France

05 juin 2018 21:57; Act: 06.06.2018 11:16 Print

Ramadan échappe à une 3e inculpation pour viols

A l'issue de son audition mardi par les juges d'instruction, l'islamologue suisse a reconnu une relation avec la 3e plaignante.

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Incarcéré dans une affaire de viols sur deux femmes, l'islamologue suisse Tariq Ramadan a, pour la première fois, reconnu des relations sexuelles «consenties» avec sa troisième accusatrice, lors de son interrogatoire mardi devant les juges qui ont décidé de ne pas le mettre en examen dans ce volet.

«Les magistrats ont considéré, à la suite des explications de M. Ramadan et des documents qui ont pu être fournis, qu'il n'y avait pas lieu de mettre en examen M. Ramadan concernant Mounia», a déclaré l'avocat de l'intellectuel devant la presse à l'issue de l'audition, débutée en milieu de matinée et achevée vers 21H00 au tribunal de Paris. «C'est un tournant dans cette affaire», s'est félicité Me Emmanuel Marsigny, dont le client reste mis en examen pour deux viols.

Devant les juges, Tariq Ramadan a maintenu qu'il n'avait jamais eu le moindre rapport sexuel avec les deux premières plaignantes. Tariq Ramadan, 55 ans, a été écroué le 2 février. Il est actuellement détenu à l'hôpital pénitentiaire de Fresnes, dans la banlieue parisienne, en raison de sa sclérose en plaques. Il a déjà été mis en examen (inculpé) pour deux viols, dont l'un sur personne vulnérable, qu'il nie catégoriquement avoir commis.

Robe tachée contre vidéos

L'enquête, démarrée en octobre, reposait initialement sur les accusations d'anciennes admiratrices du prédicateur --la militante laïque et ancienne salafiste Henda Ayari, et une femme connue sous le pseudonyme de «Christelle»-- qui ont décrit des rapports sexuels forcés d'une grande violence.

Depuis mars, une troisième plaignante, Mounia Rabbouj, l'accuse également des mêmes faits et le parquet de Paris avait requis une nouvelle mise en examen. Cette ancienne escort-girl, protagoniste du procès pour proxénétisme de l'hôtel Carlton aux côtés de l'ancien directeur du FMI, le Français Dominique Strauss-Kahn, affirme avoir été violée à neuf reprises en France, à Londres et à Bruxelles, de 2013 à 2014.

Pour prouver la relation sexuelle avec Tariq Ramadan, elle a versé au dossier une robe noire tachée de sperme et les résultats des tests ADN sont attendus prochainement. A l'inverse, la défense affirme avoir déposé lundi «plus de 300 vidéos et plus de 1000 photos» témoignant d'une relation consentie entre l'intellectuel et cette femme, dans l'espoir de convaincre les juges de renoncer à cette mise en examen.

Effritement des soutiens

En reconnaissant cette relation adultère, éloignée des enseignements qui ont fait sa célébrité, Tariq Ramadan a terni un peu plus son image auprès de ses soutiens, lui qui fut une des rares figures médiatique et populaire de l'islam en Europe. Mais, sur le plan judiciaire, il a obtenu un répit, dont Me Marsigny entend profiter pour déposer une nouvelle demande de remise en liberté de son client, qui avait été refusée une première fois en mai.

Au gré des révélations sur sa vie personnelle dans cette affaire, ses soutiens se sont peu à peu effrités, même si sa famille monte régulièrement au créneau pour continuer à le défendre. «Mon soutien à mon père n'est ni aveugle, ni naïf. J'ai vécu pendant une trentaine d'années avec lui et les contradictions des plaignantes me confortent dans ma conviction», a ainsi affirmé sa fille Maryam Ramadan dans un entretien au quotidien Libération publié mardi.

Dans sa plainte, Henda Ayari avait situé les faits à Paris fin mars ou début avril 2012, mais elle a récemment affirmé devant les juges que le viol a en réalité eu lieu le 26 mai. Concernant «Christelle», Tariq Ramadan a déclaré l'avoir vue 20-30 minutes dans le hall de son hôtel à Lyon (est) le 10 octobre 2009, alors qu'elle dénonce des faits commis la veille. Elle affirme que l'intellectuel est parti donner une conférence après l'avoir violée, la laissant «prostrée». Elle avait pris la fuite le lendemain matin. Contestant cette version, la défense a versé au dossier une photo de cette conférence où elle croit reconnaître la jeune femme au quatrième rang.

«Jeu de séduction»

L'avocat de «Christelle», Me Eric Morain, a jugé «absurde» cette allégation de la défense, faisant valoir que sa cliente «n'a pas la même couleur de peau que la personne désignée, qui n'a pas non plus de voile, alors que ma cliente le portait à l'époque à la demande de Tariq Ramadan.»

En garde à vue, l'islamologue a reconnu avoir rencontré Henda Ayari et «Christelle» en public, une seule fois chacune, mais a nié tout rapport sexuel. Confronté à «Christelle», il a admis un «jeu de séduction» dans leurs échanges électroniques. En Suisse, une quatrième femme a porté plainte et son témoignage doit encore être versé au dossier français.

(nxp/afp)