Etats-Unis

13 février 2018 18:30; Act: 14.02.2018 06:53 Print

L'oeil de Moscou menace les élections de 2018

Plusieurs agences du renseignement américain craignent que la Russie attise les divisions sociales et politiques dans le pays.

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Robert Mueller a annoncé de nouvelles poursuites à l'encontre de l'ancien directeur de campagne de Donald Trump, Paul Manafort, et de l'ex-associé de ce dernier, Richard Gates. (Jeudi 22 février 2018) La Maison Blanche envisage de prendre des sanctions supplémentaires contre la Russie, repoussant les accusations de mansuétude à l'égard de Moscou. (Mercredi 21 février 2018) Un avocat membre d'un cabinet chargé de redorer l'image de l'ex-président ukrainien, en coopération alors avec le futur directeur de campagne de Trump Paul Manafort, a été inculpé de faux témoignage. (Mardi 20 février 2018) Steve Bannon a été interrogé durant de longues heures par l'équipe du procureur spécial Robert Mueller, dans le cadre de l'enquête portant sur des soupçons d'ingérence russe. (Vendredi 16 février 2018) Le chef de la diplomatie américaine a mis en garde la Russie dans le cas où elle tenterait d'interférer dans les élections de 2018. (Mardi 6 février 2018) Les avocats de Donald Trump déconseillent à leur client d'accepter de répondre aux questions du procureur spécial. (Lundi 5 février 2018) Un comité de la Chambre des représentants a voté pour la publication d'un document démocrate confidentiel rejetant les accusations de Donald Trump et d'élus républicains contre le FBI. (Lundi 5 février 2018) Des élus démocrates du Congrès ont appelé Donald Trump à ne pas limoger les hauts responsables de l'enquête sur les liens entre la Russie et son équipe de campagne. (Dimanche 4 février 2018) «La note innocente totalement Trump dans l'enquête» a déclaré le président américain en s'exprimant à la troisième personne sur Twitter, après la déclassification d'un memo critiquant le FBI. (Samedi 3 février 2018) Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi avoir déclassifié une note confidentielle rédigée par un élu républicain critiquant l'attitude du FBI. (Vendredi 2 février) Selon le New York Times, le président américain a tenté de virer Robert Mueller en juin. Son conseiller juridique l'en a empêché. (Jeudi 25 janvier 2018) Le président américain s'est dit prêt à témoigner sous serment face au procureur spécial sur l'affaire russe. (Mercredi 24 janvier 2018) Steve Bannon, interrogé dans le cadre de l'enquête sur les soupçons d'ingérence de la Russie, a refusé d'emblée de répondre aux questions sur le sujet. (17 janvier 2018) Steve Bannon a été cité à comparaître devant un grand jury dans le cadre de l'affaire russe. Il témoignait déjà mardi devant la commission du renseignement de la Chambre sur cette question. (Mardi 16 janvier 2018) L'ex-chef de campagne de Donald Trump, Paul Manafort, a porté plainte contre le procureur spécial Robert Mueller et le ministère de la Justice pour avoir outrepassé leur mandat dans l'enquête sur l'affaire russe. (Mercredi 3 janvier 2018) Donald Trump Jr., fils aîné (Photo d'archives) du président américain est au coeur d'une enquête parlementaire sur les soupçons de collusion entre Moscou et l'équipe de campagne de son père. (Mercredi 6 décembre 2017) Donald Trump nie avoir demandé à l'ex-directeur du FBI James Comey d'abandonner l'enquête sur son ex-conseiller à la sécurité nationale. Michael Flynn a plaidé coupable d'avoir menti dans l'affaire des ingérences russes. (Dimanche 3 décembre 2017) Le 30 octobre, le procureur Robert Mueller enquêtant sur une ingérence russe dans la présidentielle américaine a mis en accusation trois membres de l'équipe de campagne de Trump. Ils font l'objet de 12 chefs d'inculpation, parmi lesquels blanchiment et fausses déclarations. Appelés à témoigner devant le Congrès à partir de fin octobre, avaient publié des contenus sponsorisés ayant servi à diffuser de fausses informations et à manipuler l'opinion publique. Début juillet, le avec une avocate russe dont il espérait obtenir des informations compromettantes sur Hillary Clinton. Interrogé par la commission du renseignement du Sénat le 8 juin, affirme que le président américain lui a demandé d'abandonner un volet de l'enquête russe portant sur le général Michael Flynn, son ex-conseiller à la sécurité nationale. Fin mai, le gendre de Donald Trump Jared Kushner est à son tour mis en cause pour avoir et un banquier proche de Poutine dans le cadre de l'obtention de son habilitation de sécurité. Le 17 mai, Robert Mueller, ancien directeur du FBI, est nommé procureur spécial chargé d'enquêter sur le rôle de la Russie dans l'élection présidentielle de 2016 par le numéro 2 du ministère de la Justice, Rod Rosenstein, le ministre Jeff Sessions s'étant lui-même récusé dans cette affaire. Lors d'une entrevue le 15 mai avec le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, et l'ambassadeur de Russie, Donald Trump aurait et ainsi mis en danger une source américaine, selon la presse américaine. Le 9 mai, Donald Trump limoge le directeur du FBI, James Comey, lui reprochant les ratés de l'enquête sur les courriels non sécurisés d'Hillary Clinton. Ses détracteurs dénoncent une décision politique destinée à sur les liens entre la Russie et la campagne de Trump. À son tour le ministre de la justice Jeff Sessions annonce le 2 mars qu'il se retire de toute enquête sur les interférences russes dans l'élection américaine. Il avait omis de révéler des rencontres avec l'ambassadeur russe pendant la campagne présidentielle. Pour avoir évoqué les sanctions américaines contre Moscou avec l'ambassadeur russe avant l'investiture du président Trump, puis menti au vice-président Pence sur le sujet, Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale, est contraint à la démission le 13 février 2017. Le 31 décembre 2016, Des installations des renseignements russes sur le sol américain sont fermées et des diplomates sont expulsés des Etats-Unis. «C'est la première fois qu'un candidat d'un grand parti à la présidence a activement encouragé une puissance étrangère à espionner son opposant» celui-ci est élu à la Maison Blanche le 8 novembre 2016. Le 26 juillet 2016, peu après la victoire de Hillary Clinton aux primaires démocrates, Les Russes sont rapidement soupçonnés par les services de renseignement américain d'être à l'origine du piratage.

