Législatives allemandes

24 septembre 2017 19:45; Act: 24.09.2017 22:26 Print

La percée de la droite nationaliste brise un tabou

Comparée à ses voisins, l'Allemagne semblait jusqu'alors épargnée par la montée des mouvements identitaires. Une exception qui prend fin ce dimanche.

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Alexander Gauland et Alice Weidel, heureux de l'entrée de l'AfD au Bundestag. (Photo: Keystone/AP/Martin Meissner)

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L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) a enregistré dimanche une percée historique pour un mouvement nationaliste aux élections allemandes. Elle a brisé un tabou dans le pays, après une campagne où il a radicalisé sa rhétorique.

«Honte pour l'Allemagne»

Porté sur les fonts baptismaux il y a seulement quatre ans, ce mouvement anti-islam et anti-migrants a recueilli 13% à 13,5% des voix, selon des sondages à la sortie des urnes. Il devrait envoyer 86 à 89 députés siéger au Bundestag.

«Nous allons changer ce pays», a lancé la co-tête de liste, Alexander Gauland, quelques minutes après la publication des premiers sondages des télévisions publiques, en promettant de mener «une chasse» contre la chancelière Angela Merkel.

Ostracisé par toutes les autres formations qui le qualifient de «honte pour l'Allemagne», l'AfD n'a aucune chance de figurer au prochain gouvernement sans doute dirigé à nouveau par Mme Merkel. Mais la seconde tête de liste du parti, Alice Weidel, a déjà fixé ses objectifs à moyen terme: «dès 2021 (être) en mesure de gouverner».

Fin de l'exception allemande

L'arrivée à la chambre des députés de l'AfD, qui était resté sous la barre des 5% en 2013, constitue un tournant dans l'histoire allemande d'après-guerre.

En raison de son passé nazi, l'Allemagne demeura longtemps l'un des rares pays européens à ne pas connaître de poussée de grande ampleur de mouvements identitaires et anti-migrants. Une évolution que connaissent depuis longtemps ses voisins français, néerlandais ou autrichiens.

Mais l'AfD, malgré une guerre fratricide entre ses dirigeants, a su profiter du mécontentement dans une partie de la société allemande né de l'afflux de plus d'un million de demandeurs d'asile en 2015 et 2016, une décision prise par Angela Merkel.

Même si d'anciens nazis ont été élus députés au Bundestag jusque dans les années 80, «c'est une césure historique», analyse l'historien Michael Wolffsohn. «Pour la première fois, un parti nettement à droite du centre et à certains égards d'extrême-droite sera représenté au Bundestag».

Refus de la «dédiabolisation»

Agitateur des peurs face aux migrants essentiellement musulmans, l'AfD a multiplié les sorties fracassantes avec une présence massive sur les réseaux sociaux. Elle s'est adjointe les services d'une agence de publicité américaine qui a collaboré avec Donald Trump par le passé.

Le parti, dont une frange souhaite un rapprochement avec le Front national français ou le FPÖ autrichien, a radicalisé son discours depuis sa création. Il a adopté la stratégie inverse d'une Marine Le Pen qui a cherché au contraire à «dédiaboliser» le FN.

Durant cette campagne, Alexander Gauland a dénoncé une «islamisation grandissante de l'Allemagne». Cet ancien militant de la CDU d'Angela Merkel a assuré que l'islam n'était pas une religion mais une «doctrine politique» et que le terrorisme trouvait ses racines dans le Coran.

Ses sympathisants ont perturbé à maintes reprises les meetings de la chancelière avec des huées et des vociférations, en particulier dans l'ex-RDA, où le rejet des autorités fédérales est jugé préoccupant.

«La République va changer»

«La République va changer», prédit le politologue Fabian Virchow. «Au Bundestag, on va assister à un durcissement des affrontements verbaux (...). Les autres partis vont se déplacer un peu vers la droite sur les questions d'ordre et de sécurité», juge le chercheur de Düsseldorf.

Une partie de ses cadres puise volontiers dans le vocabulaire nazi, en qualifiant par exemple Angela Merkel de «traître à la patrie», et remet en cause le consensus mémoriel des Allemands basé sur le repentir. Adepte des tirades polémiques, Alexander Gauland n'a pas hésité à vanter «les performances des soldats» de l'armée d'Hitler et certains candidats ont tenu des propos révisionnistes.

Partisan d'une sortie de l'Allemagne de l'euro, l'AfD prône des positions traditionnelles sur la famille. Climato-sceptique, le parti réclame également l'annulation de l'Accord de Paris sur le climat.

(ats/afp)

Les commentaires les plus populaires

  • Luca* le 24.09.2017 20:52 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Et oui...

    de tels résultats n'arrivent pas si le politique se préoccupe d'abord des soucis de ses habitants avant de vouloir régler les soucis de toute la planète

  • Mutti Multikulti le 24.09.2017 22:59 Report dénoncer ce commentaire

    Bravo Mme Merkel

    En important plus d'un million de migrants musulmans Merkel a réussi à faire revenir les nationalistes au Bundestag.

  • Oligator74 le 24.09.2017 23:33 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Une première victoire

    Bravo à AfD. Nous avons besoin de ces partis pour protéger nos valeurs et nos us et coutumes contre l immigration de masse et l Islam partout en Europe

Les derniers commentaires

  • george -K le 25.09.2017 13:00 Report dénoncer ce commentaire

    A méditer !

    Et on critique le nationalisme de l'UDC !

  • James le 25.09.2017 12:18 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Bravo l'AfD

    Très bonne nouvelle l'AfD aux avant postes !! Par contre je conseillerais à l'Allemagne d'être très vigilante dans les prochains mois qui vont suivre... si vous voyez ce que je veux dire

  • Nico le 25.09.2017 12:16 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    On à la mémoire courte

    On se réjouit de l'extrême droite et puis un jour...on pleure mais c'est trop tard ! Savoir tirer les leçons du passé

  • Moro Bobos le 25.09.2017 11:39 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Point Godwin.

    Je sais que ça va miauler dans la presse et chez les bien-pensants, mais je crois néanmoins que cela va renforcer la démocratie. Pourquoi ? Tout simplement parce que le point Godwin ne suffit plus pour dicter ses vues . Pour mémoire, l'avocat américain Mike Godwin avait réalisé que chaque fois qu'une personne n'avait aucun argument à présenter, elle en revenait tôt ou tard à Hitler ou au nazisme pour déstabiliser son contradicteur. Cela, on a pu l'observer en Allemagne, alors que les gens manifestaient contre la politique de Mme Merkel. on a pu l'entendre récemment de la bouche de Mélenchon et on peut le lire tous les jours sur ce genre de forums, pour dissimuler le désert intellectuel et l'ignorance. Mais cela ne suffit plus, trop employé et usé jusqu'à la corde. Au lieu de traiter tous ceux qui ne partagent pas totalement leur opinion de nazis et continuer tranquillement leur business, les élites politiques devront répondre aux interrogations et au mécontentement de la population.

  • Beber le 25.09.2017 11:27 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    L'envers du décor

    Une dynamique tout à fait normale, précisant que l'AfD n'est pas la seule formation eurosceptique à avoir été élue... mais il s'en trouvera toujours pour vous dire que tout va bien et que le chômage est au plus bas - sans préciser à quel point le travail est devenu précaire, entre salaires ridicules et temps partiels forcés. Enfin, y'en a bien qui ont cru à Macron par chez moi...