Crise des Rohingyas

14 septembre 2017 17:13; Act: 14.09.2017 17:22 Print

Le Bangladesh submergé par l'afflux de réfugiés

Le nombre de réfugiés issus de la minorité musulmane persécutée de Birmanie ne cesse d'augmenter, rendant l'aide humanitaire compliquée.

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La nouvelle Mission indépendante d'enquête de l'ONU sur les abus contre les Rohingyas réclame un accès «sans entrave» à la Birmanie et plus particulièrement à l'Etat de Rakhine, comme l'a indiqué à Genève son président Marzuki Darusman. (Mardi 19 septembre 2017) Dans un discours très attendu, la leader birmane Aung San Suu Kyi a assuré mardi que la Birmanie était «prête» à organiser le retour des plus de 410'000 Rohingyas réfugiés au Bangladesh voisin. (mardi 18 septembre 2017) Celle qui s'était fait discrète, notamment sur la scène internationale qui commence à s'agiter de concert, a finalement déclaré mardi être «profondément désolée» pour les civils «pris au piège» de la crise. (mardi 18 septembre 2017) «Nous condamnons toutes les violations des droits de l'homme», a ajouté Aung San Suu Kyi, sans citer l'armée, accusée d'incendier des villages et de tirer sur des civils. L'ONU de son côté a parlé d'«épuration ethnique». (image - mardi 18 septembre 2017) Faute d'infrastructures, de nourriture et d'eau, les réfugiés rohingyas au Bangladesh risquent de mourir selon l'ONG Save the Children. (Dimanche 17 septembre 2017) Cri d'alerte sur la situation humanitaire des Rohingyas qui ont fui la Birmanie et se sont réfugiés au Bangladesh. «Selon nos estimations, 409'000 réfugiés rohingyas sont arrivés au Bangladesh depuis le 25 août», a annoncé Joseph Tripua, du Haut commissariat aux réfugiés. (16 septembre 2017) Un responsable onusien a averti jeudi que la communauté internationale devait se préparer à l'éventualité du «scénario du pire» dans la crise des réfugiés rohingyas. (Jeudi 14 septembre 2017) Au moins 380'000 Rohingyas se sont réfugiés dans des camps de fortune au Bangladesh depuis les violences du 25 août en Birmanie, selon les estimations de l'ONU. (Jeudi 14 septembre 2017) L'un des féaux de l'exode des Rohingyas sont les mines antipersonnel. Dans un hôpital du Bangladesh, l'AFP a rencontré mercredi matin un adolescent de 15 ans, victime de ces engins, et sa mère. «J'ai vu ses deux jambes soufflées», a-t-elle raconté. Son fils a succombé à ses blessures jeudi. (Jeudi 14 septembre 2017) Le Conseil de sécurité de l'ONU a réclamé mercredi à la Birmanie «des pas immédiats» pour faire cesser une «violence excessive» dans l'ouest du pays. (Mercredi 13 septembre 2017) Sous le feu des critiques à l'étranger pour sa position ambiguë sur la crise, Aung San Suu Kyi prononcera finalement le 19 septembre un discours télévisé sur la situation au Rakhine, ont annoncé ses services. (Mercredi 13 septembre 2017) Les réfugiés s'entassent dans des bateaux peu ou pas du tout adaptés, souvent des rafiots de pêcheurs qui ne sont pas conçus pour transporter des passagers. Certains déplacés ont trouvé la mort en tentant de franchir le fleuve Naf, qui marque une frontière naturelle entre la Birmanie et la pointe sud-est du Bangladesh. Depuis fin août, une centaine de personnes ont péri noyés dans le naufrage d'embarcations. De nombreux enfants font partie des déplacés qui ont fui les violences. Au total plus de 1100 mineurs rohingyas sont arrivés seuls au Bangladesh depuis le 25 août, selon les derniers chiffres de l'Unicef. Sans parents, ces enfants isolés sont particulièrement vulnérables, selon l'agence onusienne. (Mercredi 