Rupperswil (AG)/Emmen (LU)

23 février 2016 21:07; Act: 21.07.2017 14:50 Print

L'ADN mieux exploité pour obtenir un portrait robot

A l'heure actuelle, bridées par la loi, les forces de polices ne peuvent obtenir que peu d'informations à partir des prélèvements ADN. Des politiciens veulent que cela change.

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L'image de gauche a pu être réalisée grâce à une analyse ADN.

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Une faute?

Deux faits divers non-résolus font l'actualité ces derniers temps. D'abord, la police est toujours au point mort dans l'affaire du quadruple meurtre de Rupperswil (AG). Ensuite, elle n'avance pas plus vite dans celle de la cycliste violée à Emmen (LU) en juillet 2015, paraplégique depuis son agression.

Point commun entre les deux enquêtes: des traces ADN qui ne parlent pas, du moins pour le moment. A Emmen, des tests de masse ont même été ordonnés par la justice, qui a fait chou blanc. La faute à pas de chance? Pas seulement, si on en croit certains spécialistes.

A l'heure actuelle, les enquêteurs suisses peuvent, grâce à la génétique, déterminer le sexe et l'origine d'un auteur présumé, mais pas de manière extrêmement précise: «On peut savoir, par exemple, qu'il ou elle a 20% de gènes européens, 20% d'asiatiques et 60% de nord-africains», explique Ursula Germann, de l'institut de médecine légale de l'hôpital cantonal de Saint-Gall. «Mais on ne peut pas affirmer avec certitude qu'il a les cheveux, les yeux ou la peau sombre», poursuit-elle. Ce que confirme sa collègue Silvia Utz, de l'Université de Berne: «On ne peut que faire des suppositions», assène-t-elle.

Décision politique

Techniquement, il serait possible d'établir des profils nettement plus précis. Sauf que la loi suisse met des freins. «Au Pays-Bas par exemple, les tests ADN permettent de déterminer précisément la couleur des yeux et des cheveux et le type de peau. On peut aussi faire des recherches sur la corpulence ou certaines caractéristiques physiques, comme une fossette au menton», précise Ursula Germann. Ce qu'on appelle les séquences codantes.

Aux Etats-Unis, des recherches menées par l'anthropologue Mark Shriver, de l'Université de Pennsylvanie, ont même permis d'établir des portraits-robots relativement précis (photo), comme le révélait un reportage diffusé par la chaîne Arte. Le chercheur y admet tout de même qu'il ne s'agit pas d'images précises, mais d'une base de travail solide.

La peur d'une suspicion générale

La loi sur les profils ADN est en vigueur depuis 2003. En 2000, dans son message, le Conseil fédéral proposait, dans certains cas, d'autoriser l'examen des séquences codantes. Mais le Parlement, craignant des abus, a biffé cette disposition.

Le fait divers d'Emmen a toutefois relancé le débat. En décembre dernier, le conseiller national Albert Vitali (PLR/LU) a déposé une motion demandant que la Confédération crée les bases légales pour leur analyse. Il est soutenu par son collègue Bernhard Guhl (PBD/AG). Sur les ondes de Radio Argovia, il a insisté sur le fait que de tels tests permettraient d'élucider plus vite le meurtre de Rupperswil.

Ursula Germann tempère: «Il ne faut pas oublier que la couleur des yeux et des cheveux peut être modifiée par des lentilles et une teinture.» Le préposé à la protection des données du canton de Bâle-Ville, Beat Rudin, appelle pour sa part, «à tenir compte du principe de proportionnalité et à veiller à ce qu'un éventuel changement législatif apporte de vraies améliorations.» Il craint aussi qu'«encore et toujours, on imagine qu'établir le profil ADN de tous les êtres humains rendra la société plus sure. C'est un leurre».

(num/dmz)