Syrie

15 avril 2018 08:20; Act: 15.04.2018 13:27 Print

Après les frappes, Paris tend la main à la Russie

Depuis 24 heures, le gouvernement de Macron multiplie les déclarations et tente de se distinguer de l'allié encombrant qu'est Donald Trump.

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Les Etats-Unis disposent d'informations crédibles montrant que la Syrie et la Russie tentent d'effacer les traces de l'attaque chimique présumée à Douma. (Jeudi 19 avril 2018) La présidentielle syrienne a annoncé jeudi avoir rendu la Légion d'honneur attribuée par la France en 2001 au président Bachar el-Assad qui ne portera pas une décoration remise par «l'esclave» des Etats-Unis. (Jeudi 19 avril 2018) L'armée américaine a constaté une «résurgence» de l'Etat islamique (EI) dans des régions de la Syrie contrôlées par le régime de Bachar al-Assad. (Mardi 17 mars 2018) La défense aérienne syrienne a dit avoir abattu des missiles au-dessus de la province de Homs. La coalition dément toute implication. (Lundi 16 avril 2018) «Nous avons réussi l'opération sur le plan militaire», a déclaré Emmanuel Macron au cours d'un entretien à la télévision française. (Dimanche 15 avril 2018) De nouvelles frappes occidentales «provoqueraient inévitablement le chaos dans les relations internationales». (Dimanche 15 avril 2018) Après les frappes françaises, américaines et britanniques contre l'arsenal chimique de Bachar al Assad, Paris s'efforce de reprendre l'initiative politique et de relancer la recherche d'une solution pacifique en Syrie. (Dimanche 15 avril 2018) Guy Parmelin, conseiller fédéral en charge de la défense, aurait préféré que les occidentaux attendent le rapport d'enquête de l'OIAC avant de frapper. Le régime syrien a dénoncé samedi une «agression barbare et brutale» des Occidentaux, après les frappes menées peu avant l'aube par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne contre des bases militaires. (Jeudi 14 avril 2018) Les Britanniques ont indiqué avoir frappé un complexe militaire - une ancienne base de missiles - à 24 kilomètres à l'ouest de Homs, «où le régime est supposé conserver des armes chimiques». (Image prétexte - samedi 14 avril 2018) Le président français Emmanuel Macron a souligné que les frappes françaises étaient «circonscrites aux capacités du régime syrien permettant la production et l'emploi d'armes chimiques». (Image prétexte - samedi 14 avril 2018) Selon le général Joe Dunford, chef d'état-major américain, les forces occidentales ont visé trois cibles liées au programme d'armement chimique syrien, l'une près de Damas et les deux autres dans la région de Homs, dans le centre de la Syrie. La télévision d'Etat syrienne a rapporté des «informations» selon lesquelles un «centre de recherches» dans le quartier de Barzé, dans le nord-est de Damas, avait été visé. La télévision d'Etat syrienne a affirmé en outre que des missiles avaient été «interceptés» à Homs. (Image - samedi 14 avril 2018, agence syrienne SANA) La défense anti-aérienne syrienne est entrée en action contre «l'agression américaine, britannique et française», a rapporté la télévision d'Etat syrienne. Le régime syrien a jugé que cette opération militaire constituait une violation «flagrante» du droit international et était «vouée à l'échec». «Il est clair que le régime Assad n'avait pas reçu le message l'an dernier», a déclaré le ministre américain de la Défense Jim Mattis, rappelant la frappe américaine d'avril 2017 sur la base militaire d'Al-Chaayrate, près de Homs, après une autre attaque à l'arme chimique imputée à Damas. «Nous avons été très précis et la réponse était proportionnée, mais, en même temps, ce fut une frappe lourde», a-t-il ajouté. (IMage - vendredi 13 avril 2018) De Londres, la première ministre britannique Theresa May a affirmé qu'il n'y avait «pas d'alternative à l'usage de la force», assurant que «tous les recours diplomatiques» avaient été explorés, en vain. Depuis Paris, le président français Emmanuel Macron a martelé: «Nous ne pouvons pas tolérer la banalisation de l'emploi d'armes chimiques», a-t-il martelé. L'opération militaire conjointe aux trois alliés, soutenue a posteriori par l'OTAN, a duré une heure, à l'aube du samedi 14 avril 2018. (Image - Damas, samedi 14 avril 2018)

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Après les frappes françaises, américaines et britanniques contre l'arsenal chimique de Bachar al Assad, Paris s'efforce de reprendre l'initiative politique et de relancer la recherche d'une solution pacifique en Syrie. Depuis 24 heures, le gouvernement de Macron multiplie les déclarations allant dans ce sens et tente ainsi de se distinguer de l'allié encombrant qu'est Donald Trump.