13 septembre 2017) Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé mercredi la Birmanie à suspendre ses opérations militaires contre la minorité Rohingya, considérant que les autorités se livraient à un nettoyage ethnique. (Mercredi 13 septembre 2017) Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Zeid Raad al-Hussein, a évoqué lundi un possible «modèle de nettoyage ethnique» ces dernières semaines contre les Rohingyas. (Lundi 11 septembre 2017) Un enfant rohingya dort après une route mouvementée, près de Teknaf, au Bangladesh. (Dimanche 10 septembre 2017) Une manifestation a également eu lieu en Iran. (Vendredi 8 septembre 2017) Manifestation à Karachi, au Pakistan. (Vendredi 8 septembre 2017) Des manifestations dans de nombreux pays ont été organisées pour dénoncer et demander l'arrêt des violences contre les Rohingyas, comme ici à Dacca, au Bangladesh. (Vendredi 8 septembre 2017) Parmi les nombreuses voix dénonçant les violences contres les Rohingyas, la prix Nobel de la Paix 2014, Malala, a dénoncé le silence de son homologue, la dirigeante birmane, Aung San Suu Kyi, face aux violences. (Lundi 4 septembre 2017) Un avion transportant de l'aide humanitaire pour les réfugiés rohingyas décolle d'une base malaisienne pour se rendre au Bangladesh. Le Programme alimentaire mondial (PAM) distribue de la nourriture à des dizaines de milliers de réfugiés. Après des jours de marche dans la boue, les réfugiés rohingyas s'arrachent les portions alimentaires distribuées dans le camp d'Ukhia, près de Cox Bazar, dans le sud du Bangladesh. Les organisations internationales peinent à prendre en charge un tel afflux de réfugiés. «L'ampleur et la vitesse de l'afflux sont sans précédent au Bangladesh», estime l'Unicef qui précise que «60% des réfugiés sont des enfants». De nombreux campements improvisés se sont créés en quelques jours. Manque de vivres, camps surpeuplés au Bangladesh, mousson ou encore explosions de mines du côté birman: la route des déplacés est semée d'embûches. Femmes, enfants et vieillards forment le gros des déplacés. Parmi eux également, des hommes blessés par balles, qui disent s'être fait tirer dessus par l'armée birmane dans leur fuite. Des villages entiers ont été brûlés dans l'Etat de Rakhine, ont dénoncé de nombreux témoins. La population terrifiée a fui vers le Bangladesh voisin. Les attaques contre les postes de police du 25 août ont entraîné une vague de répression de l'armée, faisant de nombreux morts et jetant sur les routes de l'exode des centaines de milliers de Rohingyas. Le 25 août 2017, des attaques de rebelles musulmans rohingyas contre plus de 20 postes de police ont fait au moins 89 morts, dont 12 parmi les forces de l'ordre birmanes, des violences sans précédent depuis des mois. (Vendredi 25 août 2017) Fin mars 2017, la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi a rejeté la décision des Nations unies d'envoyer une mission d'enquête sur les exactions contre les Rohingyas, imputées à l'armée. En 2012, des violences interreligieuses entre les Rohingyas et les bouddhistes de l'Etat de Rakhine ont conduit les autorités à déclarer l'état d'urgence. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été déplacées dans des camps (ici à l'image) et plus de 200 ont trouvé la mort. Sous le régime de la junte militaire (ici le généralissime Than Shwe en 2010, chef de la junte jusqu'à son autodissolution en 2011), les Rohingyas de Birmanie ont subi de nombreuses persécutions, dénoncées par les Nations unies. Depuis 1982, une loi les a privés de nationalité.

