Berne

17 mars 2010 20:07; Act: 17.03.2010 20:13 Print

Le National rejette l'initiative sur le climatLe National rejette l'initiative sur le climat

L'initiative rose-verte «pour un climat sain» ne devrait pas passer le cap du Conseil national qui en poursuivra l'examen vendredi.

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Vu les forces en présence, une majorité lui préfère une révision de la loi sur le CO2 en guise de contre-projet indirect, dont le National débattra en juin.

Inscrire dans la constitution la réduction, d'ici 2020, de 30% des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 est trop rigide, a dit mercredi Hans Rutschmann (UDC/ZH) au nom de la commission préparatoire. Selon la majorité bourgeoise, modifier la loi permet d'être plus souple, y compris de dépasser les 30%, et surtout d'aller plus vite dans l'application des nouvelles normes.

La Suisse ne participe qu'à hauteur de un pour mille aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. Dès lors, qu'on réduise les émissions de 30% ou de 20%, comme le prévoit le contre-projet indirect, l'effort de la Suisse ne représentera qu'une goutte dans l'océan, ont déclaré plusieurs orateurs bourgeois.

Le peuple ne comprendra pas qu'avec un aussi faible impact sur la pollution planétaire, la Suisse veuille en faire plus que les autres, a dit Hans Killer (UDC/AG). La Conférence de Copenhague elle- même n'a abouti à aucune mesure contraignante, a-t-il ajouté.

Négationnisme

L'UDC va plus loin, niant carrément la nécessité d'agir davantage, y compris en révisant la loi. Les changements climatiques sont des phénomènes naturels qui ont toujours existé, déjà bien avant l'apparition de l'homme.

Sauf que maintenant la science déclenche quasi de l'hystérie en multipliant les mesures à des intervalles très restreints à l'échelle de l'Histoire de la planète, a affirmé Hans Killer. Sans les contester, ce dernier note qu'on ignore d'où les changements climatiques proviennent et ce qu'ils valent sur un plus long terme.

Revenant sur les engagements du Protocole de Kyoto, Sep Cathomas (PDC/GR) relève que la Suisse devrait arriver aux 8% de réduction des gaz à effet de serre d'ici 2012. Mais surtout grâce aux achats de certificats à l'étranger (4,1%), alors que la réduction en Suisse même n'atteint que 3,8%, a dit le Grison, suivi par une majorité de son parti qui préfère le contre-projet indirect.

Arguments économiques contradictoires

Les libéraux-radicaux se sont inquiétés des conséquences économico-financières de l'initiative. Son application impliquerait une réduction du PIB de 1,7% en 2020, craint le Neuchâtelois Laurent Favre. «Un cavalier seul aussi brutal fait planer le risque d'une récession», a renchéri M.Leutenegger.

En vain, le camp rose-vert a aussi brandi des arguments économiques, mais en faveur de l'initiative. Cela coûtera moins cher de prévenir aujourd'hui que de guérir demain, a affirmé Franziska Teuscher.

L'initiative est «une police anti-risque» qui aura en outre le mérite de donner un coup de fouet aux énergies renouvelables, créatrices d'emplois, a ajouté l'écologiste bernoise qui les estime à plus de 16'000 à l'horizon 2020. Et son collègue zurichois Bastien Girod d'ajouter qu'»on achètera en Suisse des technologies nouvelles, au lieu de verser notre argent pour acheter du pétrole, en Libye par exemple».

Pour Ursula Wyss (PS/BE), les quelque 13 milliards dépensés à l'étranger pour le pétrole et le gaz pourraient être injectés en Suisse, à condition que le pays soit à la pointe dans les nouvelles technologies. «Réduire d'un tiers notre consommation d'énergie fossile équivaut à augmenter d'autant notre indépendance énergétique», a ajouté Roger Nordmann (PS/VD).

Pour Hans Grunder (PBD/BE), le moment est mal choisi de discuter aujourd'hui de cette initiative alors que la révision totale de la loi sur le CO2 est en cours. Elle est plus nuancée et efficace, avec des objectifs ambitieux mais supportables. Et la révision de la loi permettra aussi la création de nouveaux emplois, selon lui.

(ats)