Turquie

03 juillet 2016 10:47; Act: 04.07.2016 08:18 Print

Istanbul vit dans la peur de nouveaux attentats

Une majorité des Stambouliotes dénoncent la responsabilité du président Erdogan, longtemps très bienveillant à l'égard de l'EI.

Voir le diaporama en grand »
Un homme rend hommage aux victimes de l'attentat de l'aéroport d'Istanbul. Six suspects, présumés membres de l'EI, ont été arrêtés. (Vendredi 8 juillet 2016) Dix-sept nouvelles personnes ont été écrouées dans le cadre de l'enquête sur l'attentat à l'aéroport d'Istanbul, le 28 juin. (Mardi 5 juillet 2016) Parmi les trois auteurs de l'attentat suicide de l'aéroport d'Istanbul figure Akhmed Tchataïev. L'homme d'origine tchétchène est présenté comme un chef de l'État islamique chargé de la formation des djihadistes russophones. En 2003 il a obtenu l'asile en Autriche. (Samedi 2 juillet 2016) Sur les images des vidéo de surveillance, on voit les assaillants avant qu'ils ne commettent leur attentat. (Samedi 2 juillet 2016) Les autorités ont pu identifier les trois auteurs qui portaient armes et explosifs sous leurs vestes. (Samedi 2 juillet 2016) La Turquie a rendu hommage à ses morts.(Jeudi 30 juin 2016). Comme pour le 12 juin après la tuerie d'Orlando, l'Empire State Building, à New York (Etats-Unis) s'est éteint en hommage aux victimes d'Istanbul. (Jeudi 30 juin 2016). A Istanbul, Paris ou Bruxelles, la conviction que l'éden est au bout du sacrifice motive les kamikazes mais elle ne vient d'aucun texte, selon des experts et islamologues. (Mercredi 29 juin) Le bilan du triple attentat-suicide qui a frappé mardi soir l'aéroport international Atatürk d'Istanbul s'est alourdi à 41 morts et 239 blessés, a annoncé mercredi le gouvernorat de la première mégapole de Turquie. (Mercredi 29 juin 2016) La compagnie aérienne Swiss a décidé de suspendre ses vols en direction d'Istanbul, après l'attentat de mardi soir. (Mercredi 29 juin 2016) Le premier ministre turc Binali Yildirim, au centre, s'est exprimé devant la presse en milieu de nuit sur place. (Mercredi 29 juin 2016). Sur cette carte réalisée et diffusée par l'agence Reuters, on voit que l'aéroport international Atatürk se situe à l'ouest du centre-ville, sur la partie européenne d'Istanbul. (Mercredi 29 juin 2016). Le hashtag #prayforistanbul accompagné de cette image s'est répandue très rapidement sur les réseaux sociaux (Mercredi 29 juin 2016). Sur les réseaux sociaux, plusieurs créations visuelles rendent hommage aux victimes de l'attaque. (Mercredi 29 juin 2016). Des passages en état de choc après la tragédie, devant l'entrée de l'aéroport Atatürk. En milieu de nuit, le bilan a été relevé à 36 morts. (Mercredi 29 juin 2016). Des passagers attendent près de l'entrée principal de l'aéroport après les explosions. (Mercredi 29 juin 2016). Les autorités ont annoncé dans la nuit que l'attentat-suicide avait été mené par trois kamikazes. Une arme, sur le sol de l'aéroport Atatürk d'Istanbul. (Image fournie par 140journo/via Reuters) Les autorités ont revu le bilan à 28 morts, dans la soirée, tandis que l'agence turque Dogan évoquait 32 morts. L'attaque n'était toujours pas revendiquée, trois heures après le tripple-attentat suicide visant une nouvelle fois la Turquie. L'attentat-suicide est survenu dans un terminal de l'aéroport international d'Istanbul, le plus grand de Turquie. (Mardi 28 juin 2016) Plus d'une dizaine d'ambulances ont été dépêchées sirènes hurlantes vers le terminal des vols internationaux. (Mardi 28 juin 2016) Un grand mouvement de panique a secoué le terminal des vols étrangers lorsque deux violentes explosions suivies de coups de feu ont été entendues aux alentours de 22H00 locales (19H00 GMT). (Mardi 28 juin 2016) Un premier bilan a fait état d'une dizaine de morts et d'une vingtaine de blessés. (Mardi 28 juin 2016) Selon des témoignages, les forces de l'ordre ont essayé d'arrêter le terroriste avant qu'il ne se fasse exploser. (Mardi 28 juin 2016) De nombreux policiers ont établi un périmètre de sécurité sur les lieux, selon les images. (Mardi 28 juin 2016) De nombreux policiers ont établi un périmètre de sécurité sur les lieux, selon les images. (Mardi 28 juin 2016) Les dégâts matériels sont importants à l'intérieur du terminal. (Mardi 28 juin 2016) Tous les vols ont été suspendus mardi soir a l'aéroport international Atatürk d'Istanbul après l'attentat suicide. (Mardi 28 juin 2016) L'attaque a été menée par trois terroristes, a annoncé Vasip Sahin, le gouverneur de la première mégapole turque.

