«Escroquerie à la Madoff»

13 janvier 2011 15:52; Act: 13.01.2011 17:22 Print

«Vigousse» et «Le Matin» remis à l'ordre

«Le Matin» et «Vigousse» se font remettre à l'ordre pour une série d'articles sur une«escroquerie à la Madoff». Ils auraient dû contacter le principal accusé pour qu'il donne son point de vue.

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Le Conseil de la presse estime que «Vigousse» et «Le Matin» auraient dû auditionner l'accusé, quelle que soit la prise de position attendue.

Une faute?

L'hebdomadaire satirique «Vigousse» et «Le Matin» se font taper sur les doigts par le Conseil suisse de la presse pour une série d'articles sur une «escroquerie à la Madoff» en Valais remontant au printemps 2010.

Le gardien de l'éthique journalistique a partiellement admis une plainte de l'un des accusés. Les deux journaux auraient dû le contacter pour lui permettre de donner sa version. Le quotidien orange se voit aussi reprocher d'avoir colporté une rumeur sans en vérifier la véracité concernant des accointances présumées de l'accusé avec la scientologie.

Le 14 mai 2010, «Vigousse» avait publié un article intitulé «Des escrocs bien plantés!» consacré à une arnaque pyramidale en mains de la justice valaisanne. Les deux auteurs présumés des faits, désignés par les initiales «G.M» et «P.D», étaient accusés d'escroquerie et avaient passé neuf mois en prison préventive. «Vigousse» évoquait «une bonne septantaine de floués» dans cette affaire et «une bonne vingtaine de millions» de francs évanouis dans la nature. Les protagonistes étaient qualifiés notamment d'«escrocs», «margoulins», «aigrefins»,...

«Le Matin» avait ensuite publié deux articles précisant le passé des intéressés, les modalités de l'affaire et les chiffres. L'article mentionnait une société principale basée à Sion et qualifiait «G.M» de «Madoff sédunois» ayant «la soixantaine bien sonnée». Dans un deuxième article, «Le Matin» ajoutait que «G.M» aurait «flirté avec la scientologie».

Avant de publier des reproches graves

Dans un arrêt publié jeudi, le Conseil de la presse estime que les deux publications auraient dû auditionner le principal protagoniste. «Avant de publier des reproches graves, les journalistes sont obligés de contacter la personne concernée quelle que soit la prise de position attendue», souligne le Conseil de la presse. Ce dernier rejette l'argument de «Vigousse» selon lequel il était superflu d'entendre les personnes concernées, car elles n'auraient fait que nier les faits. Il fallait auditionner l'escroc présumé ou alors préciser les pièces judiciaires utilisées comme sources.

«Le Matin» est aussi rappelé à l'ordre pour avoir relayé une rumeur d'un contact de «G.M» avec la scientologie. Le journaliste aurait dû vérifier plutôt que d'écrire simplement «on murmure que...».

«Aigrefins», pas répréhensible

Le gardien de la déontologie journalistique n'a en revanche pas retenu le reproche d'utilisation de méthodes déloyales et de violation de la vie privée. Le plaignant prétend à tort que les initiales et autres désignations permettaient facilement de le reconnaître. Les journaux n'ont pas non plus violé le devoir de recherche de la vérité. Les articles se basent en grande partie sur des pièces judiciaires et des sources souvent nommément citées.

La présomption d'innocence a aussi été respectée. L'utilisation par «Vigousse» de termes forts comme «grigous», «margoulins», «escrocs» ou «aigrefins» avant le jugement n'est pas répréhensible, même si la chose n'est pas encore jugée. C'est d'autant plus vrai pour une publication satirique comme «Vigousse»: les lecteurs connaissent le ton de la publication et sont capables de faire la part des choses.

(ap)