Suisse

14 juin 2017 08:47; Act: 14.06.2017 09:49 Print

L'enquête contre le pilote du F/A-18 déconcerte

La justice militaire a ouvert une procédure pour abus et dilapidation du matériel. Des experts en aviation prennent la défense du pilote.

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La décision de la justice militaire suisse d'ouvrir une enquête ordinaire contre le pilote du F/A-18 dont l'avion s'était écrasé dans le Doubs en France suscite la critique de plusieurs professionnels. Une procédure jugée déplacée, comme le rapporte le Tages-Anzeiger dans son édition du 14 juin.

Le conseiller national Thomas Hurter (UDC/SH), lui-même pilote de ligne et militaire, s'insurge. «Il est faux de vouloir accabler l'homme.» Dans de telles circonstances, les aviateurs sont soumis à un stress énorme et doivent réagir en un éclair.

«Je félicite le pilote qui a dû prendre cette décision dans ces conditions.» Il rappelle qu'il y a déjà assez d'accidents qui ont vu ceux qui étaient aux commandes actionner trop tard ou pas du tout leur siège éjectable.

Prudence et circonspection

Bien que le juge d'instruction ait remis son rapport final, de nombreuses questions restent encore ouvertes, ce qui pousse Patrick Richter, président de la Société suisse des officiers des forces aériennes (Avia) à se montrer prudent. Il ne se prononce ni sur le rapport, ni sur l'enquête qu'il qualifie de «signe des temps qui consiste à se poser la question de la responsabilité».

Le président ne croit toutefois pas qu'elle empêchera à l'avenir les pilotes militaires à justement se montrer responsables. «C'est ce qu'ils sont habitués à faire.»

Une alerte avec 24 secondes de retard

En raison de l'enquête, la justice militaire n'a pas publié le rapport technique du juge d'instruction mais un dossier de presse. Les éléments qu'il révèle font toutefois tiquer des professionnels de l'aviation. Comme le système de surveillance du réacteur qui a averti le pilote du décrochage dans le réacteur gauche avec 24 secondes de retard.

Le juge d'instruction reconnaît lui-même qu'en ce moment, «il n'existe aucun élément permettant d'expliquer ce retard. Selon les déclarations de l'expert technique, ce point fait l'objet de plus amples clarifications.»

Bataille d'experts

Un élément qui pourrait expliquer le crash du F/A-18 selon Max Ungricht, expert en aviation. «Si l'avion doit évoluer pendant plus de 20 secondes avec un décrochage dans un réacteur et sans avertissement dans une assiette de vol incontrôlable, cela pourrait bien être la cause de l'accident.»

Un argument contesté par Martin Immenhauser, chef de la communication de la justice militaire, qui s'appuie sur le rapport du juge d'instruction. Le pilote avait assez de temps pour rétablir une assiette de vol stable entre la perte de puissance du réacteur et le déclenchement du siège éjectable.

L'expert technique aéronautique mandaté par la justice militaire qualifie donc le retard de l'alarme réacteur «comme n'étant pas une cause directe du crash».

(nxp/smk)