Valais

07 novembre 2017 16:56; Act: 07.11.2017 17:58 Print

Les experts jugent le tueur de Daillon irresponsable

par Christian Humbert - L'enquête sur le massacre dans le hameau valaisan s'est close mardi. Les experts psychiatriques soutiennent un internement. Une partie civile veut un procès public.

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08.06.16 La procureure valaisanne propose un procès allégé pour le prévenu. Cette idée ne ravit pas certains avocats des plaignants, alors que d'autres sont ouverts à cette initiative. 31.08.15 Une seconde expertise psy affirme que le tueur n'est pas incurable. Les spécialistes estiment qu'avec un traitement et une abstinence à l'alcool et à la drogue, l'homme pourrait être soigné. 06.01.13 Le forcené de Daillon, qui a tué trois femmes mercredi soir 02.01.2013 dans la bourgade valaisanne, était suivi par un tuteur professionnel qui n'a, semble-t-il, pas perçu le degré de dangerosité du tireur. 05.01 Une habitante du village meurtri par une fusillade, survenue mercredi 2 janvier, a lancé sur Facebook un appel pour effectuer, samedi soir, une marche en hommage aux victimes du tireur. 05.01 Le père de famille grièvement blessé mercredi dans la fusillade de Daillon (VS) n'est plus en danger de mort mais il va rester aux soins intensifs à l'Hôpital du Valais. Ici des enquêteurs inspectent le domicile du forcené. 04.01 La police française de Haute-Savoie, qui enquête sur la tuerie de Chevaline, près d'Annecy, veut interroger l'auteur de la tuerie de Daillon, dans le canton du Valais, survenue mercredi soir. Le drame s'est déroulé vers 21h mercredi soir dans le village de Daillon (VS) Depuis mercredi soir, la scène de crime a été entièrement bouclée par la police. Les forces de l'ordre ont neutralisé l'auteur présumé de la tuerie. La police a bouclé le secteur. Durant l'intervention, le tireur présumé a menacé la police, qui a fait feu, le blessant avant de le maîtriser. Les trois personnes décédées étaient des femmes. Les motivations du forcené et les circonstances exactes du drame sont encore inconnues. Le tireur présumé était passé à la Channe-d'Or plus tôt dans la soirée, selon la propriétaire de l'établissement. La police a tenu une conférence de presse jeudi matin. Au moins, deux armes ont été utilisées, un mousqueton et un fusil de chasse. Le tireur présumé avait été placé en milieu psychiatrique en 2005. Le tueur avait un lien de parenté avec plusieurs victimes, selon la procureure. Le procureur général du Valais, Jean-Pierre Gross (à g.), et le chef de la police par intérim, Robert Steiner, lors de la conférence de presse. Le porte-parole de la police valaisanne, Jean-Marie Bornet (debout), et le chef de la police, Robert Steiner. Le mobile du tueur est pour l'instant inconnu. Les experts de la police scientifique ont été dépêchés à Daillon. Une enquête a également été ouverte sur l'intervention policière, une procédure normale dans les cas où les forces de l'ordre font usage de leurs armes.

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Florian, 38 ans, est un assassin aux yeux de la procureure valaisanne Catherine Seppey. Mais il est irresponsable et doit être interné, selon les deux experts psychiatriques.

Après quatre ans d'enquête, la magistrate vient d'annoncer la fin des investigations sur le massacre de Daillon (VS). Dans la soirée du 2 janvier 2013, un célibataire ivre avait abattu trois femmes et blessé deux hommes.

Dessinateur en génie civil devenu rentier AI, le trentenaire avait été très touché par le décès accidentel de son amie. Il était devenu accro au cannabis et à l'alcool. Cet anxieux et maniaco-dépressif a fait un burn-out en 2003. Il avait été exclu de l'armée où il était capitaine.

Plusieurs litres de bières

Florian vit comme un marginal. Il passe ses journées entre ordinateur, balades, télévision et méditation. Son obsession était de rétablir la vérité concernant ses parents. Il est en effet persuadé d'être un enfant volé à ses vrais géniteurs.

Le jour de la tuerie, il se lève à 6h du matin, «en pleine forme, tip top, capitaine d'infanterie», relève le rapport de la magistrate lu par «20 minutes».

De 10h à 16h30, il consomme quatre litres de bière dans le bar d'un village voisin. Il est conduit à Daillon où il poursuit sa tournée dans deux cafés locaux jusqu'à 20h30.

Accès de colère

En remontant un chemin pour se rendre chez lui, il se sent «oppressé et en état de détresse psychologique». Il se croit surveillé par son «faux oncle». Il saisit un fusil de chasse et des cartouches.

Dans un premier accès de colère, il lance un pot de fleurs et des décorations de Noël contre la façade du domicile d'un couple. Le chef de famille, qui a ouvert la fenêtre pour savoir ce qui se passait s'est fait immédiatement tirer dessus à deux reprises. Blessé, il se réfugie dans la chambre à coucher avec sa compagne.

Florian, de son aveu, craque. Il a tiré «contre des séquestrateurs et des séquestratrices». Selon ses dires, il n'en pouvait plus «de cette famille de merde. C'était de l'esclavagisme».

Secours avisés

Dérangée par le bruit, une femme a quitté son domicile. Elle est visée par Florian. Il a tiré deux coups dans sa direction avant de la frapper à coups de crosse. Elle ne survivra pas à ses blessures.

Marc sort à son tour et se porte au chevet de Chantal. Il avise les secours, car une «femme est en train de mourir dans mes bras». Il est aussi atteint par un projectile, tout comme sa femme Emilie qui l'a suivi.

Les cris retentissent dans le village. Stéphanie et sa maman sont sorties. La maman est ajustée par le tireur.

Florian n'en a pas terminé. Il veut en finir avec Eddy et Solange. Il tire dans la rue et même une nouvelle fois sur le corps d'Emilie, à plat ventre sur le sol.

Bilan lourd

Florian hurle: «Eddy, voleur d'enfants, sors de ta putain de maison. Il y a trois morts, je vais tous vous tirer. Demande moi pardon.» Il s'adresse à un autre habitant de la maison, Louis: «Tu sors, je te tue.»

La police a investi le village. Florian a canardé les agents avant d'être neutralisé. Vingt six cartouches ont été tirées avec un mousqueton de 1931 et quatre avec un fusil de chasse.

Le bilan est terrible: trois femmes, Chantal, Emilie et Lia, ont été tuées. Eddy et Marc ont été blessés.

Ivre mais pas drogué

Florian est-il responsable de ses actes? Au moment du passage à l'acte, le trentenaire était ivre - plus de 2 pour mille - mais pas sous l'influence de drogues.

Les deux experts psychiatriques ont conclu que le tueur souffrait d'une «schizophrénie paranoïde caractérisée par un délire de filiation». Il s'agit d'une maladie mentale chronique avec des épisodes aigus d'idées délirantes et d'hallucinations.

Son acte est en lien avec sa maladie, selon les experts. D'après eux, «sa capacité à percevoir son caractère illicite est diminué». Florian serait donc irresponsable. Il doit cependant être interné.

La justice valaisanne devra constater que l'accusé a commis des assassinats en état d'irresponsabilité et ordonner son placement en milieu hospitalier fermé.