Présidentielle française

05 avril 2017 00:22; Act: 05.04.2017 08:32 Print

Les «petits» candidats ont malmené les favoris

A l'occasion du deuxième débat de la campagne, les 11 candidats ont pu opposer leurs opinions. Et les absents du premier débat ont profité de l'évènement pour se montrer.

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Ce second débat a permis au grand public de découvrir les «petits» candidats: Nathalie Arthaud, François Asselineau, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle ou Philippe Poutou. L'objectif pour les onze participants était autant de tenter de convaincre les bataillons d'électeurs encore indécis que de conjurer la menace d'une abstention record.

Sondage
Lequel de ces «petits» candidats vous a fait la meilleure impression lors de ce second débat de la présidentielle?
9 %
14 %
5 %
25 %
7 %
40 %
3273 participants

Avant même le début des échanges, Philippe Poutou, en T-shirt, assis en tribune, a refusé de poser pour la photo de groupe. Malgré la tentative d'Emmanuel Macron de le faire participer.


Les «petits» candidats, crédités au mieux de quelques points dans les sondages, ont marqué d'emblée leurs différences en dénonçant un «système usé», et en exprimant leurs «colères» et «espoirs». Le candidat d'extrême gauche a d'ailleurs été le premier à lancer une pique à ses rivaux en parlant des «politiciens corrrompus».



Tout en étant peu attentif aux interventions de ses collègues.

Dès les premiers échanges, les internautes se sont interrogés sur la neutralité des deux interwieveuses, Ruth Elkrief et Laurence Ferrari.




Pour sa part, la candidate de Lutte ouvrière n'a pas fait l'unanimité sur sa façon de parler...



... mais a été plébscitée par les deux journalistes

La voix rocailleuse du centriste Jean Lassalle rappellant qu'il était «fils de berger, frère de berger» ou la sortie corrosive contre les «policiens corrompus», y compris «autour des pupitres» du débat du candidat d'extrême gauche Philippe Poutou, a donné de la couleur au débat. Même si de temps en temps, le Béarnais a semblé un peu perdu.


L'Europe a allumé l'étincelle

L'Europe a été le déclencheur de premiers débats animés qui ont fait apparaître les lignes de fracture entre les tenants du renforcement de la construction européenne (le centriste Emmanuel Macron), ceux plaidant pour la renégociation des traités (le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon) et ceux demandant un «Frexit» et/ou la sortie immédiate de l'euro (Marine Le Pen, candidate de l'extrême droite). Mais avec onze interlocuteurs, les cafouillages ont été nombreux, et quand tout le monde se met à parler en même temps c'est la cacophonie. Comme sur la question de la directive européenne sur les travailleurs détachés a donné lieu à une passe d’armes entre Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Nicolas Dupont-Aignan qui a lancé le sujet. «C’est inacceptable que des personnes qui viennent de Roumanie, de Pologne, d’Espagne et ne paient pas les charges sociales, quand nos artisans, nos indépendants les paient», s’est indigné le candidat de Debout La France. «On oublie de dire à chaque fois qu’il y a près de 300'000 Français qui sont travailleurs détachés. Donc vous irez leur expliquer les uns et les autres que dès demain, c’est fini pour eux», a répliqué M. Macron, face à M. Mélenchon et Mme Le Pen.


«Mensonges qu'on entendait dans la bouche de votre père»

Un peu éclipsés par les «petits candidats» lors de la première partie, les favoris se sont ensuite rebiffés. En tête des sondages et au coude à coude avec environ 26% chacun, Marine Le Pen et l'ancien ministre du président socialiste François Hollande, se sont affrontés sur le sujet. Ainsi le premier s'en est pris à la candidate du Front national lors d'une discussion sur sa proposition de sortie de l'UE. «Mme Le Pen, vous ressortez les mensonges qu'on entend depuis 40 ans, et qu'on entendait dans la bouche de votre père» Jean-Marie Le Pen, cofondateur du Front National», a-t-il lancé, mettant en garde contre la baisse du pouvoir d'achat qui résulterait d'une sortie de l'euro. Ce à quoi la fille de Jean-Marie Le Pen a rétorqué: «On ne se présente pas comme la nouveauté quand on ressort des vieilles badernes qui ont au moins 50 ans».


