Presse

13 août 2013 16:51; Act: 14.08.2013 07:50 Print

Un journaliste du «Matin» perquisitionné

Ludovic Rocchi a été l'objet d'une perquisition tôt mardi matin à la suite d'une plainte du directeur de l'institut de l'entreprise de la faculté des sciences économiques de l'Université de Neuchâtel.

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Ludovic Rocchi (gauche) avait reçu le prix Dumur en 2010 (Photo: Keystone)

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Le quotidien et les éditeurs romands ainsi que le syndicat des journalistes dénoncent une «grave entrave à la liberté de la presse».

Accusé notamment de plagiat et de mobbing dans une série d'articles signés Ludovic Rocchi, le professeur à l'Université de Neuchâtel a déposé plainte fin juillet contre le journaliste pour diffamation, calomnie et violation du secret de fonction. C'est dans ce contexte que la perquisition a été ordonnée afin de mettre la main sur des données nécessaires à l'enquête.

Le procureur neuchâtelois Nicolas Aubert a confirmé à l'ats l'information rendue publique mardi par «Le Matin». Du matériel informatique et des notes appartenant non seulement au journaliste mais également à son épouse, qui était seule présente au moment de la perquisition, ont été saisis au domicile de M. Rocchi. La visite de l'appartement a été menée par le procureur, accompagné par quatre inspecteurs et un expert informatique.

La justice neuchâteloise a fait ensuite appel, dans la matinée, à son homologue tessinoise pour saisir l'ordinateur professionnel de Ludovic Rocchi, en reportage au festival du film de Locarno. Le procureur confirme les faits tels qu'ils sont rapportés par «Le Matin».

Une question de proportionnalité

Selon lui, les moyens utilisés sont tout à fait proportionnés. Pour «Le Matin», qui se dit choqué par la façon de procéder de la justice neuchâteloise, l'action de cette dernière «semble démontrer qu'elle est prête à tout pour mettre la main sur les sources de notre enquêteur, quitte à déployer des moyens disproportionnés, comme l'intrusion au domicile privé de notre collègue et l'interrogatoire de son épouse».

«Je ne comprends pas pourquoi la justice n'a pas suivi le cours habituel qui prévaut dans ce genre d'affaire», déclare Sandra Jean, rédactrice en chef du quotidien romand, citée dans un communiqué du média romand. «Comment se fait-il qu'un journaliste et sa famille se retrouvent pareillement traités? Ludovic Rocchi a enquêté avec sérieux et preuves à l'appui.»

Soutien syndical

Se référant à «plusieurs experts en droit des médias suisses», «Le Matin» affirme qu'«une perquisition au domicile privé d'un journaliste est exceptionnelle et même une première pour la Suisse.» Le syndicat des journalistes impressum dénonce lui aussi «ces procédés disproportionnés qui constituent une violation de la protection des sources des journalistes, ainsi qu'une violation crasse de la liberté de presse».

Pierre angulaire de la liberté des médias, comme l'a rappelé la Cour européenne des droits de l'homme, le secret rédactionnel ne saurait être mis à mal, en particulier dans une affaire où la prétendue infraction n'est pas une infraction grave, renchérit l'avocat d'impressum en Suisse romande, Me Alexandre Curchod. Cité dans le communiqué du syndicat, ce dernier est chargé de cours en droit des médias à l'université.

Editeurs solidaires

Médias suisses, la faîtière des éditeurs romands, juge l'affaire grave au point qu'il faut prendre au sérieux la menace qu'elle fait peser sur la liberté de la presse. Son secrétaire général Daniel Hammer se montre surtout étonné et inquiet par le manque de proportionnalité de la justice.

D'après lui, un tel mode d'intervention serait justifié en cas d'infraction grave. La loi précise une liste de 21 crimes et délits pour lesquels les journalistes peuvent être obligés de livrer leurs sources, du meurtre au viol en passant par le blanchiment d'argent.

Présomption d'innocence violée

A la suite de la parution des articles du Ludovic Rocchi au printemps dernier, le Conseil d'Etat neuchâtelois a décidé de l'ouverture d'enquêtes administratives, notamment pour soupçon de plagiat au sein de la Faculté des sciences économiques de l'Université de Neuchâtel. Cette décision s'appuie sur les conclusions d'un rapport d'enquête préliminaire de l'université.

Ce document est l'oeuvre d'un collège d'experts chargés par le Conseil de l'Université d'enquêter sur des accusations de dysfonctionnements, notamment des soupçons de «mobbing» et de plagiat. Le Conseil d'Etat constatait cependant alors que «la présentation des faits exposés dans un média («Le Matin») viole la présomption d'innocence dont est au bénéfice le professeur mis en cause».

(ats)