Berne

22 août 2014 08:23; Act: 22.08.2014 08:36 Print

Certaines écoles «pathologisent» les élèves

Réformes, intégration des enfants de langues étrangères ou souffrant de handicap... L'école primaire doit jongler avec toutes ces exigences, parfois au détriment des petits.

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Les enfants sont plus contrôlés qu'avant et soumis à un schéma, estime Beatrice Kronenberg, directrice de la Fondation Centre suisse de pédagogie spécialisée. Selon elle, les adultes sont devenus intolérants à la diversité. (Photo: Keystone/Gaetan Bally)

Une faute?

«On colle de plus en plus d'étiquettes sur les élèves», remarque Georges Pasquier, président du syndicat des enseignants romands (SER). Une simple faiblesse scolaire peut se transformer en handicap. Et cette étiquette colle à la peau de l'enfant année après année tandis que les enseignants se transmettent son dossier.

L'enseignant biennois Alain Pichard critique la «ceinture thérapeutique», qui entoure désormais l'école. En 1996, il y avait neuf de ces institutions, composées surtout de psychologues et de logopédistes, à Bienne, aujourd'hui 36.

Cette évolution a un impact sur les enseignants: «On se réfugie derrière cette étiquette pour ne plus rien tenter avec tel ou tel élève stigmatisé. Or l'école s'adresse à tous les enfants et pas seulement à ceux qui ne posent pas de problème», estime Georges Pasquier.

Cela pose aussi la question de la responsabilité du citoyen de demain: «Si on dit à un enfant qu'il est handicapé, car il souffre de dyslexie, de dysorthographie ou de dyscalculie, va-t-il se battre pour apprendre, ou cela l'incitera-t-il à se mettre hors jeu dès le plus jeune âge?», se demande encore l'enseignant-syndicaliste.

Parents inquiets

Alain Pichard a observé que de nombreux parents recherchent des thérapies si leurs enfants ne montrent pas la performance souhaitée. Certains d'entre eux peuvent se sentir dédouanés quand un diagnostic est posé sur leur enfant. «Il n'est pas mauvais à l'école, mais il souffre de ... ", peuvent-il se dire.

Les parents et les enseignants veulent certes le meilleur pour les enfants. «Mais ce qui est le meilleur, nous ne le savons pas exactement», relève le pédiatre bernois Rolf Temperli. Cela dépend de la définition de la norme: à quel âge un enfant doit-il tenir un stylo, apprendre à lire, à écrire, à calculer?

C'est vrai que l'entraînement, le drill, permet d'améliorer les performances. La question est de savoir s'il est bon à long terme qu'un enfant ne puisse pas jouer avec ses amis, parce qu'il travaille avec sa logopédiste. Il y a 40 ans, seuls les enfants gravement perturbés suivaient une thérapie; aujourd'hui, pratiquement tous ceux qui ne sont pas conformes à la norme le font.

Pressions sur l'école et les enfants

Les enfants sont plus contrôlés qu'avant et soumis à un schéma, estime Beatrice Kronenberg, directrice de la Fondation Centre suisse de pédagogie spécialisée. Selon elle, les adultes sont devenus intolérants à la diversité.

Les enfants sont soumis encore à d'autres exigences. Un écolier est par exemple censé apprendre de façon autonome, un objectif dont les élèves moins bons souffrent. Et s'ils ne sont pas accompagnés, ils restent sur le bas-côté de la route.

Or ces nouvelles attentes, qui pèsent sur les plus jeunes, émergent au moment où l'école doit socialiser des enfants toujours plus différents. La tâche principale de l'école, qui est de transmettre des connaissances, perd du terrain face à sa nouvelle tâche, l'homogénéisation des différentes populations.

Eduquer plutôt que mettre en thérapie

Le psychiatre valaisan Alain Valterio, qui travaille dans le milieu éducatif comme superviseur d'équipe, va dans le même sens. «Il m'est apparu qu'on ne sait plus très bien faire la différence entre éduquer et mettre quelqu'un en thérapie», a-t-il expliqué sur les ondes de la radio lausannoise «LFM».

(ats)

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Les commentaires les plus populaires

  • Chrys123 le 22.08.2014 09:41 Report dénoncer ce commentaire

    Tous dans le même moule !!

