Berne

20 mars 2017 21:52; Act: 20.03.2017 23:04 Print

«Un robot-soldat ne connaît pas la pitié»

Le conseiller national Beat Flach (Vert'libéraux/AG) se bat pour la création d'un cadre légal international qui interdirait l'utilisation de robots militaires.

storybild

Un Palestinien contrôlé par un robot à un check-point en Israël. (Photo: Keystone/AP/Nasser Shiyoukhi)

Sur ce sujet
Une faute?

On connaissait les drones et la cyber-guerre. Mais les technologies militaires ne cessent de se développer. Le société coréenne Samsung commercialise depuis 2010 le SGR-A1. Doté de capteurs et armé d'une mitraillette, ce robot est en principe contrôlé à distance. Mais il peut aussi fonctionner en mode automatique. L'armée sud-coréenne en engage depuis 2013 pour la surveillance de la frontière avec son frère ennemi du nord. Et ils ne sont pas les seuls. Israël a déjà testé plusieurs modèles et continue la recherche. La Russie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis sont aussi sur les rangs.

Ces soldats modernes n'ont ni faim, ni soif, ne sont jamais fatigués et surtout «ils ne connaissent pas la pitié.» Et c'est là tout le problème pour le conseiller national Beat Flach (Vert'libéraux/AG). Dans une intervention déposée le 16 mars, il demande au Conseil fédéral d'intensifier ses efforts pour les faire interdire via un protocole additionnel aux Conventions de Genève. Selon l'élu, il s'agit de mettre les robots au même niveau que les mines antipersonnel ou les armes chimiques.

Atermoiements internationaux

Les états signataires de la convention sur les armes classiques (CCAC) en débattent depuis des années, mais pour l'instant rien n'a été décidé. La proposition de classer les robots parmi les armes illégales a été faite en 2013 déjà. Et au fil des années, une vingtaine de pays (Amérique latine, Afrique et Pakistan) se sont positionnés pour une interdiction complète. Lors de la dernière rencontre de la CCAC en décembre 2016, 88 pays, «dont les plus en pointe dans le domaine», selon «Le Monde Diplomatique», ont convenu d'essayer de soumettre ces engins au droit international. La prochaine réunion est prévue en novembre 2017.

Le sujet a même été abordé pendant le World Economic Forum (WEF), à Davos (GR), en janvier dernier. Outre les aspects juridiques, une spécialiste américaine avait notamment insisté sur le danger de voir cette technologie tomber dans les mains de groupes terroristes, comme l'Etat islamique.

Car pour le moment, un robot ne peut pas être soumis aux règles internationales. Et aucun cadre contraignant sur les utilisations n'existe. «Imaginez une machine qui se déplace dans les rues d'Alep (Syrie) et qui tire sur tout ce qui bouge. Un robot n'a aucune pitié et ne peut pas faire la différence entre un terroriste et un enfant. Au moins, un être humain peut être reconnu coupable de crimes de guerre», argumente Beat Flach.

Ne pas oublier les aspects positifs

Sa collègue et membre de la commission de sécurité Ida Glanzmann (PDC/LU) ne veut pas entendre parler d'une interdiction: «Nous ne devons pas oublier les aspects positifs des armes autonomes. Elles évitent par exemple d'envoyer des soldats en chair et en os au front.»

Dans le même esprit, «Le Monde Diplomatique» souligne que ces robots font le «sale boulot». Leurs plus ardents défenseurs expliquent qu'on peut les envoyer sur les missions dites 3D, pour «dull», «dirty» ou «dangerous» (ennuyeuses, sales ou dangereuses). Ils peuvent donc évoluer sur des terrains minés ou contaminés par des armes chimiques ou nucléaires, effectuer des missions monotones de patrouille ou de surveillance et transporter des charges lourdes par exemple.

Mais l'enjeu économique est aussi énorme. Les grandes puissances ont investi massivement dans la recherche et le développement de ces robots. Et des entreprises comme Ruag (entreprise suisse d'armement en mains fédérales) pourraient fournir des pièces nécessaires à leur fabrication. «D'autres firmes actives dans la technologie pourraient aussi être concernées. Mais cette interdiction ne nuirait pas à leur activité, assure Beat Flach. Le monde civil leur offre assez de possibilités.»

(dp/dmz)