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Prof violent à Neuchâtel
06 février 2012 09:29; Act: 06.02.2012 19:31 Print
Des élèves demandent «justice»
par David Maccabez - Des écoliers du centre des Deux-Thielles, au Landeron (NE), se sont rassemblés tôt lundi matin pour soutenir le professeur accusé d'avoir brutalisé trois des leurs.
Ils étaient une centaine à braver le froid glacial lundi matin devant le Centre des Deux-Thielles au Landeron (NE). Les élèves soutenaient l'enseignant accusé d'avoir brutalisé trois autres élèves de cette école. Pour eux, c'est à ces trois jeunes, connus pour être difficiles, qu'incombe la responsabilité de cette affaire.
«J'ai été poussé à bout»Dans une interview accordée au quotidien «L'Express/L'Impartial», l'enseignant incriminé sort de son silence et se défend. Maître d'arts martiaux par ailleurs, celui-ci assure savoir se maîtriser et n'avoir jamais frappé d'élève. Il reconnaît toutefois les avoir saisis par le col, heurtant de manière involontaire le menton de l'un d'eux. «Non, je n'ai pas 'pété les plombs' comme on dit. C'était davantage un réflexe à l'insulte subie. Quand je suis arrivé en classe, j'ai entendu: 'Merde, il est là.' Puis ils m'ont traité de 'con' dans mon dos. Ces gosses sont connus pour être difficiles. Ils se foutent de la gueule des profs à longueur de journée. Ils m'ont poussé à bout», confie-t-il.
Il avoue cependant que ce jour-là, il n'aurait pas dû aller travailler: «Je sentais que j'étais fatigué. Cela fait plusieurs mois que je souffre de la pénibilité de mon travail. On me disait depuis un moment: 'Tu es surmené, il faut faire attention'. Je n'étais plus concis, c'était difficile d'enseigner. Actuellement, je suis en congé maladie pour surmenage.»
Tous s'accordent à dire que ce professeur est génial, drôle et sympathique et ne l'imaginent pas avoir pu s'en prendre physiquement à un élève. «C'est le meilleur prof que j'ai jamais eu», lance une jeune fille. «Il a toujours été calme et gentil. Il nous a appris beaucoup de choses, notamment à vivre en communauté», explique une autre.
Matteo, ancien élève de l'enseignant concerné, confie que grâce à lui, il a pu passer dans une section supérieure. «Il m'a beaucoup aidé. Il pouvait parfois être sévère, mais c'était toujours juste. Il savait aussi être cool et nous faire rigoler.»
Pour eux, l'affaire est entendue: les trois accusateurs sont des menteurs.
Une belle mobilisation
Shadya, 15 ans, une des organisatrices de la manifestation, s'est félicitée de voir autant de monde. «Ça fait vraiment plaisir! Ce prof est victime d'une injustice et on ne peut pas laisser passer ça.»
Un enseignant confie être heureux de voir ces jeunes s'investir pour cette cause. Sans porter de jugement sur les trois élèves, il explique que cela aurait pu arriver à n'importe lequel de ses collègues. Pour lui, leur cas a été mal géré dès la primaire et il est temps de mettre en place des mesures qui empêchent d'en arriver à des situations comme celles-ci.
Quelques parents, qui assistaient en retrait à la scène, ont confirmé les dires de tous. Un homme sympathique, un bon enseignant, capable de se contrôler. Personne ne croit qu'il ait pu être violent.
Tous à Neuch'!
Après quelques minutes devant le collège, la centaine d'élèves a pris la direction de la gare. Puis, surveillés par quelques policiers, ils sont montés dans le train pour le château de Neuchâtel. Ils souhaitent faire entendre leurs griefs à Philippe Gnaegi, chef du Département de l'éducation, de la culture et des sports (DECS).
Celui-ci étant absent, ils ont été reçus par Thierry Christ, secrétaire général adjoint du DECS. S'adressant à la foule massée à l'entrée du Château, M. Christ leur a fait part de son admiration. «Je me réjouis de voir autant de jeunes gens mobilisés autour d'un professeur. Cela doit lui faire plaisir et beaucoup de bien de se savoir soutenu.» Il a ensuite rappelé que c'est la direction du Centre des Deux-Thielles qui décidera de sanctions ou non. L'Etat intervenant ensuite comme organe de recours.
Il a également relevé que ce type d'événement «leur apprend à devenir des citoyens» et qu'il faut «s'en réjouir».
Joint par téléphone, Philippe Gnaegi corrobore les déclarations de son secrétaire. Il souligne le comportement correct et le pacifisme des jeunes manifestants. Il relève aussi la réactivité de la police, prévenue au dernier moment.
Direction muette
Présente lundi matin, la direction du collège landeronnais n'a pas souhaité s'exprimer. Elle s'en tient au communiqué de presse diffusé vendredi dans lequel elle assure avoir été mise au courant des relations conflictuelles entre les trois élèves et leur professeur: «Des rencontres ont eu lieu avec l’enseignant afin de l’aider dans sa tâche ainsi qu'avec des parents afin de trouver des solutions adaptées.»
Seulement, l'enseignant avait formellement demandé leur mutation dans une autre classe. La direction n'a pas accédé à cette demande: «Le déplacement dans une autre classe ou dans un autre Centre n’aurait été que le report du problème et pas, a priori, la solution (...) Dans les cas extrêmes, il ne reste qu’une option, difficilement admissible pour une direction: l'exclusion de l’élève, dès lors livré à lui-même.»
Dans le communiqué, éa direction finit par assurer qu'elle tient les choses en main: «Suite aux événements du mardi 31 janvier, la direction a été occupée à calmer les esprits, à clarifier la situation et à rendre des comptes aux autorités dont elle dépend. Plusieurs rencontres avec les parents des élèves concernés ont eu lieu, de même que deux réunions avec l’enseignant qui, depuis, est en arrêt maladie sans qu'aucune suspension n'ait été prononcée contre lui. Des interventions ont été faites auprès de la classe afin d’écouter et de rassurer les élèves. Un remplacement d’urgence a été mis en place avec un accompagnement particulier pour le maître engagé.»
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