Et juste avant cela, François Fillon avait remis en place Nicolas Dupont-Aignan, rappelant qu'il est dans le «système depuis assez longtemps».



Le candidat de la droite et du centre s'est associé à Emmanuel Macron pour critiquer le programme européen de Marine Le Pen, qui prévoit la sortie de l'euro. «A la fin, elle va soumettre aux Français par référendum (...) cette question de la sortie de la monnaie européenne», a-t-il dit. «Or, comme on sait tous qu'il y a l'immense majorité de Français qui ne souhaite pas sortir de la monnaie européenne, ça veut dire qu'en réalité, il n'y a pas de politique économique de Mme Le Pen parce que cette politique économique s'effondrera à la minute où les Français se seront prononcés sur la question du maintien dans la monnaie européenne.»

La deuxième partie du débat concernait les propositions des candidats pour protéger les Français. L'occasion d'une nouvelle passe d'arme entre le souverainiste François Asselineau et Emmanuel Macron. «J'ai envie de savoir ce que Monsieur Macron en pense (sur les ventes d'armes au Qatar et à l'Arabie Saoudite», a interrogé M. Asselineau. Quand l'ancien ministre de l'économie a expliqué qu'il était d'accord, son interlocuteur lui a répondu: «Mais vous êtes toujours d'accord avec tout le monde !» Eclats de rire de Marine Le Pen.


Un peu plus tard, c'est Benoît Hamon qui a lancé la candidate frontiste: «Daesh ça vous arrange, ça vous fait prospérer !».


«Nous on n'a pas d'immunité ouvrière»

C'est finalement dans la partie consacrée à l'exemplarité des hommes politiques que les échanges ont été les plus tendus. De Philippe Poutou qui a attaqué les deux candidats mis en examen, Marine Le Pen et François Fillon. «Depuis janvier, c'est le régal, Fillon, est en face de moi, plus on fouille, plus on sent la corruption, la triche. En plus c'est des bonhommes qui nous expliquent qu'il faut la rigueur, et ils piquent dans les caisses. Le FN qui se dit antisystème se fait pas chier avec les lois du système pour ne pas se rendre aux convocations de la police. Quand on est convoqué par la police, nous on n'a pas d'immunité ouvrière, désolé, on y va (...) Laissez-moi vous dire que l'antisystème, c'est de la foutaise !»



«Madame Le Pen joue les victimes, elle qui passe son temps à désigner les immigrés à la vindicte populaire, elle n'est pas convaincante !», a enchaîné Benoît Hamon, le candidat socialiste.

«Vous voulez qu'on s'en aille ? Est-ce qu'on peut parler ?»

La dernière partie du débat a parfois pris des allures de cours de récréation. De nombreux candidats ont critiqué la mauvaise répartition du temps de parole et les deux journalistes ont été ciblées.




«Vous voulez qu'on s'en aille ? Est-ce qu'on peut parler ? On a l'impression qu'on subi un interrogatoire !», leur a lancé François Fillon tandis qu'on pouvait entendre Marine Le Pen murmurer: «Vous avez l'habitude !». La séquence à partir de 1"30.


Enfin François Fillon a menacé Philippe Poutou de lui «foutre un procès», après une énième charge du candidat d'extrême gauche qui lui reprochait de se dire «préoccupé par la dette» du pays mais de moins y «penser quand il se sert dans les caisses publiques».


Ce débat pourrait être le dernier avec l’ensemble des candidats avant le premier tour. Un autre est programmé sur France 2 le 20 avril, à trois jours du scrutin, mais plusieurs candidats et le CSA ont exprimé des réserves sur cette date.

(cga/afp)