Pédophilie en Irlande

20 mars 2010 12:21; Act: 21.03.2010 09:39 Print

Le pape exprime sa «honte»Le pape exprime sa «honte»

Benoît XVI a reconnu la responsabilité de toute l'Eglise catholique.

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Le Pape s'est dit «disposé» à rencontrer les victimes. (photo: Keystone)

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Dans une lettre adressée samedi aux fidèles de ce pays, il a exprimé la honte et le remords de l'Eglise, tout en utilisant un ton très dur pour l'épiscopat ayant couvert ces crimes.

Le pape s'est dit «vraiment désolé» face aux souffrances des victimes et disposé à les rencontrer, comme il l'avait fait pour des victimes d'abus similaires pendant ses voyages aux Etats-Unis et en Australie en 2008. Le message pastoral de sept pages sera lu dimanche dans toutes les paroisses irlandaises.

Dans ce texte, Benoît XVI affirme que les hommes d'Eglise coupables de pédophilie devront en «répondre» non seulement «devant Dieu», mais aussi devant la justice ordinaire.

Aux évêques, accusés d'avoir couvert des centaines de cas de pédophilie commis sur plusieurs décennies par des religieux, il a reproché de «graves erreurs de jugement» et des «manquements» dans la gestion des accusations à l'encontre de prêtres.

Cette lettre n'évoque cependant pas le sort qui sera réservé aux trois évêques irlandais démissionnaires. «Ce n'est pas un document de mesures juridiques ou administratives», a expliqué le porte- parole du pape, le père Federico Lombardi.

Enquête annoncée

Le pape a aussi annoncé des «initiatives concrètes» pour affronter la situation, en annonçant notamment une «visite apostolique», c'est-à-dire une enquête, «dans plusieurs diocèses d'Irlande», ainsi que dans des séminaires et des congrégations religieuses.

Parmi les causes du scandale, Benoît XVI a dénoncé «la sécularisation rapide de la société irlandaise» et une tendance des prêtres et des autres religieux à «adopter les façons de penser (de la société civile) sans se référer suffisamment à l'Evangile».

C'est la deuxième fois au cours de son pontificat que Benoît XVI prend sa plume pour s'adresser aux fidèles. Le message précédent avait été rédigé début 2009 à la suite de la polémique suscitée par la levée de l'excommunication de quatre évêques lefebvristes, dont le négationniste Richard Williamson.

Réactions contrastées

Les premières réactions en Irlande ont été contrastées. Le chef de l'Eglise, le cardinal Sean Brady, a souhaité que ce texte soit «le commencement d'une grande saison de renaissance et d'espoir dans l'Eglise irlandaise». Mais des victimes se sont montrées critiques: le pape laisse des questions sans réponses, a déploré le responsable d'un des principaux groupes irlandais.

La lettre est «loin» de répondre aux attentes, a déclaré Maeve Lewis, directrice générale du groupe de victimes One in Four. Elle relève «l'absence d'excuses», qui est «douloureuse à l'extrême». «Les victimes espéraient une reconnaissance de la manière outrageante dont elles ont été traitées», a-t-elle déclaré.

La lettre papale a aussi suscité des réactions en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas, des pays touchés par des scandales d'actes pédophiles commis par des hommes d'Eglise.

Le chef de l'épiscopat allemand, Mgr Robert Zollitsch, considère qu'elle est «un avertissement» adressé à l'Eglise d'Allemagne. La conférence épiscopale néerlandaise juge que la lettre représente un «message important» pour les Pays-Bas.

Le cardinal-archevêque de Vienne, Christoph Schönborn, estime que le pape avait «bien perçu la déception et aussi la colère, et qu'il lui est clair qu'elle n'est pas limitée à l'Irlande.»

(ats)