Irak

14 février 2017 10:26; Act: 14.02.2017 18:21 Print

Elle rend leur féminité à celles qui ont tout perdu

Une jeune coiffeuse tient un salon de beauté à Erbil, capitale du Kurdistan irakien. Deux jours par mois, elle a décidé de «rendre belles» des femmes qui ont perdu toute confiance.

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Des ciseaux, des brosses et de la cire bleue qui chauffe dans un récipient... «Ce n'est presque rien, mais je fais des miracles avec ça», raconte Chnoor Khezri dans une petite salle d'un camp de déplacés irakiens à l'est de Mossoul.

La jeune femme kurde d'Iran tient un salon de beauté à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, mais elle a décidé de consacrer deux jours par mois à «rendre belles» des femmes qui ont tout perdu, «et en premier lieu leur confiance en elles».

Salon de coiffure improvisé

Elles sont quelque 3600 dans le camp de Hasancham, arrivées il y a plusieurs semaines ou quelques jours. Elles ont quitté leur logement à Mossoul sans rien emporter ou presque, fuyant les combats qui opposent depuis octobre les forces irakiennes aux jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

D'abord réticentes à l'idée de suivre une inconnue et de se séparer de leur mari, une petite dizaine se laisse finalement convaincre par Chnoor qui les accueille tout sourire dans son «salon de coiffure» improvisé.

Le visage un peu crispé

«Je leur propose une coupe de cheveux, l'épilation des sourcils et du visage, mais elles ne demandent rien de précis, elles veulent juste que je m'occupe d'elles», s'étonne la coiffeuse de 31 ans.

Mervet, une mère de famille de 30 ans, regarde très attentivement les doigts de Chnoor malaxer la cire, la poser sur le visage un peu crispé d'une jeune fille puis l'arracher d'un geste sec.

Des gestes qui remplissent d'émotion

«A Mossoul, avant l'EI, je travaillais dans un salon de beauté. Refaire ces gestes me remplit d'émotion», confie-t-elle.
Azhar, 34 ans, est arrivée au camp il y a tout juste deux jours, après avoir risqué sa vie en traversant le Tigre pour fuir la partie ouest de Mossoul encore tenue par l'EI.

«Cela fait des semaines que les habitants sont privés de tout: les prix se sont envolés, il n'y a plus que des pommes de terre, du blé et des lentilles», raconte-t-elle en tremblant de rage.
Mais elle retrouve rapidement son sourire en se regardant dans la glace: «Je n'avais jamais imaginé qu'une coupe de cheveux me ferait tellement plaisir!»

Dignité

Et elle n'est pas la seule à sourire. Le «salon de coiffure» se trouve vite assailli par des dizaines de femmes qui rient à l'idée de retirer leur voile et de se faire couper les cheveux.
«Ici au camp, il n'y a pas de place pour les femmes. Il y a des coiffeurs pour hommes, des jeux pour les enfants, mais rien pour nous», murmure Ghada, 23 ans et mère de deux enfants.

«Nos visages sont brûlés par le soleil, nous avons besoin de crèmes, de produits d'hygiène. Nous n'avons même pas de soutiens-gorge!», s'insurge Safa à côté d'elle.

Pas de honte à avoir

Chnoor la coiffeuse est convaincue: «Il n'y a aucune honte à vouloir retrouver sa féminité. Surtout dans des conditions tellement difficiles, il en va de son bien-être et de sa dignité!»
Ghada est venue «voir», mais elle n'ose pas prendre place sur le fauteuil.

«Depuis qu'on est arrivés ici (il y a six semaines), je suis constamment angoissée, je fais des cauchemars, des crises d'angoisse, je soupçonne tout le monde d'être un espion de Daech.»

«Je crois que j'ai besoin de parler à quelqu'un... un psychologue», souffle-t-elle tout bas dans un sourire crispé. En fin d'après-midi, après quasiment sept heures de travail à un rythme soutenu, Chnoor pose enfin ses ciseaux, épuisée mais heureuse.

Visage métamorphosé

«Regardez leur visage, comme il s'est métamorphosé! Elles sont arrivées méfiantes et renfermées, elles sortent d'ici détendues et fières de s'être accordé ce moment rien qu'à elles», constate-t-elle.

A ses côtés, Mervet, qui a fini par retirer son voile bleu et montrer ses longs cheveux blonds, se tient debout, radieuse. Elle ne s'est pas fait coiffer par Chnoor, mais elle a elle-même pris les ciseaux pour s'occuper des têtes des enfants des autres.

Pour Chnoor, le pari est ainsi doublement réussi et les deux semaines qui la séparent de sa prochaine venue lui semblent déjà longues.

(afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Alain Misot le 14.02.2017 10:36 Report dénoncer ce commentaire

    courage

    La beauté de ces femmes résident dans leur courage. La confiance en soi est vitale pour être saint d'esprit.

  • geraldine le 14.02.2017 10:37 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    bravo

    bravo MADAME

  • Guy49 le 14.02.2017 10:36 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Sans

    Magnifique

Les derniers commentaires

  • Jo2 le 14.02.2017 18:53 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Certains regrettent !!!

    Bravo à ces femmes qui se battent pour leurs droits c'est extraordinaire. Quand à certains commentaires sur la situation passée en Irak ils me font peur! Une dictature reste une dictature et doit être abattue. Sous une dictature des innocents sont emprisonnés et souffrent. Les journalistes et le peuple n'on pas droit à la parole. Et même si une majorité s'en accommode à notre époque c'est inadmissible ! On peut discuter des intentions des différents belligérants mais pas regretter l'ancienne dictature. Ok ces pays sont à reconstruire mais au moins je crois qu'aujourd'hui ils ont un avenir ?

  • mick le 14.02.2017 18:48 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    ???

    à quoi bon leur faire une coupe si ç est pour mettre un voile ???

  • same le 14.02.2017 17:52 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    erreur

    euh pour les rédacteur c'est pas à la cire mais au fil l'épilation qu'il y a en photo

  • R2P le 14.02.2017 14:10 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Irak laïc

    Ayant vécu 2 ans dans ce beau pays du temps de Sadam avant la guerre Iran Irak et USA, les gens, les familles, les enfants vivaient en sécurité. Les marchés et boutiques pleins de nourriture et marchandise à bon prix et Bagdad illuminée comme en plein jour la nuit. De bonnes infrastructures. La femme pouvait conduire, s'habiller comme elle voulait. J'avais des voisins musulmans et catholiques vivant en armonie. La majorité approuvait son président.

    • Thomas le 14.02.2017 14:37 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @R2P

      Cette époque me manque tant mais voilà je vis aujourd'hui dans ce magnifique pays qui est la Suisse que je remercie chaque jour. Merci de nous avoir accepté.

    • ... le 14.02.2017 17:29 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Thomas

      Mais oui bien sûr... un irakien qui s'appelle Thomas...

    • THOMAS le 14.02.2017 18:36 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @...

      D'ailleurs comme tu le vois dans le commentaire de R2P, il dit bien catholique.

    • THOMAS le 14.02.2017 18:37 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @...

      ...

    • Prince le 14.02.2017 20:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @R2P

      Merci à la démocratie occidentale!

  • Xavier le 14.02.2017 13:34 Report dénoncer ce commentaire

    le courrage

    elles ont tout perdu....à cause de G.W. Bush et son intervention catastrophique et illégitime de l'Irak. Aujourd'hui nous trouvons courageux une coiffeuse ? Nous cherchons donc toujours le procureur qui poursuivra les USA (et alliés) devant un tribunal international pour fausse déclaration devant l'ONU