Affaire Grégory

17 juin 2017 11:11; Act: 17.06.2017 11:11 Print

Un Cluedo familial nourri de rivalités et rancoeurs

Harcelée par un corbeau à partir de 1981 jusqu’à la mort de Grégory en 1984, la famille Villemin s’est peu à peu déchirée sur fond de rancœurs et de jalousies.

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Dans ce Cluedo familial, chacun a été accusé d’être le maître-chanteur... et d’être lié au meurtre.

Marcel Jacob, l’oncle acrimonieux

Mis en examen vendredi pour enlèvement et séquestration suivie de mort, Marcel Jacob, 72 ans, est le grand-oncle de l’enfant décédé il y a 32 ans.

D’un caractère affirmé, cet ouvrier était en mauvais termes avec Albert Villemin, le mari de sa grande sœur Monique, et surtout avec leur fils Jean-Marie, père de Grégory, dont il considérait l’ascension sociale illégitime.

En 1982, il apostrophe son neveu qui vient d’être promu contremaître: «Je ne serre pas la main à un chef. Tu n’es qu’un rampant qui n’a pas de poils sur la poitrine», lance cet oncle envieux, qui vit sur les hauteurs d’Aumontzey (Vosges) dans une maison surplombant celle de sa sœur Monique.

Marcel Jacob est en revanche particulièrement lié à Bernard Laroche, un autre neveu dont il est l’aîné d’à peine quelques années et avec lequel il a été élevé. Les deux compères sont voisins et se rendent visite régulièrement, «même si au début de l’enquête, Marcel Jacob s’était efforcé de dissimuler cette amitié», avaient rappelé les juges dans un arrêt de 1993.

Mieux: oncle et neveu cultivent une ressemblance physique, moustache et favoris, suscitant parfois la confusion.

Marcel Jacob avait été soupçonné une première fois d’être le corbeau lorsqu’une lettre anonyme avait fait état d’une altercation entre deux frères de Jean-Marie dont il avait été le seul témoin. Mais il n’avait encore jamais été inquiété par la justice.


Jacqueline Jacob, la discrète épouse

Également mise en examen pour les mêmes chefs d’accusation que son époux, Jacqueline Jacob, 72 ans, avait gardé jusqu’alors une remarquable discrétion depuis le début de l’affaire.

Lors des interrogatoires, le couple a nié «toute participation aux faits reprochés», a indiqué vendredi le procureur général de Dijon, Jean-Jacques Bosc.

Jamais interrogée durant les cinq premières années d’enquête sur l’assassinat de Grégory, elle avait été convoquée une première fois en décembre 1989 par le juge d’instruction, mais s’était dérobée. Finalement entendue deux ans plus tard, elle s’était montrée particulièrement réticente à répondre aux questions.

Pourtant, l’épouse de Marcel Jacob avait été désignée par deux expertises graphologiques comme pouvant avoir écrit une des lettres du corbeau en 1983.

«Le dossier révèle existence d’un lien indissociable» entre cette lettre «et le courrier posté le jour du crime avant 17H15 et l’enlèvement de l’enfant», a indiqué le procureur général vendredi.

Son emploi du temps du mardi 16 octobre 1984, jour de la découverte du corps de l’enfant dans les eaux de la Vologne, ainsi que celui de son mari, n’a jamais pu être reconstitué avec certitude.

Selon les nouveaux éléments de l’enquête, le couple Jacob s’adonnait à l’échangisme, une pratique qui, une fois ébruitée, a d’autant accentué le climat délétère au sein de la famille Villemin.

Michel et Ginette Villemin, le frère et la belle-sœur rebuts

Ginette Villemin, 61 ans, belle-sœur de Jean-Marie Villemin, a été placée en garde à vue mercredi avant d’être remise en liberté jeudi soir. Elle a longtemps été soupçonnée d’être le corbeau avec son mari Michel, un frère de Jean-Marie mort en 2010.

Chez les Villemin, Michel est le fils systématiquement mis de côté lors des réunions de famille: à peine convié à prendre le café lors des déjeuners dominicaux, il est en conflit permanent avec son père Albert, qui raille son illettrisme.

Michel et Ginette, qui peinent à dissimuler leur aigreur et leur jalousie sur fond de mésentente conjugale, tiennent par ailleurs à distance Jean-Marie Villemin et sa réussite «tapageuse».

L’entente est en revanche fusionnelle avec le cousin de Michel, Bernard Laroche, considéré comme un frère de lait.

Les confidents avaient passé ensemble l’après-midi du 16 octobre 1984, au domicile de Michel. Ce dernier a affirmé avoir reçu, peu de temps après leur séparation vers 17H30, un appel téléphonique du corbeau revendiquant le meurtre de Grégory.

Monique Villemin, la matriarche

«Monique Villemin a été soupçonnée par beaucoup de ses proches de détenir la clé de l’énigme. Elle a toujours affirmé qu’il n’en était rien», notaient les magistrats dans leur arrêt de 1993.

Aujourd’hui soupçonnée d’avoir joué les corbeaux, cette octogénaire apparaît comme la maîtresse-femme de la famille Villemin, à la tête d’une fratrie de cinq enfants, dont le premier, illégitime, a été reconnu par son mari Albert.

C’est elle qui a également élevé son neveu, Bernard Laroche, dont la mère - sa sœur - avait succombé en couche.

Si la réussite de son fils Jean-Marie lui inspire une admiration sans borne, ses sentiments à l’endroit de sa belle-fille Christine sont contrastés: lorsque la mère de Grégory est soupçonnée d’être l’assassin de son propre fils, Monique Villemin se constitue partie civile et soutient l’accusation.

Elle s’emploie en outre à défendre la mémoire de Bernard Laroche, tué par son fils Jean-Marie en 1985 car il le croit coupable de la mort de Grégory, en se disant convaincue de son innocence.

L’affront lui vaut une rupture durable avec son fils et sa bru.

Bernard Laroche, le cousin jaloux

Bernard Laroche est le cousin de Jean-Marie Villemin, avec qui il entretient des rapports médiocres, à l’opposé de sa complicité avec un autre cousin, Michel Villemin, et de son oncle Marcel Jacob.

En novembre 1984, la jeune sœur de son épouse Marie-Ange, Murielle Bolle, le dénonce comme celui qui a enlevé Grégory devant la maison de Jean-Marie et Christine Villemin, avant de se rétracter.

Il est tout de même inculpé d’assassinat, accablé par des expertises graphologiques et les contours d’un mobile construit sur la jalousie à l’égard de Jean-Marie, dont il ne supporte pas les succès professionnels et privés.

Remis en liberté en février 1985, il est abattu à l’âge de 29 ans par le père de Grégory moins de deux mois plus tard.

«Il existe contre Bernard Laroche des charges très sérieuses d’avoir enlevé Grégory; en revanche (…), il est impossible d’affirmer que Grégory a été tué par Bernard Laroche», concluent les magistrats en 1993.

Murielle Bolle, l’accusatrice d’un week-end

Âgée de 15 ans en 1984, la belle-sœur de Bernard Laroche a d’abord affirmé être à ses côtés le jour du meurtre et d’avoir assisté à l’enlèvement de l’enfant.

Revenue sur ses déclarations trois jours plus tard, en accusant les gendarmes de les avoir recueillies sous la pression, cette adolescente à la crinière rousse s’est depuis retranchée dans un silence pesant.

(20 minutes/afp)