Argovie

12 octobre 2017 19:03; Act: 12.10.2017 22:48 Print

Incité à abuser de l'asile par une oeuvre d'entraide?

par Krähenbühl / ofu - Un employé de l'Entraide Protestante Suisse aurait conseillé à un requérant d'asile débouté de s'activer politiquement sur internet pour pouvoir rester en Suisse. L'oeuvre d'entraide nie les faits.

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L'Ethiopien Abdul Kadir a récemment reçu une mauvaise nouvelle du Tribunal administratif fédéral. La justice a en effet décidé de rejeter son recours contre la décision d'asile négative, obtenue en 2016.

Le jeune homme peine à comprendre la décision des autorités suisses: «J'étais actif au sein de l'opposition dans mon pays d'origine. J'ai même passé un certain temps en prison pour ça.» Abdul Kadir explique avoir rejoint le mouvement démocratique fédéraliste Oromo. Selon «20 Minuten», environ 35% de la population appartiennent à ce groupe. Nombreuses sont les personnes qui se sentent désavantagées par le gouvernement. Abdul Kadir, qui vit dans le canton d'Argovie, fait état de poursuites, tortures et décisions de justice infondées. Raison pour laquelle il a fui son pays il y a deux ans pour venir en Suisse, où il continue à s'activer politiquement. Il participe régulièrement à des manifestations. Il a récemment décroché une place d'apprentissage de cuisinier... qu'il ne peut cependant pas accepter parce qu'il a été débouté.

Documenter ses dires avec des photos et des vidéos

Mais malgré tout ça, Abdul ne baisse pas les bras et garde espoir grâce à l'Entraide Protestante Suisse (EPER). «Un employé m'a conseillé d'expliquer sur internet, soit en anglais soit dans la langue de mon pays, à quels types de manifestations politiques je participe et pourquoi. Il m'a aussi conseillé de documenter le tout avec des photos ou des vidéos.» Le but? Se faire remarquer par le gouvernement de son pays et augmenter ainsi ses chances de pouvoir rester en Suisse, malgré la décision négative prononcée.

L'employé de l'EPER aurait ensuite fait allusion au cas de l'Ethiopien A.G. La demande d'asile de son compatriote avait été rejetée et il aurait dû être renvoyé. Or, les autorités étaient revenues sur leur décision, le 13 juillet de cette année, après le dépôt d'un recours auprès du Tribunal administratif fédéral, accompagné de nouvelles preuves pour son engagement politique en Suisse.

«Nous ne travaillons pas de cette manière»

Contactée, l'oeuvre d'entraide nie les accusations. Elle assure ne donner aucun conseil aux requérants d'asile déboutés pour les aider à rester en Suisse. «Nos employés ne donnent pas de conseils. Nous ne travaillons pas de cette manière», souligne le porte-parole Dieter Wüthrich.

Concernant Abdul Kadir, l'EPER assure lui avoir expliqué que ses chances pour qu'une demande de réexamen soit acceptée après le rejet de son recours sont très minces. Mais après l'insistance de la personne suisse qui accompagnait l'Ethiopien à son rendez-vous, le collaborateur a mentionné la décision de Tribunal administratif fédéral du 13 juillet 2017. «Le simple fait de mentionner une décision n'est en aucun cas un conseil. Kadir a dû mal comprendre quelque chose», affirme Dieter Wüthrich.

(dp/dak/ofu)