Affaire Kampusch - Partie II

15 février 2012 11:11; Act: 24.02.2012 10:12 Print

Priklopil n'était pas seul, selon l'unique témoin

La seule personne ayant assisté au rapt de Natascha Kampusch a toujours affirmé avoir vu deux complices lors de l'enlèvement de la jeune Autrichienne. Sa version des faits sème le doute.

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Depuis quatorze ans, Ischtar A.*, la seule personne témoin oculaire de l’enlèvement de Natascha Kampusch, raconte avoir vu deux ravisseurs. Elle contredit ainsi diamétralement la version officielle de l’affaire, malgré la pression des enquêteurs.

La vie d’Ischtar A., alors âgée de 12 ans, a été fondamentalement bouleversée le 2 mars 1998. Ce jour-là, elle se rendait à l’école à Vienne, lorsque, sous ses yeux, une jeune fille a été enlevée dans une camionnette blanche. Ischtar A. a immédiatement rapporté l’incident à ses amies, à sa maîtresse d’école et à sa mère. Dès le lendemain, son témoignage a été recueilli par la police.

Deux ravisseurs

Depuis, Ischtar A. raconte toujours la même histoire: sur le chemin de l’école, elle a vu une grosse voiture blanche avec des vitres teintées, qui était garée du côté où se dirigeait l’autre fille. Dans le procès-verbal, elle raconte: «Sur le siège du conducteur, il y avait un homme assis que je ne pouvais pas voir, car il était tourné vers la gauche.» Alors que Natascha Kampusch atteignait l’arrière du véhicule blanc, la porte s’est ouverte soudainement: «J’ai seulement pu voir deux bras l’entraîner par-derrière dans le véhicule.»

Selon Ischtar A., l’homme qui a capturé Natascha Kampusch était âgé d’environ 30 ans et avait des cheveux noirs courts. Dans de nombreuses interviews, Ischtar A. a répété ce qu’elle avait dit depuis le début: elle est certaine qu’il y avait deux ravisseurs, dont l’homme assis sur le siège du conducteur de la camionnette.

Après l’évasion de Natascha Kampusch, le 23 août 2006, Ischtar A. a pu identifier, à partir de photos, Wolfgang Priklopil comme étant l’homme qui avait capturé la jeune fille. Lorsqu’on lui a dit que Natascha Kampusch avait prétendu avoir été enlevée par une seule personne, Ischtar A. a répondu: «Même si c’est ce qu’elle dit, je suis certaine d’avoir vu deux personnes dans la camionnette.»

Ischtar A. a clairement identifié Priklopil et donné une description détaillée de la deuxième personne. De plus, elle a «formellement exclu que Priklopil était seul dans la camionnette».

Confrontation avec Kampusch

Malgré la cohérence de ses propos, Ischtar A. a été interrogée sans relâche. Le 3 décembre 2009, une confrontation entre Natascha Kampusch et Ischtar A. a été organisée. Selon un compte-rendu officiel datant de janvier 2010, Ischtar A. a reconnu, lors de ce face-à-face, qu’elle pouvait avoir commis une erreur en évoquant deux kidnappeurs.

Le 29 juillet 2011, Ischtar A. est convoquée par le Tribunal d’Innsbruck en tant que témoin dans le cadre d’une procédure ouverte contre cinq magistrats en lien avec l'affaire Kampusch. C'est à cette occasion qu'elle lâche une bombe. Selon son témoignage, Ischtar A. affirme n'avoir jamais changé de version lors de sa rencontre avec Natascha Kampusch et a toujours parlé de deux kidnappeurs. De plus, elle a affirmé devant le tribunal que les policiers lui avaient dit de ne jamais mentionner deux ravisseurs et que cela serait néfaste à l'enquête.

Doutes exprimés

Johan Rzeszut, ancien président de la Cour suprême de Vienne, a décrit la confrontation de 2009 entre les deux jeunes femmes comme étant une «farce» et parle d’influence extrêmement suggestive et anormale sur Ischtar A.

Pour le magistrat, plusieurs zones d'ombre subsistent: «Dès le départ, dans l’affaire Kampusch, des pistes n'ont pas été suivies et des informations fournies par le principal témoin ont été ignorées de manière injustifiable». Le député Werner Amon, président de la commission parlementaire qui réexamine actuellement l’affaire Kampusch, se demande également, dans un entretien accordé à 20 Minuten online, si on n’a pas «donné plus de poids aux déclarations de Natascha Kampusch qu’à celles d’Ischtar A.»

De son côté, Johann Rzeszut écrit en juillet 2009: «L’une des deux femmes ne dit pas la vérité. En tant que témoin oculaire, Ischtar A. n’a pas de motif valable pour faire une telle chose, tandis que la victime pourrait avoir plusieurs raisons plausibles pour le faire, comme couvrir un complice éventuel.»

Zones d'ombre

La théorie du ravisseur solitaire n'explique pas, comme Kampusch l’a raconté dans sa biographie, comment Priklopil avait raconté durant le voyage en camionnette qu’elle serait bientôt transférée vers «l’autre». Elle n’explique pas non plus pourquoi, questionnée sur des complices éventuels, Natascha Kampusch a déclaré en août 2006 qu’elle ne connaissait pas «les noms», sous-entendant ainsi qu’il y aurait plusieurs ravisseurs.

Sollicitée, Natascha Kampusch ne veut pas commenter l’affaire. Wolfgang Brunner, qui coordonne ses activités médiatiques, a écrit à 20 Minuten online: «Mme Kampusch ne donnera pas d’interview. Elle s’est déjà exprimée sur les circonstances de son enlèvement des centaines de fois dans les médias, tout comme dans sa biographie.»

*Nom connu de la rédaction

(kle/feb/mgi/jou)