Paraguay

20 avril 2013 12:46; Act: 20.04.2013 15:51 Print

Un pays submergé par les trafics de drogue

Les transits de cocaïne et la production de cannabis sèment le trouble. Entre 5 et 25 personnes seraient assassinées chaque mois, lors de règlements de comptes.

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Les membres de l'agence nationale anti-drogues ont improvisé un feu de camps avec de la marijuana. (Photo: AFP)

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Le Paraguay, deuxième producteur mondial de cannabis qui élit dimanche un nouveau président, est submergé par le trafic de drogue et des tonnes de cocaïne des Andes transitent par ce pays avant de gagner le Brésil, puis l'Europe, provoquant rivalités mafieuses et exécutions. Des avions venus de Bolivie ou de Colombie se posent sur les nombreuses pistes d'atterrissage des grandes haciendas d'un Etat dépourvu de surveillance aérienne ou larguent leur cargaison. La drogue est ensuite acheminée au Brésil par camion, voiture voire bicyclette.

D'après le journaliste paraguayen et expert en trafic de drogue Candido Figueredo, de 5 à 25 personnes sont assassinées chaque mois lors de règlements de comptes à la ville-frontière de Pedro Juan Caballero, principale plaque tournante du négoce.

Si on franchit l'avenue Doctor Francia de Pedro Juan Caballero, c'est Ponta Pora, la ville jumelle brésilienne, qui s'étend de l'autre côté d'une frontière invisible, sans poste d'immigration. A Pedro Juan Caballero, ville de 80'000 habitants, à six heures de route au nord-est d'Asuncion, c'est le parrain paraguayo-brésilien Fahd Yamil qui fait à nouveau la loi après un séjour en prison au Brésil. Il a récemment reconnu avoir vendu des terres à Horacio Cartes, un des deux favoris de la présidentielle de dimanche. Il a su s'allier avec le Premier Comando Capital (PCC), la mafia de Sao Paulo. Le Comando Vermelho (CV), la principale mafia de Rio de Janeiro dirigée par Fernandinho Beira Mar, est aussi présente le long des 400 km de frontière avec le Brésil.

«C'est une zone très dangereuse»

La zone est privilégiée car la frontière est perméable et facilement franchissable alors que de larges fleuves s'érigent habituellement en frontière dans cet Etat de la taille de l'Allemagne. Les règlements de compte opposent aussi bien les mafias brésiliennes que les groupes narcos paraguayens.

«C'est une zone très dangereuse et ça va s'aggraver si des mesures ne sont pas prises», prédit le sénateur du Parti libéral Robert Acevedo qui redoute une «mexicanisation» de la violence, citant les macabres découvertes de corps décapités, brûlés vifs, comme le font les narcos mexicains.

Francisco de Vargas, le patron de l'agence antidrogue du Paraguay, la Senad, minimise le niveau de violence et met en avant les saisies de près de 4 tonnes de drogues depuis juin 2012. «Nous souffrons du facteur Bolivie, il y a une culture ancestrale de la coca là-bas, ils sont très laxistes», accuse-t-il. Il reconnaît cependant que la faible présence de l'Etat à travers le pays facilite le travail des trafiquants étrangers et producteurs paraguayens. Des rapports des services de renseignement établissent que l'argent de la drogue finance des campagnes électorales, admet-il.

Des moyens faibles

Pour lutter contre ce fléau, la Senad ne dispose que de faibles moyens de dissuasion, avec seulement 250 agents sur le terrain. Dans son bureau de la périphérie de Pedro Juan Canallero, le chef de la zone N°1 de l'agence scrute l'écran de son ordinateur et identifie avec Google Map des cercles vert clair au coeur de zones forestières.

Une heure plus tard, descendu de son pick-up, il se fraie un chemin dans une jungle de sous-bois avant d'arriver à une succession de clairières aménagées par les cultivateurs de cannabis. Des pieds de 1 à 3 mètres de haut sont prêts à être récoltés. Les agents antidrogue coupent les plantes à la machette et brûlent la saisie.

Le pays compte 10 à 15'000 hectares de cultures de cannabis avec un coût de production modique de 30 dollars par kilo et un rendement à l'hectare de 3 tonnes, en deux voire trois récoltes annuelles, tant la terre du Paraguay est fertile, selon l'agence antidrogue.

«Nous avons le meilleur cannabis du monde»

Rio de Janeiro et Sao Paulo reçoivent 80% du cannabis produit au Paraguay et la cocaïne de Bolivie et de Colombie qui transite par le Paraguay, historiquement réputé pour les trafics en tous genres, armes, cigarettes, voitures etc.

«Nous avons le meilleur cannabis du monde», ironise Candide Figueredo, correspondant à Pedro Juan Caballero du quotidien ABC. Menacé par des narcotrafiquants, il est protégé en permanence par quatre policiers armés de fusils-mitrailleurs israéliens Famae. Le mois dernier, le directeur d'une radio de la ville, également propriétaire d'une discothèque, a été abattu par deux motards.

(afp)