Centrafrique

12 décembre 2013 16:09; Act: 12.12.2013 18:09 Print

Lynchage de musulmans à Bangui

La tension était à son comble à Bangui, jeudi. Femmes et enfants en ont fait les frais.

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10.04 Le Conseil de sécurité a autorisé jeudi le déploiement d'environ 12 000 Casques bleus en Centrafricaine pour tenter de sécuriser un pays livré depuis un an aux violences entre chrétiens et musulmans. 14.02 Le gouvernement français a annoncé vendredi l'envoi de 400 soldats supplémentaires en République centrafricaine. 14.02 Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (Unicef) s'est dit «horrifié» par «la cruauté des auteurs des meurtres et des mutilations d'enfants» en Centrafrique et indigné «par l'impunité dont ils jouissent». 12.02 Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) a lancé mercredi un pont aérien entre Douala, au Cameroun, et Bangui, a-t-il annoncé. Il doit acheminer des vivres pour 150'000 personnes. La présidente centrafricaine de transition a affirmé vouloir «aller en guerre» contre les milices d'autodéfense anti-balaka, coupables de nombreuses exactions. 11.02.14 Les soldats français en Centrafrique ont découvert une importante cache d'armes dans un quartier nord de Bangui considéré comme un fief des milices chrétiennes anti-balaka. 23.01.14 Mme Samba Panza a prêté serment. Elle avait été élu présidente du pays lundi. 13.01 Le président centrafricain par intérim Alexandre-Ferdinand Nguendet salue les militaires au camp de gendarmerie de Bangui. Le Parlement s'est réuni le lendemain (14.01) pour élire le nouveau président. 13.01.14 Des centaines de soldats de l'armée régulière centrafricaine qui avaient déserté ces derniers mois regagnaient lundi leur commandement, premier signe d'un début de retour à la normale à Bangui. 01.01 Des échanges de tirs à Bangui ont fait un mort et quinze blessés, dont trois enfants, a constaté un journaliste de l'AFP. 30.12.13: Des membres de l'ex-rébellion Séléka montent la garde à l'entrée de leur camp, au nord de Bangui. 28.12 Un convoi de dizaines de voitures remplies de civils tchadiens s'apprêtait samedi matin à quitter Bangui. Les civils rentrent dans leur pays sous les huées d'habitants de la capitale centrafricaine. 22.12 Plusieurs milliers de musulmans, sympathisants de l'ex-rébellion Séléka, ont manifesté dimanche à Bangui contre l'opération militaire française Sangaris. 13.12 Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, doit s'entretenir avec les autorités de transition en Centrafrique et rencontrer les forces françaises déployées dans le pays. 09.12.13 10.12.13 La foule rend hommage aux soldats français décédés 10.12.2013 Les employés transportent des corps à l'extérieur de la morgue de l'hôpital de Bangui 10.12.13 Des pilleurs dans les rues de Bangui 10.12.13 10.12.13 10.12.13 10.12.13 10.12.13 10.12.13 10.12.13 10.12.13 11.12.13 11.12.13 11.12.13 Les troupes du FOMAC viennent protéger l'enterrement des musulmans 12.12.13 12.12.13 12.12.13 Des gens font la queue à l'entrée d'une clinique médicale 12.12.13 12.12.13 L'armée française stoppe la foule amassée devant aéroport

Les 1'600 militaires mènent depuis lundi une vaste opération de désarmement des milices et «groupes armés» à Bangui.

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Devant la mosquée Ali Baboro, deux linceuls blancs côte à côte sur la chaussée, l'un plus petit. Ce sont les corps mutilés d'une musulmane de 25 ans et de son enfant de 7 ans. La tension était extrême jeudi au PK-5, le quartier commerçant musulman du centre de Bangui. A côté de la mosquée, deux autres linceuls tâchés de sang, les cadavres d'une femme et d'un homme. Plus loin sous l'auvent de l'édifice religieux, où se sont attroupés quelque 200 fidèles, deux autres corps ne pas encore enveloppés. Les visages des deux hommes sont tuméfiés, les corps lacérés. Dans un réduit, encore un autre corps.

