Etats-Unis

18 mai 2017 19:21; Act: 19.05.2017 08:38 Print

Donald Trump se pose en victime

Agacé par les nombreuses révélations, le président américain a tweeté ce jeudi qu'il était victime d'une «chasse aux sorcières».

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Le président des Etats-Unis Donald Trump s'est posé jeudi en victime d'une chasse aux sorcières sans précédent au lendemain de la nomination d'un procureur spécial dans l'enquête sur l'ingérence russe dans l'élection présidentielle. La campagne Trump aurait eu 18 contacts avec la Russie, selon certaines sources.

Donald Trump avait partagé une première réaction laconique mais mesurée mercredi soir via un communiqué de la Maison Blanche. Il affirmait souhaiter une enquête minutieuse qui montrera «ce que nous savons déjà: il n'y a eu aucune collusion entre ma campagne et une quelconque entité étrangère».

Mais le président républicain a opté à l'aube pour un autre registre sur Twitter, traduisant sa volonté de souder sa base électorale, mais aussi son agacement face à l'accumulation des révélations. «C'est la plus grande chasse aux sorcières visant un politicien de l'histoire américaine!», a-t-il lancé.

Accusant par ailleurs la campagne d'Hillary Clinton et la présidence de Barack Obama «d'actes illégaux», il s'est indigné qu'aucun procureur spécial n'ai jamais été nommé pour les examiner.

«Toute cette histoire est une chasse aux sorcières (...). Je pense que cela divise le pays», a-t-il encore affirmé lors d'une conférence de presse dans les salons de la Maison Blanche avec le président colombien Juan Manuel Santos. «Il n'y a aucune collusion (...), zéro» avec Moscou, a-t-il martelé, tout en prenant soin de souligner - nuance de taille au moment où les l'étau semble se resserrer sur certains de ses proches - qu'il ne pouvait parler que pour lui-même.

«Avez-vous, à un moment ou un autre, demandé au directeur du FBI James Comey, d'une manière ou d'une autre, de clore ou ralentir une enquête concernant Michael Flynn et...?», lui a demandé un journaliste jeudi. «Non, non. Question suivante ?», a interrompu le président, visage fermé.

Rencontre avec les sénateurs

A la veille de son départ pour son premier voyage à l'étranger, qui le mènera dans cinq pays en huit jours seulement, le 45e président des Etats-Unis sait qu'il est dans une position très inconfortable et que l'affaire russe continuera à faire la Une des médias américains dans les temps à venir.

Le numéro deux du ministère de la Justice, Rod Rosenstein, qui a annoncé la nomination de Robert Mueller, directeur du FBI de 2001 à 2013 au poste de procureur spécial, a répondu jeudi aux questions pressantes des sénateurs. «Il a dit qu'il voulait être certain que l'intégrité du département de la Justice soit protégée, et que les Américains sachent que cela sera géré avec équité», a rapporté le sénateur Dick Durbin à l'issue de cette réunion qui s'est tenue à huis clos dans une salle sécurisée du Capitole. Mais le haut responsable s'est refusé, selon plusieurs élus, à commenter le fond de l'enquête, qui est désormais entre les mains de M. Mueller.

La nomination du directeur du FBI de 2001 à 2013 sous George W. Bush puis Barack Obama vise à isoler les investigations du pouvoir politique, en réduisant au minimum la supervision du ministère de la Justice, tutelle du FBI qui enquête depuis l'été dernier dans cette affaire mêlant politique et espionnage.

Nomination réclamée par l'opposition

Robert Mueller est chargé d'enquêter sur «tout lien et/ou coordination entre le gouvernement russe et des individus associés à la campagne du président Donald Trump», mais aussi «tout sujet» découlant de ces investigations, ce qui lui donne de facto les coudées franches.

Sa désignation a été saluée par des parlementaires de l'opposition démocrate et des élus de la majorité républicaine. L'opposition réclamait la nomination d'un procureur spécial depuis le limogeage soudain du directeur du FBI James Comey le 9 mai, soupçonnant une tentative d'entrave à la justice.

Depuis lors, la presse a rapporté que Donald Trump aurait fait pression sur James Comey pour qu'il classe le volet de l'enquête concernant Michael Flynn, son éphémère conseiller à la sécurité nationale soupçonné de jeux troubles avec les Russes et contraint à la démission le 13 février. James Comey aurait refusé, mais consigné cette conversation dans des notes qui ont commencé à fuiter.

Donald Trump a déclaré jeudi qu'il était sur le point de choisir un nouveau directeur du FBI pour succéder à James Comey, et que son grand favori était l'ex-sénateur démocrate Joe Lieberman. Lieberman, que Donald Trump a rencontré mercredi, fut le colistier du candidat démocrate à la Maison blanche Al Gore en l'an 2000. Prié par la presse de dire si c'était l'un de ses favoris, le président Trump a succinctement répondu d'un «oui».

Dix-huits contacts

Jeudi toujours, des responsables américains informés du dossier ont indiqué à Reuters que Michael Flynn et d'autres conseillers de la campagne de Donald Trump ont été en contact avec des responsables russes et des personnes jugées proches du Kremlin à au moins 18 reprises entre avril et novembre 2016.

Ces contacts, qui n'ont pas été révélés auparavant, font désormais partie du dossier examiné par le FBI et des commissions de la Chambre des représentants et du Sénat. Parmi ces contacts se trouvent des conversations téléphoniques entre l'ambassadeur russe à Washington Sergueï Kislyak et Michael Flynn.

Ils entendaient établir un canal de communication secret entre Donald Trump et Vladimir Poutine afin de court-circuiter l'administration de la sécurité nationale américaine, que les deux présidents considéraient comme hostile à une amélioration des relations entre les Etats-Unis et la Russie, indiquent quatre responsables américains en fonction.

La Maison Blanche a d'abord démenti en janvier tout contact avec des responsables russes au cours de la campagne 2016. Depuis, elle a confirmé quatre rencontres entre Sergueï Kislyak et des conseillers de Donald Trump.

(nxp/ats)