18 février 2008 09:05; Act: 18.02.2008 09:14 Print

Peu de prévention contre la pédophilie en Suisse

Alors que les actes pédophiles occupent de plus en plus souvent le devant de la scène médiatique en Suisse, rien ou presque n'est entrepris dans le domaine de la prévention.

Une faute?

Une seule structure de conseil privée existe, à Schaffhouse.

«Cela s'explique par le fait que la pédophilie est toujours un thème tabou», estime Theodor Itten, vice-président de l'Association suisse des psychothérapeutes. «Dès que l'on a soi-même des enfants, l'idée même que la pédophilie existe est évacuée».

Pour Sylvia Tanner, la responsable de la structure schaffhousoise, la raison principale de l'absence d'encadrement tient à la représentation que le public se fait des pédophiles. Aux yeux de la majorité de la population, ces personnes ne méritent pas d'être soutenues car elles sont considérées comme des criminels ou des criminels potentiels.

Mme Tanner a réalisé il y a quelques années qu'elle se faisait une image totalement erronée de la réalité lorsqu'elle a été confrontée à un événement tragique lié à la pédophilie dans sa sphère privée. Elle s'est alors intéressée de plus près au sujet et prend depuis notamment part à de nombreuses conférences sur la question. En 1994, elle décide d'ouvrir son centre de conseil pour pédophiles.

Pas une thérapeute

Sylvia Tanner ne se considère pas comme une thérapeute, mais comme une personne de contact pour des pédophiles qui se trouvent dans des situations de vie pénibles. D'ailleurs, si le dialogue avec la personne pédophile demeure infructueux, Mme Tanner préfère envoyer son interlocuteur chez un psychothérapeute.

Le contact commence dans la plupart des cas par e-mail. Une rencontre personnelle avec les jeunes adultes concernés serait trop difficile pour eux dès le début, explique Mme Tanner. Bon nombre ont des pensées suicidaires car ils sont méprisés par la société. Actuellement, Sylvia Tanner s'occupe d'une cinquantaine de personnes. Elle le fait de manière bénévole.

Contact anonyme

Responsables des services psychiatriques du canton de Zurich, Frank Urbaniok salue cette possibilité de conseil «à bas seuil». Des offres dans le domaine thérapeutique existent mais un grand nombre de pédophiles n'osent pas s'adresser à un thérapeute. Une personne de contact à laquelle ils peuvent s'adresser de manière anonyme est importante, relève le spécialiste.

Tant M. Itten que M. Urbaniok voient d'un bon oeil les structures de conseil. Il est important pour de nombreux pédophiles de pouvoir parler avec quelqu'un sans mettre en danger leur existence sociale.

Pour Frank Urbaniok, «il est absolument central de repérer à temps chez les intéressés les facteurs de risque d'un passage à l'acte». La personne de contact doit donc être à la pointe des connaissances scientifiques dans ce domaine et avoir de l'expérience avec les pédophiles.

Critiques des voisins

Au début de son activité de conseil, Sylvia Tanner a suscité des critiques: les voisins voulaient empêcher la création de sa structure et exprimaient leur colère dans des lettres de lecteurs. L'organisation de protection de l'enfance Marche Blanche estimait également que son site internet minimisait la gravité de la pédophilie.

Pour Sylvia Tanner, cette critique est incompréhensible. En fin de compte, son travail produit le même résultat que celui de ses détracteurs: moins d'abus sur les enfants.

(ats)