Parodie de Mahomet

15 septembre 2012 09:23; Act: 15.09.2012 13:47 Print

L'instigateur du film entendu par la policeL'instigateur du film entendu par la police

L'homme soupçonné d'être à l'origine du film «Innocence of Muslims» s'est rendu samedi matin à la police pour être interrogé sur les termes de sa liberté conditionnelle.

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Nakoula Basseley Nakoula a volontairement accepté samedi d'être conduit dans les locaux du shérif du comté de Cerritos, dans la banlieue de Los Angeles. Des agents fédéraux américains du service de l'application des peines vont l'interroger.

Les enquêteurs cherchent à déterminer si Nakoula Basseley Nakoula, 55 ans, condamné en 2010 à 21 mois de prison et cinq années de mise à l'épreuve pour fraude bancaire, a violé les conditions de sa liberté conditionnelle.

Il avait plaidé coupable d'avoir ouvert plusieurs comptes bancaires en utilisant des numéros de sécurité sociale ne correspondant pas aux noms mentionnés sur les formulaires de demande. Remis en liberté en juin 2011, Nakoula était interdit d'usage d'internet et d'utilisation de pseudonymes sans l'accord de son officier de probation.

Selon un responsable à Washington, les agents fédéraux vont tenter de déterminer si Nakoula a enfreint ces deux interdictions.

Pas en état d'arrestation

«Il va être interrogé par des agents du service de l'application des peines», a déclaré un porte-parole du shérif, précisant que l'homme n'a pas été placé en état d'arrestation. «Nous ne lui avons pas mis les menottes. Tout s'est fait volontairement».

Un activiste copte résidant en Virginie, Morris Sadek, avait affirmé dès mardi soir avoir joué un rôle dans la promotion du film, dont un clip de 13 minutes en anglais circule sur internet depuis le mois de juillet.

Sadek avait communiqué à Reuters un numéro de téléphone qui serait celui du réalisateur identifié comme Sam Bacile, un nom d'emprunt selon deux personnes liées à la production du film. Le numéro correspond à celui d'une personne partageant le domicile de Nakoula, lui aussi de confession copte, à Cerritos.

Dans une conversation téléphonique avec son évêque, Nakoula a démenti avoir un quelconque lien avec la réalisation du film.

Réalisateur de films X

Le film a été tourné en 2011 sous le titre de «Guerriers du désert» la ville de Duarte, à 45 km à l'est de Los Angeles, avec la collaboration du copte (chrétien d'Egypte) Nakoula Basseley Nakoula. Le film a apparemment été réalisé par Alan Roberts, 65 ans, un réalisateur de films pornographiques et d'action à petit budget intitulés «La jeune Lady Chatterley II» ou «Karaté Cop», par exemple, révèle le site web Gawker.

«Innocence of Muslims»

(Source: YouTube)

D'après Gawker qui a interrogé des membres de l'équipe de tournage du film «Innocence of Muslims», les acteurs affirment avoir été trompés, croyant jouer dans un film de fiction épique, et découvrant ensuite qu'un doublage avait transformé leurs répliques en propagande anti-musulmane.

Initialement, les rôles principaux attribués par Alan Roberts à ses acteurs s'appelaient George, Condalisa et Hillary, mais la version finale du script les faisaient interpréter le prophète Mahommet et d'autres personnages du Coran.

Chrétiens de droite

Le film a été ensuite promotionné par des coptes et des chrétiens évangéliques antimusulmans de droite, tel Morris Sadek, Egypto-américain, et le pasteur de Floride Terry Jones, connu pour avoir brûlé publiquement des exemplaires du Coran.

Le militant chrétien anti-musulman Steve Klein, consultant sur le film, est l'une des rares personnes qui ait reconnu publiquement sa collaboration au film, dans un entretien avec l'AFP. Mercredi, il avait nié l'implication d'Israël dans la production et assuré que l'auteur du film «Sam Bacile» -- un pseudonyme, a-t-il reconnu -- était mortifié par le décès de l'ambassadeur américain en Libye lors de l'attaque du consulat de Benghazi. «Sam Bacile», s'affirmant israélien, avait assuré être l'auteur du film mardi dans une interview au «Wall Street Journal».

Aucun regret

Nakoula Basseley a lui aussi reconnu sa collaboration en tant que producteur du film, tout en déclarant vendredi à la radio américaine en arabe Radio Sawa ne pas regretter ce tournage. «Non, je ne le regrette pas. Je suis attristé par la mort de l'ambassadeur (des Etats-Unis en Libye, NDLR) mais je ne regrette pas d'avoir fait» ce film, a-t-il dit.

Selon des documents judiciaires dont l'AFP a eu copie, il a été condamné à 21 mois de prison en 2010 pour escroquerie bancaire.

La maison de Nakoula Basseley est depuis mercredi sous surveillance policière et entourée par les journalistes. Malgré les violentes manifestations anti-américaines que son film a provoquées dans le monde entier, il bénéficie d'une protection de la Constitution et de son 1er amendement sur la liberté d'expression qui interdit les poursuites pour des propos insultants ou diffamatoires.

«Faire briller la lumière de Jésus»

L'autorisation de production du film a été délivrée au nom de Media for Christ (Médias pour le Christ), a indiqué à l'AFP un responsable de LA Films, le bureau qui fournit ces autorisations. Le président de cette association, dédiée à «faire briller la lumière de Jésus» sur le monde, est l'Egyptien de religion copte Joseph Nassralla Abdelmasih.

La vice secrétaire-générale de Duarte, Karen Herrera, a confirmé à l'AFP que Media for Christ avait son siège dans la ville mais démenti qu'un tournage y ait eu lieu avec une autorisation à ce nom. «Le seul document émis par la municipalité concernant Media for Christ est une attestation de présence à Duarte depuis 2006. Mais aucune autorisation de tournage», a-t-elle dit. «Pour tourner en extérieur, il faut y être autorisé et ils n'ont demandé aucune autorisation», a-t-elle répété.

Site et page Facebook disparus

Le site Internet et la page Facebook de l'organisation, encore consultables vendredi matin, ont disparu en milieu de journée, a constaté l'AFP.

Des policiers de Duarte ont affirmé que des «patrouilles» allaient être organisées autour des locaux de l'association, ce qu'a refusé de confirmer un porte-parole de la mairie interrogé par l'AFP.

Le film «Innocence of Muslims» («L'Innocence des musulmans»), production amateur à petit budget, a provoqué de violentes manifestations et une dizaine de morts dans le monde musulman. Il se veut une description de la vie du prophète Mahomet, et évoque notamment les thèmes de l'homosexualité et de la pédophilie.

(ats/ap/afp)

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