Sur ce sujet
Une faute?

Le dernier attentat sanglant attribué à l'organisation Etat islamique (EI) en Turquie, qui a fait 45 morts mardi à l'aéroport Atatürk d'Istanbul, n'a pas surpris les Stambouliotes tout en aggravant le climat de peur dans une métropole mal armée face au risque terroriste.

En s'en prenant à cet aéroport moderne, le troisième d'Europe, et en tuant cette fois-ci des non-occidentaux, l'EI, s'il est effectivement derrière cet attentat comme le pense Ankara, a montré aux 15 millions d'habitants d'Istanbul, coeur vibrant de la Turquie, qu'il pouvait frapper partout.

«Comment ne pas avoir peur?», demande le propriétaire d'un magasin de vêtements dans le quartier d'Osmanbey, dans la partie européenne d'Istanbul. «Si un attentat est possible à l'aéroport, alors que penser des métros où les sacs ne sont même pas contrôlés? Je vis dans la peur».

«Nous ne sommes pas en sécurité», insiste ce Stambouliote qui n'a pas donné son nom, «l'aéroport a refonctionné à peine cinq heures après les attentats. La sécurité est faible», dit-il après la quatrième attaque, la plus meurtrière, à frapper Istanbul en moins de sept mois.

Comme si de rien n'était

Berk Senturk, un directeur artistique interrogé près d'Istiklal -- avenue piétonne proche du lieu d'un attentat imputé à l'EI qui a tué trois Israéliens un Iranien en mars -- n'est pas rassuré lui non plus.

«Après les attentats de Paris (en novembre), la police a recherché les terroristes pendant plusieurs jours. Ici, rien n'a été fait, l'aéroport a été nettoyé et quelques heures plus tard les enregistrements (de passagers) ont recommencé comme si de rien n'était», souligne-t-il.

A Istanbul, les mesures de sécurité ne semblaient pas avoir été renforcées en fin de semaine, aucune fouille ou portique n'étant en place par exemple dans le vaste réseau du métro. Les policiers en civil seraient très nombreux dans la ville toutefois: transports, grandes artères...

Des portiques ont bien été installés il y des années dans les grandes galeries commerciales, les musées, tours de bureaux ou les grands hôtels, mais il peut arriver que le personnel regarde très distraitement les arrivants, même quand les portiques se mettent à sonner.

«Il faudrait également mieux contrôler les papiers d'identité et les frontières», dit un propriétaire de café de Nisantasi, en référence à la Syrie, dont les djihadistes contrôlent une partie du territoire.

«Il y a trois semaines, les journaux turcs parlaient d'un possible attentat a l'aéroport Atatürk, une nouvelle qui venait des Etats-Unis. Or, la Turquie n'a pris aucune précaution face à cela», assure-t-il.

Une police affaiblie par les purges

«D'autres attentats sont à prévoir, il y a certainement une défaillance de sécurité et de renseignements», a prévenu un ex-responsable des services secrets turcs (MIT), Cevat Önes, cité par la presse.

Selon lui, les purges menées par le régime islamo-conservateur à l'intérieur de la police pour en déloger les adeptes de la confrérie du prédicateur Fethullah Gülen, ennemi n°1 du président Recep Tayyip Erdogan, en sont l'une des raisons car elles ont affaibli la police.

Depuis la fin mars, l'ambassade des Etats-Unis maintient un appel à la prudence aux ressortissants, en raison de «menaces accrues de la part de groupes terroristes dans toute la Turquie», sans précisément mentionner l'aéroport international d'Istanbul.

Une majorité des Stambouliotes interrogés par l'AFP semblaient fatalistes face à l'attentat de mardi et dénonçaient la responsabilité, selon eux, du président Recep Tayyip Erdogan, longtemps très bienveillant à l'égard de l'EI, dans la montée du péril djihadiste, dans son pays.

«Les attentats en Turquie, c'est devenu une habitude, ça ne surprend plus», dit une étudiante d'Istanbul, «le gouvernement a semé les graines de la terreur».

«La Turquie court à sa perte»

«Erdogan a joué sur deux fronts, d'un côté avec Daech (acronyme arabe de l'EI), de l'autre avec la communauté internationale», estime pour sa part un habitant qui ne veut pas donner son nom.

Kemal Beler, négociant de granit, abonde: «Plus Erdogan reste au pouvoir et plus les choses empirent. Ce n'est pas un attentat qui arrive de nulle part».

C'est seulement depuis le terrible attentat en octobre 2015 à Ankara attribué à l'EI (103 morts) que la Turquie a changé de pied face aux islamistes extrémistes et s'est mise à les combattre.

Désabusé aussi, le propriétaire de magasin de vêtements, qui dit voter pour le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), le principal parti d'opposition, estime «si le CHP était au pouvoir, cela ne changerait pas grand-chose».

«La Turquie court à sa perte par sa propre faute», dit-il.

(nxp/afp)