Une faute?

Faux comptes sur les réseaux sociaux, campagnes de désinformation, piratage: la Russie va reprendre les recettes de 2016 pour tenter d'influencer les élections parlementaires américaines de novembre, a mis en garde le chef du renseignement Dan Coats.

Auditionné mardi par la Commission du renseignement du Sénat sur l'état des menaces mondiales pour le pays, il a également assuré que le programme nucléaire nord-coréen représentait «une menace existentielle» pour les Etats-Unis.

Les principaux services de renseignement --dont la CIA et la NSA-- et le FBI ont déjà dénoncé l'ingérence russe pour favoriser la candidature de Donald Trump à la présidentielle face à Hillary Clinton, via les réseaux sociaux et le piratage d'informations provenant du camp démocrate.

Le président Trump a rejeté toute collusion entre son équipe de campagne et la Russie, qualifiant les allégations de «fake news», alors que Moscou dément régulièrement les accusations américaines. Mais plusieurs enquêtes parlementaires ont été ouvertes et un procureur spécial aux pouvoirs étendus a été nommé par le ministère de la Justice pour tenter de faire la lumière sur ces soupçons.

Attiser les divisions

«Au sein de la communauté (du renseignement), nous n'avons pas vu de preuve de changement significatif» de la part des Russes, a expliqué M. Coats, qui chapeaute les services de renseignement américains. «Il ne devrait y avoir aucun doute sur le fait que la Russie estime que ses efforts ont porté leurs fruits et considère les élections de mi-mandat en 2018 comme une cible pour des opérations d'influences russes», a-t-il expliqué.

Le directeur de la CIA, Mike Pompeo, a abondé en affirmant devant les sénateurs: «Nous avons vu l'activité et les intentions russes d'avoir un effet sur le prochain cycle d'élections ici». Il a souligné que l'Agence agissait contre les attaques russes mais ne pouvait pas rendre les détails publics.

La totalité de la Chambre des représentants (435 sièges) et un tiers du Sénat (33 sièges), actuellement contrôlés par les républicains, seront en jeu lors du scrutin de novembre. «Nous nous attendons à ce que la Russie continue à utiliser la propagande, les réseaux sociaux, les hommes de paille, les porte-parole favorables et d'autres moyens pour monter une grande variété d'opérations destinées à attiser les divisions sociales et politiques aux Etats-Unis», a dit Dan Coats.

Les réseaux sociaux Twitter et Facebook ainsi que Google sont accusés depuis plusieurs mois d'avoir malgré eux servis de plateforme à la propagande russe. Twitter a ainsi fermé près de 4000 comptes douteux liés à une agence de propagande numérique basée en Russie. Selon Facebook, environ 150 millions d'utilisateurs de son réseau et d'Instagram ont vu des contenus créés par des opérateurs russes pour influencer la présidentielle.

Les six représentants des services gouvernementaux présents ont précisé que le président Trump n'avait pas donné d'ordre spécifique pour se prémunir d'une tentative de déstabilisation.

En janvier, le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson a menacé la Russie de faire face à des «conséquences» si elle intervenait dans les élections de novembre, tout en admettant qu'il serait «très difficile de l'en empêcher».

Une dette insoutenable

Concernant la menace nord-coréenne, M. Coats a estimé que «l'heure de prendre une décision, sur comment répondre, se rapproche». Les tensions se sont exacerbées entre les Etats-Unis et le régime de Pyongyang, sous le coup de multiples sanctions de l'ONU à cause de ses programmes nucléaire et balistique. L'an passé, le Nord a tiré des missiles capables d'atteindre le territoire continental des Etats-Unis et mené un sixième essai nucléaire, son plus puissant à ce jour.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un assimile «tout effort visant à lui faire renoncer à ses armes nucléaires à une menace existentielle à l'encontre de sa nation et particulièrement de son leadership», a ajouté Dan Coats, regrettant «la nature provocatrice et l'instabilité manifestées par Kim». «Notre objectif est de parvenir à un règlement pacifique», a souligné le responsable américain, soulignant que Washington exerçait «un maximum de pression sur la Corée du Nord de différentes façons».

Le chef du renseignement américain a également regretté le blocage pendant plusieurs mois de l'adoption par le Congrès d'un budget annuel et le gonflement prévu du déficit après une vaste réforme fiscale décidée par M. Trump. A plus de 20'000 milliards de dollars, soit davantage que leur PIB, la dette des Etats-Unis est «insupportable et représente une menace terrible pour notre sécurité nationale et économique», a-t-il lancé.

(nxp/ats)