Allemagne

10 janvier 2018 15:17; Act: 11.01.2018 09:59 Print

Une église rasée pour agrandir une mine

La destruction de l'édifice symbolique va permettre à une exploitation de charbon d'augmenter sa production.

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Une église de l'ouest de l'Allemagne a été rasée en début de semaine pour laisser place à l'agrandissement d'une gigantesque mine de charbon, rapportent plusieurs médias allemands. Cette décision avait été vivement contestée par les habitants et militants écologistes.

La destruction de l'église d'Immerath, édifice si symbolique dans cette région rurale coincée entre Ruhr et Pays-Bas que les fidèles l'avaient rebaptisée «cathédrale», est la dernière étape du déménagement de milliers de personnes pour laisser place à une immense mine à ciel ouvert.

«Qui détruit la culture détruit aussi les êtres humains», avaient clamé en vain des militants de Greenpeace sur une banderole, lundi matin, avant que les excavatrices ne démolissent pendant deux jours les deux clochers puis la nef, face à d'anciens habitants massés sur le parvis.

L'objectif est de permettre à l'énergéticien allemand RWE, propriétaire du plus gros parc de centrales à charbon d'Europe, d'extraire plus de lignite de l'énorme site voisin de Garzweiler: ce charbon brun, polluant mais très bon marché, a pour particularité d'exiger d'immenses surfaces d'extraction puisqu'on ne le trouve pas en profondeur.

Village-fantôme

Immerath est devenu un village-fantôme en 2013, lorsque ses 900 habitants ont été transférés dans un nouveau site sorti de terre dans la même commune d'Erkelenz, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dans le cadre d'un vaste plan de déplacement concernant au total 7600 habitants de la région.

Les villageois ont retrouvé dans leur nouveau village, Immerath-Neu, leur école, le jardin d'enfants et même leurs morts, puisque le cimetière a été déménagé. En revanche, leur église a été «déconsacrée» après un ultime office fin 2013. Elle était promise à la destruction, malgré une bataille juridique remontée jusqu'à la Cour constitutionnelle.

Sortie du nucléaire

En Allemagne, les déplacements de populations liés aux mines de charbon concernent aussi la Lusace, région de l'Est proche de la Pologne, où des villages entiers ont été rayés de la carte. En 2007, une église vieille de 750 ans avait été déménagée de 12 km entre Heuersdorf et Borna, sur deux plateformes roulantes et pour trois millions d'euros, pour éviter de la détruire.

L'exploitation du charbon, qui représente encore 40% de l'électricité consommée en Allemagne, reste perçue comme incontournable en plein «virage énergétique» décidé en 2011, dans la foulée de Fukushima, et marqué par l'abandon du nucléaire d'ici à 2022.

Il compromet en revanche les chances de voir le pays atteindre ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre, au point que les appels se sont multipliés ces derniers mois pour planifier la sortie du charbon, faisant de ce sujet un point-clé des tractations pour former un gouvernement.

(nxp/ats)