Crise migratoire

13 novembre 2017 16:12; Act: 13.11.2017 18:32 Print

Berne veut une meilleure protection des migrants

Une rencontre internationale sur le thème de la migration se tient à Berne. Les échanges ont tourné autour de la problématique libyenne.

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La Suisse veut orienter les débats sur la crise migratoire vers un renforcement de la protection des migrants. Elle accueillait lundi à Berne la troisième rencontre du Groupe de contact de la Méditerranée centrale.

La présidente de la Confédération Doris Leuthard et la ministre de justice et police Simonetta Sommaruga ont toutes deux souhaité une meilleure collaboration internationale en ouverture de cette rencontre à laquelle ont participé des ministres de l'Intérieur et des représentants de treize pays européens et africains.

«Aucun pays, aucune institution, aucune organisation ne peut relever seul(e) les défis de la migration,» ont souligné les deux conseillères fédérales.

Mme Sommaruga a plaidé pour que notre époque «ne devienne pas un chapitre noir de l'Histoire européenne.» La situation le long de la route migratoire vers l'Afrique du Nord est dramatique et les migrants tombent trop souvent entre les mains des passeurs, selon la conseillère fédérale.

La Suisse a donc orienté le débat sur une meilleure protection de ces personnes. Filippo Grandi, Haut-Commissaire de l'ONU pour les réfugiés (HCR), a salué «la détermination de la Suisse» en ce sens. «Il ne faut pas oublier que ce sont des personnes humaines», a-t-il dit.

Situation en Libye

Les échanges ont notamment tourné autour de la Libye, où des milliers de migrants sont gardés dans des conditions inhumaines. Sans stabilité politique dans cet Etat, il sera difficile d'améliorer durablement la situation, mais il «faut agir dès maintenant pour protéger les migrants», a insisté Mme Sommaruga. La situation chaotique dans le pays, gangrené par les milices, les gangs et les passeurs, ne risque pas de s'améliorer à court terme.

La déclaration d'intention émise au terme de la rencontre demande notamment une amélioration des conditions dans les centres de détention en Libye. Elle demande aussi plus de soutien au retour volontaire et de s'attaquer aux causes profondes des problèmes en créant des opportunités dans les pays d'origine des migrants.

Elle veut une meilleure protection des personnes les plus vulnérables - en particulier les enfants - et appelle à mieux collaborer avec les organisations internationales comme le HCR, l'Organisation internationale pour les Migrations (OIM) et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Evacuations

Le HCR a annoncé avoir pu évacuer 25 personnes de Libye, où sont piégés près de 700'000 migrants, vers le Niger samedi. Il a demandé en août aux pays du bassin méditerranéen 40'000 places pour relocaliser les migrants, mais n'a à ce jour reçu de promesses que pour 10'500 places.

La Commission européenne est en discussion pour offrir 50'000 places réparties entre les Etats de l'Union, a déclaré le commissaire européen aux Migrations et Affaires intérieures Dimitris Avramopoulos. Il a affirmé que la protection de la vie des migrants était une priorité pour l'UE.

«Une réalité humaine»

Avec plus de 65'000 morts depuis 2000, la politique actuelle «ne marche pas» a constaté William Lacy Swing, directeur de l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM). «La migration n'est pas un problème à résoudre, c'est une réalité humaine qu'il faut gérer avec humanité et responsabilité» a-t-il estimé.

Mme Leuthard a elle rappelé que «près d'une personne sur trois travaillant en Suisse est née à l'étranger (...), ce qui a toujours été une chance pour notre pays». Elle a cité l'exemple de Nestlé, Swatch et Rolex, fondées par des migrants. Elle a appelé à laisser de côté l'émotionnel et à faire preuve d'un «esprit solidaire».

Le ministre des Maliens de l'extérieur, Abdramane Sylla, a clamé que «nous sommes tous des migrants» et que la crise actuelle était aussi liée aux conflits et au réchauffement climatique. La sécheresse au Mali a poussé de nombreux jeunes à aller chercher du travail ailleurs. Il a plaidé pour plus de possibilités d'immigration légale.

Si des projets pilotes sont en discussion pour des programmes de visas plus ouverts, aucune décision n'a été prise. Le Groupe de contact n'a pas vocation à prendre des décisions, mais est «un petit groupe qui parle de manière franche sur les questions difficiles» a expliqué Mme Sommaruga. Il peut tout de même fournir des impulsions.

La prochaine rencontre aura lieu au Niger, «peut-être en janvier déjà», selon M. Swing.

(nxp/ats)