Vevey (VD)

05 mai 2017 17:00; Act: 06.05.2017 15:50 Print

Un jeune politicien en uniforme a été dénoncé

par Frédéric Nejad Toulami - Comment concilier obligations militaires avec mandat ou campagne politique?

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En pleine campagne pour les élections cantonales, le président des Jeunes UDC vaudois, Yohan Ziehli, a semble-t-il agacé quelques adversaires politiques et autres sympathisants de gauche en s'affichant en tenue militaire à un stand de son parti, à la place du Marché à Vevey (VD). Le samedi 29 avril dernier, alors qu'il y distribuait des tracts, quelqu'un l'a photographié et a envoyé les images à des médias. L'affaire a aussi été dénoncée à l'Etat-major militaire car Yohan Ziehli, âgé de 23 ans, a enfreint le règlement de l'armée suisse, comme le relève ce vendredi «24 heures»: l'article 96 alinéa 3 interdit à un militaire d'organiser ou de participer à des manifestations et des campagnes politiques lorsqu'il porte l'uniforme de l'armée. Et ce afin notamment d'éviter d'associer l'image de l'armée suisse à un débat ou un camp politique.

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Dès lors, une procédure disciplinaire a été ouverte contre le jeune UDC, également étudiant en droit et conseiller communal à Vevey. Il sera entendu par son commandant de bataillon, explique la porte-parole de l'armée, Delphine Allemand, dans le quotidien vaudois. Contactée ce vendredi par 20minutes.ch, elle précise que vu le peu de gravité de l'affaire, il n'est pas du tout certain que la procédure débouche sur une sanction.

En tenue de combat au parlement

Mais qui connaît et respecte ce règlement du code militaire suisse parmi ceux qui à la fois accomplissent leurs obligations militaires et oeuvrent en politique? Il est par exemple arrivé aux élus PLR Xavier de Haller et Gilles Meystre, tous deux officiers supérieurs dans l'armée, de venir siéger vêtus de leur uniforme kaki au Conseil communal de Lausanne, en fin de journée, durant leur service. Et Gilles Meystre était même parfois en tenue de combat, sans que cela n'ait soulevé un tollé au sein du parlement communal, pourtant majoritairement marqué à gauche.

«J'avoue que je n'ai jamais pensé que cela pourrait déranger, explique ce dernier. Nous sommes à la fois militaires et politiciens de milice, et nous devons parvenir à concilier les deux. Lorsque je vais siéger au Conseil communal, c'est après avoir quitté la caserne, où je retourne à la fin de la séance. Cela ne me laisse pas de temps pour aller me changer chez moi.»

Demandes spécifiques possibles

Quid, cependant, lorsqu'un débat au sein d'un Grand conseil ou d'une assemblée communale a lieu sur des sujets sensibles, avec des affrontements vifs entre élus sur des thèmes de société? Et que ces joutes politiques sont retransmises, en direct ou en différé, sur des chaînes de télévision ou sur internet? Pour la porte-parole de l'armée, c'est à juger au cas par cas, mais ça paraît tout aussi délicat d'y apparaître en tenue militaire que de se tenir quelques heures à un stand politique en uniforme dans la rue. «Tout dépend du contexte politique dans lequel on se trouve, déclare Delphine Allemand. Soldats et officiers peuvent aussi poser des demandes spécifiques à leur hiérarchie».

Les libéraux-radicaux Xavier de Haller et Gilles Meystre admettent qu'ils n'ont jamais fait une telle demande. «Sur le fond de cette affaire de l'UDC à un stand à Vevey, ça me paraît vraiment d'aucune gravité, même si en effet il aurait mieux fait de changer de tenue, soupire le capitaine Xavier de Haller, également avocat dans la vie civile. Mais en période de service militaire, il faut aussi permettre d'assumer nos mandats politiques.»