Exécutions en chaîne aux Etats-Unis

16 avril 2017 09:52; Act: 16.04.2017 10:10 Print

«Tuer, une expérience qui ne vous quitte jamais»

Sept prisonniers devraient être exécutés ces prochains jours dans l'Arkansas. Un ancien directeur de prison s'inquiète pour la santé mentale des bourreaux qui seraient chargés de cette lourde tâche.

storybild

L'un des huit condamnés a déjà obtenu un sursis, le temps pour les juges d'examiner son recours.

Sur ce sujet
Une faute?

Exécuter un détenu, le «tuer», c'est une expérience «qui ne vous quitte jamais», confie Ron McAndrew. Cet ancien directeur d'une prison de Floride en sait quelque chose, lui qui commençait à en souffrir quand il a quitté son poste en 1998, après huit exécutions. Il combat désormais la peine de mort et il s'inquiétait particulièrement pour la santé mentale des bourreaux qui devaient exécuter sept prisonniers dans l'Arkansas du 17 au 27 avril. Un rythme inédit pour un Etat américain depuis que la Cour suprême a rétabli la peine de mort en 1976. Rebondissement samedi matin: une juge fédérale américaine a suspendu ces mises à mort, mais l'Etat du sud devrait rapidement faire appel.

C'est pour devancer la date de péremption, à la fin du mois, d'une substance utilisée dans les injections létales que le gouverneur républicain Asa Hutchinson a accéléré le calendrier des exécutions. «Nous voulons que le gouverneur comprenne que pendant que lui sera assis bien confortablement dans son bureau, ces hommes participeront à l'assassinat d'un autre être humain», expliquait Ron McAndrew, avant le répit de samedi. Il refuse de prononcer le mot «exécution» qui, pour lui, n'est qu'un euphémisme.

«Ces agents pénitentiaires apprennent à connaître les détenus», a-t-il relevé. «Ils travaillent 24 heures par jour avec ces détenus, ils leur apportent à manger, les emmènent se laver, faire du sport, ils discutent avec eux, devant leur cellule, quand ils se sentent seuls. Et, tout à coup, ce sont les mêmes qui doivent emmener les prisonniers dans une autre pièce pour les tuer.»

Dommages collatéraux

«C'est une expérience qui ne vous quitte pas avant longtemps, je crois même que ça ne vous quitte jamais», a-t-il répété. Ron McAndrew a participé à la mise à mort de huit condamnés, trois en Floride et cinq au Texas. Les exécutions sont menées par un petit groupe d'environ cinq personnes, et «on ne peut pas changer l'équipe», explique-t-il. «Les gardiens qui se chargent des exécutions ont répété plusieurs centaines de fois», souligne l'ex-fonctionnaire, âgé de 78 ans. «Un agent volontaire joue le rôle du détenu. Ils vont le chercher dans sa cellule, le mettent sur la table d'exécution et lui mettent l'intraveineuse...»

Les autorités ont refusé d'indiquer si les mêmes bourreaux devaient s'occuper de cette série d'exécutions, désireux de ne pas révéler leurs identités. «Je vous assure qu'ils sont bien formés et qualifiés pour mettre en pratique leurs responsabilités respectives», a simplement indiqué le porte-parole de l'administration pénitentiaire de l'Arkansas, Solomon Graves.

Pour les militants contre la peine de mort, toutes les personnes impliquées dans le processus finissent par souffrir. «Nous nous préoccupons du bien-être des détenus, nous nous inquiétons pour les proches des victimes, et pour les employés de la prison qui sont chargés de faire ça», confiait Abraham Bonowitz, directeur d'une organisation basée à New York qui lutte en faveur de l'abolition de la peine capitale, «Death Penalty Action». «Les dommages collatéraux vont bien au-delà du prisonnier et de la victime», soulignait-il.

Graves conséquences

Même s'ils sont formés, les agents de l'Arkansas n'ont pu observer de «cas pratique» depuis 2005, date de la dernière exécution dans cet Etat. «Ce calendrier serré va faire peser un poids extraordinaire sur les hommes et femmes qui sont chargés par l'Etat de réaliser un acte aussi solennel», affirmait récemment Allen Ault, ancien responsable des services pénitentiaires de l'Etat de Géorgie, qui a dirigé l'exécution de cinq prisonniers. «Cela risque de les poursuivre pour le restant de leurs jours», écrivait-il dans une tribune publiée par le magazine Time le 28 mars.

