Suisse

09 novembre 2017 09:18; Act: 09.11.2017 10:01 Print

Trop de raisons ont plombé la réforme de l'AVS

L'interaction de des motifs de «non» a été décisive, et les partis soutenant le projet n'ont pas réussi à mobiliser leurs troupes.

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Le relèvement de l'âge de la retraite pour les femmes a fait partie des facteurs participant à l'échec de la prévoyance 2020

Une faute?

Le peuple suisse avait trop de raisons pour refuser la réforme des rentes. C'est pourquoi elle a échoué, selon une analyse. Mais séparément, aucune de ces raisons n'aurait pu faire trébucher le projet d'Alain Berset.

L'interaction de l'ensemble des motifs de «non», comme par exemple le relèvement de l'âge de la retraite pour les femmes, a été décisive, selon l'étude VOTO sur les votations du 24 septembre publiée jeudi. La Prévoyance vieillesse 2020 a été rejetée à 52,7% et son financement via un relèvement de la TVA de justesse par 50,1% des citoyens et la majorité des cantons.

Les partisans de l'UDC ont été les principaux acteurs de l'échec du projet: 84% d'entre eux ont dit «non». Les partis qui ont soutenu la réforme n'ont pas réussi à mobiliser leurs membres. Toutefois, les affiliés du PS n'ont pas laissé tomber leur ministre. Plus de trois quarts ont glissé un «oui» dans les urnes.

Même vote

Les caractéristiques sociales n'ont joué qu'un rôle secondaire dans la décision. Hommes et femmes ont rejeté le texte dans les mêmes proportions, selon l'étude. On ne peut parler ni de conflit générationnel ni de fossé des sexes. Les seniors ont été les moins enclins à soutenir la réforme.

Ceux qui ont approuvé le projet ne l'ont pas fait par conviction d'avoir voté pour la meilleure solution, mais pour surmonter le blocage de la réforme. Pour beaucoup d'entre eux, le texte proposé était le meilleur compromis dans les conditions actuelles.

Augmentation des rentes

Le motif de «non» le plus populaire a été l'augmentation forfaitaire des rentes AVS de 70 francs par mois. Il ne faut toutefois pas en conclure que toutes les personnes qui ont argumenté en ce sens, refusent une extension de l'AVS.

Une majorité de ceux qui ont critiqué le supplément n'a pas dénoncé l'augmentation en soi, mais plutôt qu'il serait refusé aux actuels bénéficiaires des rentes.

L'augmentation de l'âge de la retraite pour les femmes a poussé 12% des votants à glisser un «non» dans les urnes. Le référendum lancé au nom des femmes par les cercles syndicalistes de Suisse romande a été remarqué.

Alors que cet argument n'est mentionné que par 8% des Alémaniques et 15% des italophones comme motif principal de leur refus, c'est la raison la plus souvent évoquée (29%) par les Romands.

Visiblement, cette mesure prévue par la réforme n'a joué qu'un rôle mineur dans le scrutin. Nombre de citoyens adhérant au principe de l'égalité des salaires, parmi lesquels des femmes de gauche, ont choisi de dire «oui» à la réforme.

Avaler une couleuvre

Les analystes estiment qu'un grand nombre de votants étaient prêts à avaler une couleuvre pour soutenir cette réforme, qu'ils considéraient comme urgente. Le relèvement de l'âge de la retraite des femmes peut fédérer une majorité, mais seulement s'il est amorti par certaines mesures de compensation.

Selon l'analyse, les défenseurs de l'augmentation de l'âge de la retraite étaient aussi nombreux que les opposants. La moitié des sondés (48%) se disent d'accord avec l'argument selon lequel «nous ne pourrons éviter de fixer la retraite à 67 ans afin d'assurer l'AVS à long terme». L'autre moitié le rejette.

L'écart entre les personnes pour ou contre la retraite à 67 ans se maintient au-delà de l'appartenance partisane. Seul le PLR fait exception: la retraite à 67 ans est plébiscitée par 62% de ses sympathisants.

Les enquêtes VOTO sont menées par le centre de recherches FORS, le Centre d'études sur la démocratie Aarau (ZDA) et l'institut de sondage LINK. Elles sont financées par la Chancellerie fédérale. Pour cette étude, 1511 citoyens de toutes les régions de Suisse ont été interrogés entre le 25 septembre et le 10 octobre.

(nxp/ats)