Réfugiés

28 janvier 2016 01:31; Act: 28.01.2016 18:08 Print

La Suède veut expulser 80'000 requérants

Entre 60 et 80'000 demandeurs d'asile déboutés pourraient être renvoyés.

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Anders Ygeman, ministre suédois de l'Intérieur. Sur les 58'800 dossiers traités l'an dernier par l'office suédois, 55% ont été acceptés, moyenne sur laquelle se fonde le ministre de l'intérieur pour arriver aux 80'000 expulsions envisagées. (Image d'archive -11 novembre 2015) (Photo: Keystone)

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Confrontée à un défi migratoire sans égal dans son histoire, la Suède souhaite renvoyer des dizaines de milliers de demandeurs d'asile déboutés, alors que les secours en Méditerranée se poursuivent. Grèce et Italie indiquent avoir sauvé des centaines de migrants jeudi.

«Nous tournons autour de 60'000 personnes mais cela peut monter à 80'000», a indiqué au quotidien financier DI le ministre de l'Intérieur suédois Anders Ygeman. Les expulsions s'effectuent généralement sur des vols commerciaux. Mais «nous allons devoir utiliser plus d'avions charters», précise-t-il.

Sur les quelque 58'800 dossiers traités l'an dernier par l'office suédois, 55% ont été acceptés, moyenne sur laquelle se fonde le ministre de l'Intérieur. Mais les ambitions affichées se heurtent à une difficulté: 7590 demandeurs déboutés, en 2015, ont disparu dans la nature et leur nombre s'élève à 40'345 sur la période 2010-2015, selon l'Office des migrations.

Le Haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, a souligné que les déboutés du droit d'asile devaient «être rapatriés». Mais les procédures doivent être «les plus correctes et les plus humaines, tout respectant les droits des migrants».

Noyés durant la traversée

Plus d'un million d'étrangers, dont un nombre important de Syriens, sont entrés en Europe en 2015. Ils ont provoqué la plus grande crise migratoire sur le continent depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Malgré les conditions hivernales, les arrivées se poursuivent sans répit. Selon le Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), 52'868 personnes sont arrivées en janvier, dont 50'668 en Grèce.

Les corps de 24 migrants, dont dix enfants, ont encore été repêchés jeudi matin par les autorités grecques au large de l'île de Samos en mer Égée, après le naufrage d'un canot parti de Turquie. Onze sont portés disparus selon les gardes-côtes.

Ce nouveau drame s'ajoute aux naufrages successifs en mer Égée ces derniers jours. Des dizaines de migrants y ont perdu la vie.

Centaines de migrants sauvés

En Méditerranée, six morts et 74 passagers vivants ont été retrouvés à bord d'un canot pneumatique, a annoncé jeudi la marine militaire italienne. Elle a précisé qu'elle était encore à la recherche d'éventuels disparus.

Dans un communiqué, la marine a souligné avoir secouru au total 290 migrants jeudi, à bord de trois canots distincts, dans le canal de Sicile, au large des côtes libyennes.

Sur le plan diplomatique, la Commission européenne reproche à la Grèce d'avoir «sérieusement négligé ses obligations» dans le contrôle de ses frontières.

Si Athènes ne prend pas les mesures adéquates, la voie sera ouverte pour que les pays membres de l'Union européenne (UE) reçoivent l'autorisation de prolonger jusqu'à deux ans les contrôles aux frontières intérieures. Ces derniers ont déjà été rétablis par certains d'entre eux ces derniers mois. Action concertée

Le gouvernement grec a vivement réagi en soulignant que «la tactique de se renvoyer les responsabilités ne constitue pas une gestion efficace d'un problème de dimension historique. La solution réclame une action commune».

L'Italie fait aussi l'objet de critiques pour sa lenteur à mettre en place les «hotspots» censés «trier» entre candidats au statut de réfugiés et migrants économiques, voués au rapatriement. Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, est attendu vendredi à Berlin pour en discuter avec la chancelière Angela Merkel.

Biens confisqués

Faute d'une meilleure coordination à l'échelle européenne, les pays de l'UE situés sur la route des migrants érigent des murs. Et certains restreignent le droit de séjour.

Le Danemark a voté mardi une réforme décriée du droit d'asile allongeant les délais de regroupement familial. La nouvelle disposition permet aussi à la police de saisir les biens des réfugiés pour financer leur séjour.

L'Autriche entend plafonner à 37'500 le nombre de demandeurs d'asile sur son sol, en 2016, moins de la moitié qu'en 2015. Et le gouvernement allemand a promis de réduire drastiquement le nombre de migrants accueillis cette année.

Si la Suède, qui a rétabli les contrôles à ses frontières en novembre, reçoit dix fois moins de réfugiés qu'avant, elle se révèle dépassée par les besoins de prise en charge de ceux déjà présents sur son sol. Parmi eux, figurent 35'400 mineurs non accompagnés enregistrés en 2015.

Educatrice tuée

Lundi, une éducatrice de 22 ans a été mortellement poignardée par un garçon de 15 ans dans un foyer à Mölndal, près de Göteborg au sud-ouest de la Suède. La victime était l'unique employée présente au moment des faits.

L'opposition de droite et d'extrême droite s'est peu fait entendre sur ce tragique fait divers. Mais les enquêtes d'opinion montrent que ces partis gagnent des points dans le débat sur l'immigration.

(nxp/ats)