EPFZ

06 octobre 2017 15:31; Act: 06.10.2017 22:34 Print

Un dentiste sur 4 propose des plombages inutiles

L'EPFZ a testé 180 dentistes du canton de Zurich. Résultat: un quart d'entre eux prescrit un traitement coûteux sans qu'il ne soit nécessaire.

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Les plombages sont trop souvent proposés par les médecins dentistes pour éviter des caries futures, une pratique pourtant remise en cause par les évolutions de la médecine dentaire. (Photo: Banksphotos)

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Alors que les soins dentaires ne sont pas remboursés par les assurances, une étude de l'EPFZ révèle un excès de zèle plutôt coûteux du côté des dentistes.

Un traitement à 535 francs

L'Ecole polytechnique zurichoise a envoyé une personne auprès de 180 dentistes du canton, afin d'effectuer des comparaisons sur le terrain. Cette personne affirmait qu'on lui avait conseillé de faire vérifier son hygiène dentaire. Auparavant contrôlé par quatre experts qui ont confirmé qu'elle n'avait pas besoin de traitement, au moins 50 dentistes visités ont souhaité lui faire un plombage. Ce traitement coûte en moyenne 535 francs, selon l'étude des économistes de l'EPFZ.

Un dentiste a, lui, suggéré pas moins de six plombages pour environ 1500 fr. Un autre, deux plombages pour 1750 fr. Tous les praticiens n'ont pas forcément préconisés de toucher les mêmes dents; au total 13 dents auraient été touchées si toutes les offres avaient été envisagées.

Facteur significatif: le temps d'attente

Un facteur semble rassembler les médecins qui souhaitaient intervenir: l'attente pour obtenir un rendez-vous n'était que de six jours. Pour un contrôle chez ceux qui ne préconisent pas d'intervention, il fallait plutôt patienter en moyenne dix jours. Les chercheurs n'ont pas souhaité commenter ce facteur, l'étude n'étant pas encore sortie dans une revue spécialisée.

La nouvelle ne surprend pas Margrit Kessler, présidente de l'Organisation suisse des patients. «Il est bien connu que les dentistes prescrivent souvent des traitements coûteux superflus», estime-t-elle. Le problème est que les gens en sont peu conscients. La libre circulation des personnes a amené le nombre de dentistes à croître démesurément et à augmenter la concurrence, explique Margrit Kessler.

Pression économique

Selon elle, le problème vient en partie de praticiens issus des pays de l'Est qui ont obtenu un visa de 90 jours. «Ils veulent donc juste gagner le plus possible rapidement, avant de disparaître.» Elle enjoint donc les patients à demander, le cas échéant, un second avis d'un dentiste membre de la Société suisse des médecins dentistes (SSO).

Son porte-parole Marco Tackenberg souligne que les traitements inutiles ne sont pas acceptables, même si les cabinets de dentistes ressentent bien la pression de collègues étrangers. Mais une pression économique ne justifie en aucun cas un traitement excessif, estime-t-il.

Différentes sensibilités

Au sujet de l'étude, il estime toutefois qu'elle ne peut pas être précise sans radiographies. Le patient avait présenté une petite carie initiale, et «d'après cette découverte, le dentiste peut estimer qu'un petit plombage pour éviter un gros problème est le meilleur traitement.» Ces dernières années, les pratiques ont cependant évolué en défaveur du remplissage pour éviter la carie. Le SSO dispense donc ces conseils dans le cadre de cours, mais il subsiste toujours une marge d'appréciation.

Pour le service de médecine dentaire cantonal de Zurich, il y a d'autres explications que la pression économique. Les traitements excessifs sont particulièrement observés dans les cas d'implants ou de reconstructions complexes. De plus, «les petits plombages ne sont pas particulièrement rentables». En cas d'apparition de carie, ce sont plutôt des contrôles fréquents et une prophylaxie qui sont préconisés. Ceci ne serait toutefois pas enseigné de la même façon dans toutes les universités européennes.

(rmf)