L'ambassadeur français auprès des Nations unies, François Delattre, a annoncé samedi au Conseil de sécurité à New York que la France porterait avec ses partenaires britanniques et américains un projet de résolution «sur les volets politique, chimique et humanitaire du dossier syrien, en vue d'établir une solution durable au conflit». «La France travaillera avec tous les membres du Conseil de sécurité à cet effet», a-t-il ajouté.

Ménager la Russie

Tout a été fait avant les frappes, dans la conduite des opérations et après pour ménager la Russie, soutien de Damas et acteur clef. Moscou a fait savoir samedi soir qu'elle restait en contact avec Paris, Washington et Londres.

«Nous avons pris grand soin de ne pas conduire cette opération dans un sens qui pourrait constituer une quelconque escalade», dit Florence Parly dans les colonnes du Parisien Dimanche. «Nous ne souhaitions pas que les Russes soient pris par surprise.» «Nous sommes conscients que la résolution de la crise syrienne ne passera pas par l'utilisation des armées», ajoute la ministre. La «priorité absolue» est maintenant que tout le monde se remette autour d'une table.

La France tend la main à la Russie

«Il faut espérer maintenant que la Russie comprenne qu'après la riposte militaire sur cet arsenal syrien, nous devons joindre nos efforts pour promouvoir un processus politique en Syrie», renchérit Jean-Yves Le Drian dans Le Journal du dimanche. «Sauf que celui qui bloque ce processus aujourd'hui, c'est Bachar al Assad lui-même. A la Russie de faire pression sur lui.»

Pour le chef de la diplomatie française, la relance du processus diplomatique et politique doit commencer par une trêve «vraiment respectée» et l'achèvement du démantèlement de l'arsenal chimique d'Assad qui devra être validé par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC).

La trêve doit permettre la reprise de l'aide humanitaire, poursuit le ministre des Affaires étrangères. «Enfin, il faut revenir au processus politique défini par la résolution 2254 (du Conseil de sécurité de l'Onu), qui prévoit l'adoption d'une nouvelle Constitution et des élections libres.»

Besoin d'unité

Il souhaite aussi qu'Idleb et ses deux millions d'habitants, dont des centaines de milliers de Syriens évacués des villes rebelles reprises par le régime dans le nord du pays, ne soit pas la prochaine étape de la guerre de reconquête d'Assad, après Alep-Est fin 2016 puis la Ghouta orientale, ces derniers mois.

Daech et les autres groupes islamistes radicaux restent l'ennemi principal, n'a de cessé de marteler Jean-Yves Le Drian qui compte garder à l'oeil la situation dans le Nord-Est, libéré justement du groupe Etat islamique. Mais il faut aussi «tout faire pour éviter que la présence militaire iranienne en Syrie ne débouche sur une explosion du conflit en dehors des frontières syriennes».

Emmanuel Macron a appelé samedi un autre acteur clef de la crise syrienne, le président turc Recep Tayyip Erdogan, pour lui proposer d'intensifier la concertation entre Paris et Ankara. Il a aussi parlé à Donald Trump et à la Première ministre britannique, Theresa May, à qui il a tenu le même discours: le Conseil de sécurité des Nations unies doit reprendre l'initiative «dans l'unité».

France renforcée

Les détracteurs de l'intervention de samedi, comme le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, ou la présidente du Front national, Marine Le Pen, mettent eux en doute la capacité de Paris à jouer les médiateurs. «Nous ne sommes plus du tout dans une situation indépendante qui nous permettrait d'avoir un rôle de médiation possible», a ainsi estimé le premier.

Pour l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, les frappes de samedi renforcent au contraire la position de la France, notamment vis-à-vis de la Russie. Et «si quelqu'un peut enfin proposer une vision sur une cohabitation Europe-Russie dans la durée, c'est Macron. Pas les Etats-Unis parce que Trump est complètement emberlificoté dans ses affaires internes, ni la Grande-Bretagne», ajoute-t-il.

Pour Hubert Védrine, le sort de la Syrie est pour le moment entre les mains de la Turquie, de l'Iran et de la Syrie. Mais «peut-être la Russie trouvera-t-elle un jour embarrassant d'être coincée avec de tels alliés», estime-t-il. «Il lui sera alors plus facile de réintroduire la France dans le jeu plutôt que n'importe lequel des Occidentaux.»

(nxp/ats)