Sérieuse préoccupation» de l'UE

La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini a exprimé mercredi au nom de l'Union européenne sa «sérieuse préoccupation». «L'Union européenne exprime sa sérieuse préoccupation à propos de l'annonce aujourd'hui du président des Etats-Unis Trump sur Jérusalem et les répercussions que cela peut avoir sur la perspective de paix», a affirmé Mme Mogherini dans un communiqué.

Le Royaume-Uni n'est «pas d'accord» avec la décision du président américain , a déclaré de son côté la Première ministre britannique Theresa May, dans un communiqué.

«Nous ne sommes pas d'accord avec la décision américaine de transférer son ambassade à Jérusalem et de reconnaître Jérusalem comme la capitale israélienne avant un accord final sur son statut», a déclaré Mme May dans un communiqué, estimant que cette décision n'était «d'aucune aide» pour les perspectives de paix dans la région.

La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré mercredi que son gouvernement ne soutenait pas la décision de Donald Trump. Le gouvernement allemand «ne soutient pas cette position car le statut de Jérusalem ne peut être négocier que dans le cadre d'une solution de deux Etats», a déclaré la chancelière, citée dans un tweet de son porte-parole, Steffen Seibert.

«Regrettable», juge Macron

La décision du président américain Donald Trump de reconnaître «unilatéralement» Jérusalem comme capitale de l'Etat d'Israël est «regrettable», a déclaré mercredi Emmanuel Macron. «C'est une décision regrettable, que la France n'approuve pas et qui contrevient au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU», a déclaré le chef de l'Etat français lors d'une conférence de presse, à Alger.

«Le statut de Jérusalem est une question de sécurité internationale qui concerne toute la communauté internationale, le statut de Jérusalem devra être déterminé par les Israéliens et les Palestiniens dans le cadre de négociations sous l'égide des Nations unies.»

Le chef de l'Etat a rappelé «l'attachement de la France et de l'Europe à la solution de deux Etats, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité dans des frontières internationalement reconnues avec Jérusalem comme capitale des deux Etats.»

Appel au calme

«Pour l'heure, je lance un appel au calme, à l'apaisement et à la responsabilité de tous, nous devons éviter à tout prix les violences et privilégier le dialogue», a-t-il dit. «La France est prête avec ses partenaires à prendre toutes les initiatives utiles en ce sens.»

«Jérusalem ville sainte, unique au monde. Son futur doit être défini dans le cadre d'un processus de paix basé sur les deux Etats, Israël et Palestine», a réagi pour sa part sur Twitter du chef du gouvernement italien Paolo Gentiloni.

L'ONU appelle à la «négociation directe»

Le statut de Jérusalem ne peut être résolu que par une «négociation directe» entre Israéliens et Palestiniens, a déclaré mercredi le secrétaire général de l'ONU. Antonio Guterres a également rappelé avoir toujours été «contre toute mesure unilatérale».

«Il n'y a pas d'alternative à la solution de deux Etats» avec «Jérusalem comme capitale d'Israël et de la Palestine», a ajouté le patron des Nations unies.

Un «jour historique», selon Netanyahu

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a salué mercredi comme un «jour historique» après l'annonce de Donald Trump. Jérusalem «est la capitale du peuple juif depuis 3000 ans, c'est la capitale d'Israël depuis presque 70 ans».

Benjamin Netanyahu a aussi affirmé que la décision du président américain ne changerait rien en ce qui concerne les lieux saints des trois grandes religions monothéistes à Jérusalem. Il a affirmé l'engagement israélien à maintenir le «statu quo». «Israël veillera à toujours faire respecter la liberté de culte des juifs, des chrétiens et des musulmans».

Benjamin Netanyahu tâchait ainsi de dissiper les inquiétudes, notamment des musulmans, de voir Israël exercer son contrôle sur les lieux saints à la faveur de l'annonce de M. Trump. Jérusalem abrite des lieux sacrés pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, dont le troisième lieu saint de l'islam, l'esplanade des Mosquées.

Un «important pas vers la paix»

«Le peuple juif et l'Etat juif seront à jamais reconnaissants», a-t-il dit dans un enregistrement vidéo diffusé immédiatement après la déclaration de M. Trump.Cette décision «est un important pas vers la paix», a ajouté le Premier ministre.

M. Netanyahu a appelé les autres pays à suivre l'exemple des Etats-Unis et à reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël et à y transférer leurs ambassades. Aucun pays n'a son ambassade en Israël à Jérusalem. «Je partage l'engagement du président Trump d'oeuvrer à la paix entre Israël et tous ses voisins, y compris les Palestiniens», a-t-il dit.

Suisse-Palestine condamne

L'Association Suisse-Palestine condamne la décision de Donald Trump. Dans un communiqué mercredi soir, elle souligne que Washington contrevient ainsi au droit international, le président américain ne se référant qu'à la loi du plus fort.

L'Association pro-palestinienne relève que Donald Trump est le premier président américain à ne pas déroger à la décision de 1995, jamais appliquée, de déménager l'ambassade des Etats-Unis en Israël. Depuis plus de 20 ans tous les six mois, tous ses prédécesseurs s'y étaient opposés.

Les pays musulmans fidèles aux Etats-Unis critiqués

Washington se disqualifie ainsi de toute influence dans les négociations sur le conflit au Proche-Orient, ajoute l'association pro-palestinienne helvétique. Mais Suisse-Palestine critique aussi l'attitude des pays musulmans fidèles aux Etats-Unis comme l'Arabie Saoudite. Ils aimeraient certes protester, mais vont finalement s'aligner derrière leur grand protecteur. Et Donald Trump le sait bien.

Le président américain ne va pas non plus vraiment accorder beaucoup de crédit aux critiques des gouvernements européens. Ceux-ci ont certes déclaré que c'est un mauvais signal pour une solution à deux Etats, tout en étant conscient que le processus de paix ne va jamais conduire à une paix, écrit l'association mercredi.

Berne attend jeudi pour réagir

En Suisse, les autorités n'ont pas voulu s'exprimer mercredi soir, se contentant de prendre connaissance de la décision des Etats-Unis de reconnaître Jérusalem comme capitale de l'Etat israélien. Berne ne rendra publique sa position qu'à l'issue d'une rencontre avec la chargée d'affaires ad interim des Etats-Unis en Suisse. Le Département fédéral des affaires étrangères lui fera part jeudi matin de la réaction de la Suisse.

(nxp/ats/afp)