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Viols collectifs en RDC
08 septembre 2010 11:22; Act: 08.09.2010 11:49 Print
Anna Burano, 80 ans, violée par des soldats
«Je me suis dit: c'est fini, c'est ma mort!.» Comme Anna Burano, 80 ans, 284 femmes de son village ont été victimes de viols. Son récit.
Anna est la doyenne du village de 2'160 habitants, lové à flanc de colline au coeur de la forêt du territoire de Walikale, au sous-sol riche en minerais, dans la province du Nord-Kivu en République démocratique du Congo. Toutes les femmes de plus de 13 ans présentes au village ce soir-là ont été victimes de viols collectifs commis par des rebelles hutus et des miliciens congolais agissant sur ordre, en une nuit, fin juillet à Luvungi, dans l'est de la RD Congo.
Anna Burano, 80 ans, a pensé mourir cette nuit-là à fin juillet.(photo: AFP)
Plus d'un mois après, elle et d'autres femmes ont raconté le même scénario de terreur et de violence planifiée, répétée, implacable, de cette nuit d'horreur.
Le cauchemar commence vers 20H30 ce 30 juillet. Par petits groupes de deux à sept, les rebelles forcent l'entrée de chacune des cases de boue séchée. Les maris et les hommes sont en fuite ou pris comme porteurs par les assaillants qui ont bloqué les accès aux villages.
Dans les maisons, les agresseurs braquent des lampes torche sur leurs victimes, les frappent puis les déshabillent. Ils demandent si elles ont de l'or et fouillent avec les doigts leur parties génitales, pour vérifier qu'elles n'en cachent pas, et s'essuient ensuite sur le visage des femmes.
Violée par quatre hommes
Ensuite, à tour de rôle, chaque membre du groupe les viole, sous les yeux des enfants -certains âgés de quelques mois- qui crient et pleurent. Une fois leurs crimes commis, les assaillants repartent, emportant avec tout ce qu'ils peuvent prendre des habitations.
«Ils m'ont emmenée derrière la maison, m'ont déshabillée et étalée au sol. Je me suis dit: c'est fini, c'est ma mort !», raconte l'octogénaire Anna en tremblant.
«Mon sang a coulé partout (...) Ils ont aussi pris une machette pour entailler ma main entre le pouce et l'index», ajoute-t-elle, la main droite enroulée d'un bandage sale.
Le 3 août, les rebelles ont quitté la localité, sans être inquiétés. Les autres victimes, deux étaient enceintes, ont pu fuir dans la forêt.
350 assaillants
Selon le chef du village, Livingstone Bubusa, les assaillants étaient plus de 350, en majorité des membres des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), accompagnés de miliciens congolais Maï-Mai, tous très présents dans la région où ils contrôlent des carrières minières artisanales.
M. Bubusa, retenu dans un village voisin par les chefs rebelles qu'il venait saluer, a assisté malgré lui au dernier rassemblement des combattants, avant qu'ils n'investissent Luvungi.
Devant ses hommes, armés de kalachnikov et en tenue militaire, un dénommé «Lionceau», coordonnateur des FDLR dans la zone, accompagné d'un commandant Maï-Maï appelé «Mayele», donnera ainsi ses ordres:
- «Vous connaissez la géographie de Luvungi. Un groupe va prendre le quartier Irameso. Un autre le centre commercial, le 3e le quartier Majengo. Vous avez entendu ? Allez-y !».
«Il n'y a pas eu d'hésitation, ils sont entrés directement en action (...) puis j'ai entendu des cris et des pleurs de femmes de tous les côtés», affirme M. Bubusa, utilisé comme porteur et vite emmené à l'écart dans la forêt.
Selon lui, 284 femmes et mineures -âgées de 13 à 80 ans- ont été violées cette nuit-là à Luvungi, et 384 au total, selon les autorités de Walikale. En effet, jusqu'au 3 août, les chefs rebelles sont restés à Luvungi mais leurs hommes ont sévi dans huit autres villages proches, comme à Bitumbi où une vingtaine de femmes ont été violées.
Plus de 242 victimes avaient été prises en charge médicalement jusque début septembre, selon l'ONG International medical corps qui appuie des centres de santé locaux.
Une patrouille de l'ONU, de passage à Luvungi le 2 août, n'avait relevé que les pillages mais pas de témoignages de viols.
Mardi, à New York, le sous-secrétaire général de l'ONU chargé des opérations de maintien de la paix, Atul Khare, a affirmé que plus de 500 viols avaient été perpétrés en août dans le Kivu et reconnu que les casques bleus déployés dans la région avaient failli à leur mission.
(afp)























