Syrie

20 février 2018 15:54; Act: 20.02.2018 21:29 Print

Les forces pro-régime entrent à Afrine

L'armée turque a réagi par des tirs d'artillerie contre des forces prorégime, alors que celles-ci entraient dans l'enclave kurde d'Afrine.

storybild

Les troupes turques comptent assiéger Afrin. (Photo: Keystone)

Une faute?

L'offensive turque contre une milice kurde à Afrine a pris mardi une tournure spectaculaire avec le déploiement de forces pro régime syrien dans l'enclave kurde. Ces dernières ont aussitôt été visées par des tirs turcs.

L'arrivée des forces pro régime dans une région semi-autonome kurde qui échappe au contrôle de Damas depuis 2012 marque un développement majeur. Cela ajoute à la complexité de la guerre civile qui ravage la Syrie depuis bientôt sept ans.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, des «centaines de combattants ont été déployés» mardi après-midi dans la zone d'Afrine. «Les forces populaires sont entrées dans le district d'Afrine», a confirmé Rojhad Rojava, un responsable de la Défense kurde au sein de l'administration locale.

Ces forces, dont l'arrivée imminente avait été annoncée dès lundi par les médias officiels syriens, doivent être déployées le long de la frontière turque, ont indiqué les Unités de protection du peuple (YPG), la milice kurde qu'Ankara considère comme «terroriste». La Turquie veut à tout prix chasser les YPG d'Afrine à la faveur de son offensive qui est entrée mardi dans son deuxième mois.

Plans d'Erdogan contrariés

Peu après leur arrivée à Afrine, les forces pro-régime ont été visées par l'artillerie turque, selon l'agence officielle syrienne Sana. A Ankara, les médias étatiques ont fait état de «tirs d'avertissement» contre ces forces.

«Les groupes terroristes pro-régime qui s'efforcent d'avancer vers Afrine ont reculé à environ 10 km de la ville du fait des tirs d'avertissement», a affirmé l'agence Anadolu. En guise de menace à Damas, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait pourtant affirmé dans la matinée que son armée «barrera la route» à tout renfort extérieur arrivant à Afrine. Mais les forces loyalistes syriennes s'y sont déployées quelques heures plus tard.

M. Erdogan a aussi affirmé que les forces turques assiégeraient prochainement la ville d'Afrine. Ses plans risquent toutefois d'être contrariés par les derniers développements.

Coopération russe

Il n'était pas clair dans l'immédiat si le déploiement syrien s'est fait avec l'aval de Moscou, un allié-clef du régime du président de Bachar el-Assad et qui contrôle l'espace aérien dans le nord de la Syrie. Cet important levier peut lui permettre de faire pression sur Ankara.

La Russie et la Turquie coopèrent étroitement sur le dossier syrien, même si elles soutiennent des camps opposés dans le conflit. M. Erdogan s'est rapproché de Moscou après avoir été excédé par le soutien apporté par les Etats-Unis aux YPG, devenues leur fer de lance sur le terrain dans la lutte contre les djihadistes du groupe Etat islamique (EI).

Bien qu'il ait reconnu avoir perdu 32 soldats, Ankara répète à l'envi que l'offensive avance «comme prévu». Les forces turques ont certes pris à ce jour le contrôle de plus de 40 villages. Mais ces localités sont situées pour la plupart dans des zones frontalières du nord de la région d'Afrine.

Sur le plan diplomatique, l'offensive a renforcé les tensions entre Ankara et Washington. A tel point que la Turquie menace d'ores et déjà d'avancer vers Minbej, à une centaine de kilomètres à l'est d'Afrine, où sont déployés des militaires américains aux côtés des YPG.

(nxp/ats)