Ce même jour, un groupe d'anciens responsables pénitentiaires de tous les Etats-Unis avait envoyé une lettre à M. Hutchinson, lui demandant de ne pas faire peser ce poids sur la conscience des agents pénitenciers. «Même dans des circonstances moins difficiles, mener une exécution peut avoir de graves conséquences pour la santé des gardiens», soulignaient les signataires, parmi lesquels figuraient Ron McAndrew et Allen Ault.

Personne n'a oublié, aux Etats-Unis, les récits poignants de récentes exécutions «ratées», comme celle de Clayton Lockett, qui avait succombé en 2014 dans l'Oklahoma après 43 minutes de râles et convulsions.

(20 minutes/ats)

Les commentaires les plus populaires

  • Bazooka Girl le 16.04.2017 10:49 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Meurtre étatique

    Encore une aberration du pays de l'oncle Sam: on milite pour interdire l'avortement parce que c'est "un meurtre", mais le meurtre étatique de personnes bien vivantes, et accéléré ça c'est éthique... Toutes les vies n'ont pas le même poids apparemment...

  • Sheila Diarhée le 16.04.2017 13:46 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Vengeance d'une mère

    Et pourquoi ne pas laisser actionner la manette de la chaise électrique ou celle de la pendaison à la famille des lésés !?! Perso si un violeur ou un tueur touchait ma fille... je prendrai un malin plaisir à abaisser ce levier moi-même.

  • Lucas le 16.04.2017 10:57 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Halte à la barbarie légale

    Risquer de tuer un innocent discrédite la peine de mort.

Les derniers commentaires

  • John Doe le 17.04.2017 09:19 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Réfléchissons

    Aux USA les détenus dans le couloir de la mort voient très souvent leurs appels rejetés pour une raison complètement stupide, ne pas discréditer les procureurs et éviter que tous les procès au quel ils ont participé soient remis en cause. Donc résumons la situation, on décide de tuer des hommes sans la certitude de leurs culpabilité pour éviter que certains individus nommés pour défendre les intérêts publics ne soient discrédite. Ne comparons pas la Suisse aux USA certes nous avons des progrès à faire mais les USA ne sont sûrement pas l'exemple qu'il nous faut.

  • Benjamin le 17.04.2017 08:28 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    la peine de mort

    puisque la peine de mort est largement critiqué je propose des prisons spéciales pour terroriste et monstre. isolement totale. aucune sortie, cellule sans fenêtre. un lit, un lavabo, des toilettes. évidemment pas de télé, ce serait pire que la mort ça. c'est le suicide assuré. si les gardien peine à tuer car leur conscience en prenne un coup ce que je comprends ben qu'ils fassent ces genre de prison ultra isolée, comme ça ces monstres feront que justice eux même

    • Hector le 17.04.2017 18:01 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Benjamin

      La conscience c'est quoi , je crois que j'ai des sacrés problèmes...

  • Elisabeth le 17.04.2017 08:24 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    injustice des prisons

    Les matons qui tue les prisonnier on les considere pas comme meurtrier car ils ont l ordre de l état. Arreter de tuer des prisonnier et ca ira mieux. Arreter de mettre n importe qui en prison il y aura plus de place... C est l état le meurtrier car ils tolere encore la peine de mort soit par injection lethale ou electrocution...

    • Spirou le 17.04.2017 09:14 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Elisabeth

      Je pense que l'on devrait dès lors libéraliser le crime, le viol, le vol etc ... Selon vos dires ... Sûrement que nos prisons sont remplies d'innocents ... On habite un monde que de gentils petits bonhommes ... Pour les anges il faudra attendre le paradis !

    • Just le 21.04.2017 09:42 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Spirou

      Vous avez mal lu son texte dsl au lieu de vous emballer relisez pfff

  • EXIT le 17.04.2017 08:05 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    5 jours et fini

    Un système ou une fois que l'individu est reconnu coupable avec des preuves medico légales et techniques pour des crimes tels que ceux commis par un certain Fabrice A, ils devraient être exécuté en 5 jours. Et non pas leurs offrir des One Man Show pour leurs procès pendant des années. Je prends l'exemple de Fabrice A. Sa culpabilité ne fait aucun doute mais on dilapide de l'argent public pour un procès, il y aura les frais de justice, les indemnités etc... Alors qu'il suffit de demander a EXIT comment faire et en plus ils ne souffriront pas en mourant contrairement a leurs victimes

  • Bibi Le Braco le 17.04.2017 08:02 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Sans doute un vol de sucette

    Et bien s'ils sont condamnés à mort ils ont sans doute mérité leurs sentence... Pensez aux familles des victimes et au coût de garder un prisonnier à vie en prison ...