Roms

09 septembre 2010 20:33; Act: 09.09.2010 20:46 Print

Strasbourg veut l'arrêt immédiat des expulsionsStrasbourg veut l'arrêt immédiat des expulsions

Le Parlement européen a demandé jeudi aux Etats européens, en ne citant que la France, de «suspendre immédiatement toutes les expulsions de Roms».

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Cette mise en garde a été adoptée au moment où deux ministres français se trouvaient en Roumanie pour défendre la politique du gouvernement français envers les Roms.

Le ministre français de l'Immigration, Eric Besson, qui s'adressait à la presse dans la capitale roumaine, a réagi en affirmant qu'il n'était «pas question que la France suspende les reconduites dans les pays d'origine» de ressortissants roumains, bulgares ou d'autres pays.

«Le Parlement européen est sorti de ses prérogatives. Nous n'avons évidemment pas à nous soumettre à un diktat politique», a-t- il dit.

Dans l'entourage du président Nicolas Sarkozy, on minimise l'importance de la résolution de Strasbourg, qui n'a qu'une portée politique et morale, les députés européens ne disposant d'aucune compétence précise en la matière. «Le Parlement est dans son rôle», a estimé l'Elysée. «La Commission a reconnu que la France était irréprochable en matière de respect de la loi européenne.»

«Cinglant rappel à l'ordre»

Pour le Parti socialiste français, l'assemblée de Strasbourg vient au contraire d'infliger un «sévère camouflet» et un «cinglant rappel à l'ordre» à Nicolas Sarkozy.

Il s'agit d'une «condamnation ferme et sans ambiguïté des agissements du gouvernement français et de la rhétorique xénophobe et discriminatoire qui les ont accompagnés», écrit le député européen Harlem Désir, numéro deux du PS, sur son blog.

La résolution a été présentée par une coalition de la gauche et des libéraux du Parlement européen en réaction aux expulsions de Roms d'Europe de l'Est auxquelles a procédé la France cet été. Elle a été adoptée par 337 voix contre 245 et 51 abstentions.

Le Parlement européen «s'inquiète en particulier de la rhétorique provocatrice et ouvertement discriminatoire qui a marqué le discours politique au cours des opérations de renvoi des Roms dans leur pays, ce qui donne de la crédibilité à des propos racistes et aux agissements de groupes d'extrême droite».

Le message semble viser les propos de Nicolas Sarkozy à Grenoble, fin juillet, liant délinquance et immigration et demandant le démantèlement des camps de Roms illégaux.

«Sans fondement»

La délégation française de la majorité présidentielle à l'assemblée de Strasbourg a dénoncé un texte qui «par ses anathèmes hypocrites et ses condamnations sans fondement, contribue à enliser le débat».

La Roumanie a de son côté exprimé dans un communiqué sa «préoccupation concernant le rapatriement en masse de Roms par la France.» Elle a néanmoins affirmé sa «volonté de travailler avec Paris à une meilleure intégration des migrants» et demandé à Bruxelles de définir une stratégie européenne pour les Roms.

Plan d'action convenu

Eric Besson et le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, se trouvaient précisément jeudi à Bucarest pour discuter des solutions envisageables avec les autorités roumaines.

Au terme des entretiens, dans une déclaration commune, la France et la Roumanie ont assuré qu'elles «agiront de concert auprès de l'Union européenne dans le but de soutenir l'engagement de la Commission en faveur de l'inclusion sociale des Roms et d'aider à obtenir les financements nécessaires».

Le ministre roumain des Affaires étrangères, Teodor Baconschi, a précisé que les deux pays ont convenu «d'un plan d'action». La Roumanie va établir un nouveau plan d'inclusion pour les Roms dans le cadre de sa stratégie nationale pour cette minorité, déjà en vigueur. «Nous sommes disposés à les aider dans cette démarche», a indiqué M. Lellouche. «Puis nous irons plaider ce plan à Bruxelles ensemble», a-t-il ajouté.

Après un échange de déclarations douces-amères ces dernières semaines entre Bucarest et Paris, le ton était clairement à l'apaisement jeudi. «Je crois qu'il est temps de mettre fin aux polémiques stériles», a déclaré M. Baconschi.

La Roumanie enverra par ailleurs dix policiers supplémentaires en France et des magistrats de liaison pour aider la police française face aux délinquants roumains.

(ats)