Tués par des chrétiens

Tous ont été tués par des chrétiens dans les quartiers voisins de Gobongo et Combattant, proches de l'aéroport, secoués ces derniers jours par une vague meurtrière de pillages et d'affrontements inter-religieux. Une semaine après le début de l'opération militaire française Sangaris pour ramener la sécurité en Centrafrique, la haine communautaire est toujours à son paroxysme dans certains quartiers de la capitale. Et provoque en retour chez les musulmans un très vif sentiment anti-français.

Devant la mosquée, une patrouille militaire française de l'opération Sangaris passe dans l'avenue. La foule de plusieurs centaines de personnes les invective: «Français complices!», «Venez voir (les corps)». «Traîtres! Vous aidez les chrétiens à nous tuer!». Certains brandissent le poing.

Les véhicules manquent d'être encerclés par les protestataires, mais réussissent à se dégager avant que la situation ne dégénère. «Les Français organisent le génocide. Ils sont avec les chrétiens», vocifère un adulte.
«Ce n'est pas normal. Les Français protègent les chrétiens mais pas nous (les musulmans, ndlr). On nous tue et ils ne disent rien. Il faut leur dire de nous protéger sinon ca veut dire qu'ils sont avec eux», tente de calmer un jeune musulman.

Vaste opération

Les 1'600 militaires mènent depuis lundi une vaste opération de désarmement des milices et «groupes armés» à Bangui, qui dans les faits visent essentiellement les ex-rebelles Séléka, les seuls à évoluer en armes dans la ville. Après avoir pris le pouvoir par les armes en mars 2013, ces combattants musulmans venus du nord du pays, ont fait subir pendant des mois de terribles exactions à la population -très majoritairement chrétienne- de Bangui.

Pour beaucoup de Banguissois, l'arrivée des militaires français est l'occasion rêvée de se venger de ces Séléka honnis, mais également des simples civils musulmans qui, pour leur plus grand malheur, leur sont désormais associés. De leur côté, beaucoup de Séléka, frustrés d'avoir été désarmés et cantonnés dans leurs bases sont furieux d'avoir été privés par les Français de tout moyen de se défendre - avec leurs familles et leurs proches - face à la vindicte populaire.

«Sortir faire le Jihad»

A l'intérieur de la mosquée Ali Baboro, l'imam Al Wassila Tidjani appelle au calme devant les corps. «Soyez patients. L'islam n'est pas fait pour la mort, pour tuer. Il ne faut pas répondre au crime par le crime, c'est mal, ce n'est pas l'islam», répète-t-il à la foule en colère. Son discours est bien accueilli par les anciens mais de nombreux jeunes s'énervent.

Foulard sur la tête, une vieille dame éplorée arrive et raconte les circonstances de la mort de sa fille et petite-fille, dont les deux corps gisent dans la rue. «Elles étaient dans la concession. Quelqu'un a jeté une grenade. Elle n'a pas explosé. Ma fille et sa petite sont sorties en courant de la maison et ont été tuées à coups de machette», crie-t-elle en larmes. «On va sortir faire le jihad. Je vais demander le jihad à l'imam. C'était des innocents», proteste-t-elle.

Foule menaçante

Dehors la foule a grossi et devient menaçante. A quelques dizaines de mètres, un attroupement et de la fumée. Des hommes viennent de stopper et de tuer à coups de machette un chrétien qui passait en moto, selon plusieurs témoins dignes de foi. Sa moto brûle. Il est impossible de s'approcher.

Quelqu'un crie: «On va laver le sang avec le sang!». Un autre renchérit: «Pour chaque victime innocente, on va en tuer dix». Un attardé mental se promène. Il est chrétien. Deux hommes lui donnent des coups de pied et le poussent. On est proche du lynchage mais d'autres musulmans s'interposent pour l'éloigner, lui sauvant la vie.

(ats)

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