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La situation humanitaire continuait de se dégrader jeudi au Bangladesh, étranglé par l'afflux de près de 389'000 Rohingyas musulmans fuyant les violences en Birmanie, où des centaines de villages ont été incendiés.

Après des jours de marche dans la boue, avec sur leurs dos des bébés ou des personnes âgées, les réfugiés rohingyas s'arrachaient les portions alimentaires distribuées dans le camp d'Ukhia, près de Cox Bazar, dans le sud du Bangladesh.

Les camps sont débordés par cette marée humaine, qui fuit une campagne de répression de l'armée birmane consécutive à des attaques de rebelles rohingyas. Ici, les collines, déboisées, sont désormais submergées par les bâches tendues sur des bambous qui servent d'abris précaires aux familles contre les pluies de mousson.

«Pénurie aiguë de tout»

«Il y a une pénurie aiguë de tout, d'abri, de nourriture et d'eau potable», décrit Edouard Beigbeder, représentant pour l'Unicef au Bangladesh, qui évoque la «tâche monumentale» pour protéger notamment les enfants, qui représentent 60% des réfugiés.Mercredi, le Conseil de sécurité de l'ONU a réclamé à la Birmanie des mesures «immédiates» pour faire cesser la «violence excessive» dans l'Etat Rakhine (ouest).

Les Nations unies ont souligné par ailleurs la nécessité de permettre aux organisations humanitaires l'accès aux Rohingyas qui sont toujours en Birmanie. Des milliers seraient cachés dans les forêts ou encore en route vers le Bangladesh, alors que la zone reste totalement bouclée par l'armé birmane, dont les exactions sont dénoncées par les réfugiés.

Un «nettoyage ethnique», selon l'ONU

Face à l'ampleur de l'exode, l'ONU n'hésite plus depuis quelques jours à parler de «nettoyage ethnique». L'ex-dissidente et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi est sous le feu des critiques à l'international pour sa position ambiguë sur le sort de cette minorité musulmane persécutée d'environ un million de personnes.

Les violences et discriminations contre les Rohingyas sont allées en s'intensifiant ces dernières années: traités comme des étrangers en Birmanie, un pays à plus de 90% bouddhiste, les Rohingyas représentent la plus grande communauté apatride du monde. Depuis que la nationalité birmane leur a été retirée en 1982, ils sont soumis à de nombreuses restrictions: ils ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation, ils n'ont accès ni au marché du travail, ni aux services publics (écoles et hôpitaux).

Colonnes de fumée

La dirigeante birmane, au pouvoir depuis avril 2016 après les premières élections libres depuis plus de 20 ans, a promis de sortir de son silence mardi prochain, lors d'un grand discours à la nation birmane. Mais sur le terrain, c'est la très puissante armée birmane qui reste à la manoeuvre. Depuis la rive du fleuve Naf, qui marque une frontière naturelle entre Birmanie et Bangladesh, les incendies de villages sont visibles.

Pour traverser le fleuve, les bateliers réclament aux réfugiés jusqu'à 100 dollars pour un trajet de 10 à 30 minutes qui coûtait auparavant un demi dollar. «Le batelier nous a soutiré jusqu'au dernier sou. Maintenant, nous voulons aller au camp mais nous n'avons plus d'argent», se lamente Momena Begum, 35 ans, attendant sur le bord de la route avec ses cinq enfants. «Les propriétaires de bateaux nous ont menacés de nous jeter à l'eau si nous refusions de leur donner nos biens», renchérit Nadera Banu. Cette jeune veuve de 19 ans a dû céder le dernier souvenir qui lui restait de son mari, un médaillon en or reçu lors de son mariage.

Propriétaires de bateaux condamnés

Des «tribunaux mobiles» de magistrats bangladais ont condamné ces derniers jours des dizaines de propriétaires de bateaux et de villageois locaux accusés de profiter de la détresse des réfugiés. Et le fleuve continue de déposer chaque jour sur la rive des cadavres de réfugiés dont le bateau surchargé s'est renversé: deux nouveaux corps ont été repêchés jeudi, portant le total à 103 depuis le 30 août, a annoncé la police bangladaise à l'AFP.

Attaques suspendues

Les rebelles musulmans rohingyas, à l'origine des attaques fin août, ont annoncé dimanche l'arrêt temporaire de leurs attaques et rejeté jeudi tout lien avec le terrorisme international. «Nous n'avons aucun lien avec Al-Qaïda, l'Etat islamique ou tout groupe terroriste international. Et nous ne souhaitons pas que ces groupes s'impliquent dans le conflit en Arakan (ancien nom de l'Etat Rakhine)», a affirmé l'Armée du salut des Rohingyas de l'Arakan (ARSA) sur Twitter.

(nxp/afp)