Suisse

15 septembre 2017 10:27; Act: 15.09.2017 11:06 Print

L'autopartage tarde à prendre son envol

Le «carsharing» progresse dans l'esprit des Helvètes mais reste clairement derrière la voiture individuelle pour l'heure.

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Photo d'illustration. (Photo: Keystone)

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L'autopartage ou carsharing est communément envisagée comme une alternative intéressante ou un complément à la voiture personnelle. Une véritable envolée se fait cependant attendre dans ce secteur en Suisse. La voiture individuelle a une longueur d'avance sur cette variante plus respectueuse de l'environnement.

Le taux de motorisation en Suisse continue de grimper, préoccupations environnementales ou pas. Le pays compte aujourd'hui 17% de voitures en plus qu'il y a dix ans: 4,57 millions d'automobiles ont circulé sur les routes helvétiques en 2016. La population a dans le même temps augmenté de 12%. Il y avait en moyenne l'an dernier 543 voitures de tourisme pour 1000 habitants.

Seules 317'318 voitures neuves ont été immatriculées en 2016. Selon l'association faîtière des importateurs auto-suisse, les ventes devraient atteindre un niveau similaire en 2017. En comparaison, les quelque 3000 véhicules que compte l'entreprise d'autopartage Mobility constituent une goutte d'eau dans l'océan. Ceux-ci sont utilisés par environ 131'000 clients.

Ces chiffres sont aussi relativisés du fait qu'ils ont reposé sur une croissance continue ces 30 dernières années. En Suisse, l'autopartage traditionnel à partir de stations, avec Mobility comme seul acteur, a été lancé à l'époque par une poignée d'idéalistes de Suisse centrale avec la coopérative Auto Teilet (ATG).

Le comportement en matière de mobilité, en particulier dans les villes, a depuis lors évolué. Quelques propriétaires de voitures ont mis leur véhicule privé ou professionnel à disposition d'autres personnes moyennant rétribution. Ces approches restent néanmoins plutôt modestes face aux effets néfastes sur l'environnement accompagnant le trafic croissant.

Marché endormi

Le marché suisse se trouve encore dans un profond sommeil pour les solutions de mobilité alternatives. «Nous construisons le marché durablement et attendons une croissance positive et stable aussi pour les prochaines années», explique le porte-parole de Mobility Patrick Eigenmann.

Pour 2017, la coopérative vise une croissance du chiffre d'affaires, avec des rendements en léger recul en raison des investissements consentis dans les nouveaux secteurs d'activité, en particulier dans les véhicules autonomes. «Mobility travaille certes en poursuivant des buts lucratifs, mais pas une maximisation des bénéfices», souligne Patrick Eigenmann.

Une plus grande concurrence pourrait contribuer à promouvoir l'autopartage, comme le montre le développement chez nos voisins. L'entreprise la plus prospère en Allemagne est actuellement Car2Go, lancée par Europcar et Daimler. Elle compte plus de 2,5 millions de clients dans le monde. D'après ses propres indications, elle est rentable dans toujours plus de villes.

DriveNow, concurrent fondé par Sixt et BMW, compte lui quelque 875'000 clients et est profitable depuis trois ans en Allemagne.

Le marché international explose

«Le marché international de l'autopartage évolue à grande vitesse. Les nouveaux prestataires poussent comme des champignons», confirme Patrick Eigenmann. Jusqu'à présent, aucun effet concret ne s'est fait sentir en Suisse. «Nous sommes largement et solidement implantés, et absolument compétitifs», affirme-t-il. La Suisse devrait à l'avenir également devenir attractive pour d'autres prestataires. Mais on n'ouvre pas 1500 stations sur des sites bien situés du jour au lendemain, note Patrick Eigenmann.

Les économistes de la Deutsche Bank estimaient il y a peu que les services de mobilité alternatifs comme l'autopartage pourraient couvrir environ 5% du trafic individuel motorisé en Allemagne dans 10 à 15 ans. Les voitures personnelles resteraient donc la règle.

Pas une concurrence pour les garages

Pour le directeur d'auto-suisse Andreas Burgener, cette prévision «n'est pas dénuée de fondement». «L'autopartage ne constitue pas une concurrence pour les concessionnaires, mais un complément», juge-t-il. L'immobilisation réduite des véhicules amène davantage de services et de maintenance. Ces voitures doivent en outre également être achetées.

Selon Andreas Burgener, l'autopartage se trouve toujours en «phase de décollage». Les différents modèles doivent encore faire leurs preuves. Des offres alternatives, dans lesquelles Mobility joue également un rôle actif, apportent un bol d'air frais en Suisse à côté de l'autopartage classique. Depuis 2014, les clients de la coopérative peuvent par exemple garer les véhicules gratuitement sur des places de parc publiques, à Bâle et Genève, avec Catch a Car.

Depuis une année, l'option One-Way de Mobility permet d'effectuer des trajets simples entre l'aéroport et la gare de Zurich, ainsi que celles de Berne, Bâle et Lucerne. Mobility détient aussi une participation de 7,1% dans la plate-forme Sharoo, sur laquelle les privés comme les entreprises peuvent mettre leurs propres véhicules en location, au prix qu'ils souhaitent.

Avec ce système, environ 1500 voitures sont mises à disposition de 55'000 utilisateurs. Sharoo comptait encore 700 véhicules et 15'000 membres il y a un près de deux ans.

(nxp/ats)