Viège (VS)

23 avril 2015 14:38; Act: 23.04.2015 15:20 Print

Pollution au mercure: analyses remises en cause

Des parcelles qui, selon l'entreprise Lonza à l'origine de la pollution, n'auraient pas besoin d'être traitées sont pourtant gravement touchées. L'Etat du Valais étudie la question.

Sur ce sujet
Une faute?

Les médecins en faveur de l'environnement (MfE) et le WWF ont trouvé de fortes concentrations de mercure à Viège, dans des jardins répertoriés comme n'exigeant pas d'assainissement.

«Lonza n'a pas procédé à des analyses suffisamment poussées de la pollution au mercure des jardins des alentours de son site de production à Viège», affirment MfE et le WWF Valais, jeudi dans un communiqué. Les deux organisations environnementales se basent sur l'analyse d'échantillons de sol prélevés dans trois jardins qui, selon Lonza, ne nécessitent pourtant pas d'assainissement.

«Dans deux des trois jardins, au moins deux échantillons présentaient des concentrations supérieures à la valeur légale d'assainissement de 2 mg/kg», indiquent Mfe et le WWF Valais. Les résultats obtenus sont très hétérogènes, allant de faibles concentrations à une pollution très forte, de l'ordre de 59 mg/kg.

Les autorités ne sont «pas étonnées»

«Ces résultats nous interpellent, mais ne nous étonnent pas. Nous savons qu'il y a une grande variabilité des résultats sur une même parcelle et nous étudions la question. Nous attendons toutefois des explications de Lonza sur ces diverses observations», a précisé à l'ats Cédric Arnold, chef du Service valaisan de la protection de l'environnement (SPE)

Les experts indépendants consultés par le Canton avaient déjà mis en exergue l'hétérogénéité de ce type de pollution. Ils avaient préconisé un certain nombre de contrôles pour quantifier les variations.

Ainsi, une vingtaine d'analyses supplémentaires sont prévues sur des parcelles présentant des concentrations de mercure entre 0,5 et 2 mg/kg. Et une étude va être menée par les experts du Canton afin d'analyser les causes de ces variations de concentration de mercure, a ajouté Cédric Arnold.

Enfin, le SPE attend pour la fin du mois un rapport de Lonza sur l'ampleur des variations constatées. La firme chimique bâloise a analysé des échantillons prélevés essentiellement dans des parcelles ne nécessitant pas d'assainissement, précise Cédric Arnold.

Lonza contactera les organismes environnementaux

L'hétérogénéité des résultats obtenus par les organisations environnementales n'étonne pas non plus Lonza. Dans un communiqué diffusé jeudi, la firme souligne l'importance d'un «échantillonnage représentatif», mais indique toutefois qu'il serait «disproportionné et inhabituel de vouloir échantillonner chaque mètre carré individuellement.

Lonza prendra contact avec MfE pour obtenir des informations sur les échantillons prélevés. Elle rappelle que sa priorité reste un assainissement rapide, avec comme but, un démarrage des travaux en automne prochain.

Lonza souligne encore que la méthode d'échantillonnage et d'investigations des sols se réfère aux dispositions légales de l'ordonnance fédérale sur les atteintes portées aux sols. La méthode est consignée par écrit dans un cahier des charges qui définit aussi le nombre et la nature des échantillons de sols et la procédure d'échantillonnage et d'analyse à mettre en oeuvre.

Conseil d'experts réclamé

Pour MfE et le WWF Valais, les analyses de Lonza ne peuvent servir de base fiable pour décider ou non d'assainir une parcelle. Ils réclament donc la création d'un conseil d'experts indépendants, mis en place par l'Etat du Valais mais dont les travaux d'investigation devraient être financés par Lonza.

Le Groupement d'intérêt mercure, qui défend les intérêts des habitants touchés par la pollution, souhaite également la création d'un tel conseil. Dans un communiqué diffusé jeudi, il demande au Canton de réunir autour d'une table tous les partenaires concernés pour en discuter.

Selon Cédric Arnold, un tel conseil existe déjà: trois spécialistes provenant de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) de la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) et de l'université de Grenoble (F) assurent le soutien scientifique du SPE depuis le 10 octobre 2014.

(ats)