    Etant maman d'un petit garçon de 5 ans, mes 1ère expériences scolaires font peur ! Mon fils est très avancé, sait lire et à une soif de connaissance énorme, mais on "l'oublie" à l'école parce que trop calme !!! Du coup l'enseignante nous reproche de le surprotéger et nous invite à l'endurcir ... Comment changer le caractère d'un p'tit bonhomme de 5 ans ? Et surtout pourquoi ???? On essaie de bien les éduquer , avec le respect d'autrui et ils ne rentrent pas dans le moule !!

  • Thierry Jeanneret le 22.08.2014 08:55 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Truc-à-gogues...

    Le simple fait d'avoir appelé une faiblesse en orthographe dysorthographie met cette tendance en évidence. On ne peut pas toujours tout comprendre du comportement des gamins, laissons-les grandir chacun à son rythme, donnons-leur des parents aimants et attentifs et environnement familial stable. Ça ira déjà bien mieux. Et renvoyons à leurs bouquins les machins-gogues qui s'évertuent à mettre nos têtes blondes dans de toutes petites boîtes.

  • pizzaboy le 22.08.2014 11:17 Report dénoncer ce commentaire

    no comment...

    "Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire quil est stupide" Albert Einstein

Les derniers commentaires

  • Stéphanie Lete le 22.08.2014 17:57 Report dénoncer ce commentaire

    Dyscalculique

    Maman d une fille dyscalculique c est juste l horreur , a l école vu qu elle n est pas comme tous les autres on ne prend pas le temps pour elle et au niveau des aides il n y a rien on doit faire avec !!!!! Système d !!!! Donc mieux vaut être dans le moule si on est différent on est jugé

  • Morgarten le 22.08.2014 17:28 Report dénoncer ce commentaire

    On transforme les enfants

    ... en malades mentaux à force de coûteux et trop souvent inutiles logopédistes, psychiatres et pédagogues ! Au lieu de leur apprendre simplement à lire, écrire et compter correctement dès leur plus jeune âge, on leur balance une floppée de matières qui ne leur serviront à rien plus tard. L'histoire et la géographie ne sont plus de mise, alors que le macramé, la philosophie et la sociologie prennent le pas surtout chez les plus jeunes. cette accumulation de spécialistes ne servent souvent qu'à couvrir les lacunes des enseignants et des parents. Plus facile que de donner une bonne éducation.

    • monique gaille le 22.08.2014 20:29 Report dénoncer ce commentaire

      une grand mere indignee

      ne faisons pas un bourage de crane a nos enfants de bonnes informations de bases pour que tous puissent suivre les matieres qu.ils utiliseront plus tard et maintenant il faut 11 ans d.ecoles pour les assimeler il y a quelque chose qui boite les instituteurs se plaignent de ne pas avoir assez de temps pour enseigner ou le bas blesse

  • Nyx le 22.08.2014 17:24 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Dysorthographie

    Je suis un adulte DYS et l'aide est très dure à trouver voire nul. Certaine association font leurs possible pour aider les enfants. Mais les adultes doivent trouver tout seul ou se débrouiller et payer de leur poche. J'ai un parcours très difficile, on me fait passer pour se que je ne suis pas. Et au final je vais devoir aller voir un psychiatre. Et se n'est que la pointe visible de l'iceberg que je vous parle.

  • Prof le 22.08.2014 15:24 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    1 contre 23? Ou 24 heureux? Choix

    Enseignante enfantine, je me retrouve confrontée à une petite qui comprend le français mais ne s'exprime presque exclusivement dans sa langue, et dont la mère, seule, n'arrive pas à faire façon. Des examens psy devront être effectués pour déterminer si elle a sa place ici ou en institution. Ce n'est pas contre l'enfant, mais on ne peut pas laisser passer au détriment des 23 autres qui subissent littéralement les humeurs de cette enfant, adorable mais qui perturbe tout le monde. Un prof voit les élèves en dehors de la maison, et les parents ignorent ce qui s'y passe. Notre avis compte!

  • Pascal le 22.08.2014 15:10 Report dénoncer ce commentaire

    The Wall

    Actuellement si nos enfants ne corresponde pas exactement a la norme, c'est la cata. Peu importe qu'il soit en avance ou en retard dans certaine branche, c'est quasi du pareil au même, ils dérangent l'école, pas dans le moule. Ajouter a cela des caractères timides ou expansif et on est partie pour la grosse artillerie, Psy, rdv ponctuelles et nombreux avec l'école est ces spécialistes de tous bords. Un vrais calvaire pour les enfants...Et les parents. A revoir pour réflexions, Le film The Wall de Pink Floyd.