Afrique

22 mai 2017 21:53; Act: 22.05.2017 22:10 Print

Les biens de l'ex-président gambien gelés

Yahya Jammeh aurait vidé les caisses de plus de 48 millions de francs avant de partir en exil.

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L'ancien président gambien Yahya Jammeh. (Photo: AFP)

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La justice gambienne a gelé lundi les biens de l'ex-président Yahya Jammeh. Il est soupçonné d'avoir détourné plus de 50 millions de dollars (plus de 48,17 millions de francs) avant son départ en exil, a annoncé le ministre de la Justice.

«L'ex-président Yahya Jammeh a personnellement ou indirectement procédé au retrait illégal d'au moins 50 millions de dollars de la Banque centrale» de fonds appartenant à l'Etat, a déclaré le ministre, Abubacarr Tambadou, lors d'une conférence de presse.

«Nous avons obtenu aujourd'hui une décision de justice gelant ou opérant une saisie sur les biens connus dans le pays du président Jammeh et les sociétés qui lui sont associées», a ajouté M. Tambadou.

C'est la première fois que le nouveau gouvernement gambien évalue officiellement les avoirs retirés selon lui des caisses de l'Etat par le président gambien avant son départ en exil, en janvier, pour la Guinée équatoriale.

Accusations pas vérifiées

Juste après son départ, son successeur Adama Barrow avait accusé M. Jammeh d'être parti en vidant les caisses du pays.

«Au moment où nous prenons en main le gouvernement, la Gambie est en détresse financière», avait affirmé Adama Barrow dans une déclaration lue à la presse à Dakar par son conseiller, Mai Fatty, l'actuel ministre de l'Intérieur. «En l'espace de deux semaines, 500 millions de dalasi (environ 11,6 millions de francs) ont été retirés» par Yahya Jammeh, avait-il dit.

Mais ces accusations n'avaient pu être vérifiées à l'époque à Banjul. Il était même apparu qu'Adama Barrow avait accepté de le laisser emporter tous les biens qu'il souhaitait, y compris sa collection de voitures de luxe.

Près de 90 comptes bancaires

La décision annoncée lundi concerne 88 comptes bancaires au nom de Yahya Jammeh ou ses associés ainsi que 14 sociétés liées à lui, a affirmé Abubacarr Tambadou.

Yayha Jammeh contrôlait en Gambie des activités allant de la boulangerie aux fermes agricoles et était régulièrement accusé de mettre la main sur des secteurs commerciaux florissants.

La décision de justice de lundi visait à empêcher «une liquidation ou une disparition des biens» de l'ex-président Jammeh, a ajouté Abubacarr Tambadou, selon lequel elle ne concerne que ses seuls biens en Gambie.

Main de fer

La Gambie, petit pays anglophone totalement enclavé dans le Sénégal, à l'exception d'une étroite façade côtière prisée des touristes, a été dirigée d'une main de fer pendant 22 ans par Yahya Jammeh, un ancien militaire.

Lors de l'élection présidentielle du 1er décembre 2016, Yahya Jammeh, battu par Adama Barrow, a refusé de reconnaître sa défaite. Il s'est finalement résolu à quitter le pouvoir à la suite d'une intervention militaire de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) et d'une ultime médiation guinéo-mauritanienne.

Ex-ministre arrêté en Suisse

Pour rappel, Ousman Sonko, ancien ministre du régime de Yahya Jammeh soupçonné de crimes contre l'humanité, est en détention provisoire en Suisse. Il avait été arrêté en janvier au centre de transit pour requérants d'asile de Lyss (BE).

Le 10 mai, le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone considérait qu'il y avait bien risque de fuite et risque de collusion, confirmant la détention provisoire. Le TPF ne croit pas que l'ex-ministre ignorait les actes de torture commis par la police et des groupements proches de celle-ci.

Le Ministère public de Berne avait ouvert fin janvier une procédure pénale contre M. Sonko. Ce dernier a été placé en détention provisoire le 28 janvier pour trois mois. En février, la procédure est passée en mains du Ministère public de la Confédération (MPC). Il existe assez d'éléments pour «ne pas exclure le soupçon de crimes contre l'humanité» qui vise l'ancien ministre, avait expliqué le MPC.

(nxp/ats)