Austérité

28 janvier 2016 08:49; Act: 28.01.2016 08:52 Print

Matteo Renzi arrive à Berlin l'esprit combatif

Le chef du gouvernement italien est attendu vendredi à Berlin.

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Matteo Renzi photographié le 27 janvier 2016. (Photo: Reuters)

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«Le temps où l'Italie allait à Bruxelles le chapeau à la main n'a plus cours», avait grondé Matteo Renzi après une passe d'armes il y a dix jours avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

Et cela vaut aussi pour Berlin, également visé par le président du Conseil italien, comme en témoignent ses déclarations musclées lors du dernier sommet européen de décembre.

«Faire croire que l'Allemagne est le donneur de sang de l'Europe, vu de l'extérieur, ce n'est pas la réalité», avait-il alors lancé, furieux du refus de l'Allemagne au projet européen de garantie des dépôts bancaires.

Le ton a certes baissé entre les deux pays, mais Matteo Renzi n'en a pas désarmé pour autant. Interrogé la semaine dernière sur ce qu'il dirait vendredi à la chancelière allemande Angela Merkel, il s'est montré tout aussi combatif: «La première à avoir intérêt à une Italie forte et une Allemagne moins égoïste, c'est Angela Merkel. Je l'estime et je ferai tout pour l'aider. Mais les règles doivent être les mêmes pour tous, sans exception. Ça vaut aussi pour l'Allemagne», a-t-il expliqué dans un entretien avec le quotidien des affaires, Il Sole24Ore.

La liste des récriminations de l'Italie envers Bruxelles et Berlin s'est brusquement allongée ces dernières semaines.

Trier les candidats

Les critiques de ses partenaires européens, Allemagne en tête, sur la lenteur des autorités italiennes à mettre en place les «hotspots», censés «trier» les candidats au statut de réfugiés et les migrants économiques, voués au rapatriement, ont été mal reçues à Rome.

Idem pour le gazoduc Nord Stream 2 que l'Allemagne veut promouvoir avec la Russie et qui a reçu un accueil glacial côté italien. «L'amitié et le respect que j'ai pour la chancelière allemande ne m'empêche pas de poser des questions», a expliqué Matteo Renzi à l'issue du sommet européen de décembre. «Et l'une d'entre elles a porté sur Nord Stream 2».

L'Italie est d'autant plus furieuse qu'un projet concurrent, passant par le sud, a été bloqué par l'Union européenne.

Dernier litige en date, le refus de l'Italie de financer sa quote-part des trois milliards d'euros promis à la Turquie pour faciliter le maintien des réfugiés syriens sur son sol, un dossier suivi de près par Mme Merkel.

Mais c'est surtout le débat sur l'austérité qui envenime les relations entre Rome et Berlin. Matteo Renzi ne cesse de réclamer une «autre Europe» moins technocratique et davantage axée sur la croissance.

Dénoncer l'égoïsme allemand

Autrefois très prudent dans ses rapports avec Berlin, il n'hésite plus aujourd'hui, après presque deux ans à la tête de l'Italie, et fort des succès qu'il estime avoir engrangés en matière de réformes, à dénoncer «l'égoïsme» de l'Allemagne. «L'Italie est de retour», et Matteo Renzi entend faire le savoir, y compris lorsqu'il réclame jour après jour davantage de flexibilité budgétaire, jugeant son pays discriminé en la matière.

«Franchement, c'est excessif de laisser penser que l'Italie serait défavorisée alors qu'elle est en réalité le pays qui peut bénéficier le plus de nos flexibilités», a rétorqué la semaine dernière le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici, interrogé.

Les revendications italiennes ne sont pas sans rapport avec quelque préoccupation politique interne dans un pays où l'euro-scepticisme a fortement augmenté avec la crise économique, relève-t-on à Berlin.

«Avec sa critique contre le darwinisme comptable allemand il [Matteo Renzi] rencontre un certain soutien dans l'opinion et les médias», a ainsi jugé mardi la Fondation Bertelsmann, dont les études politiques font autorité en Allemagne.

Certains doutent néanmoins d'une «détérioration» dans les rapports entre l'Italie et l'Allemagne. «C'est plutôt un concours de circonstances, avec, dans un temps limité, une accumulation de sujets de friction entre l'Italie et l'Allemagne, et une réaction excessive et très médiatisée», a expliqué Ferdinando Nelli Feroci, président de l'Institut des Affaires internationales à Rome et ancien représentant de l'Italie auprès de l'Union européenne.

(nxp/afp)